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Discours, le 30/08/2002
Sans extrêmisme ni laxisme
Discours à l'université d'été du MNR
Périgueux


Chers Amis,

Nous voici, à la fin de l’été, réunis ici pour une nouvelle université du MNR, au lendemain d’une année horrible, d’une annus horribilis.

Et d’abord, je voudrais vous remercier de votre présence et de la qualité de vos travaux. Vous remercier de votre engagement et de votre fidélité. Vous êtes là, aussi nombreux que l’année dernière, et par votre présence et celle de tous ceux que vous représentez, vous témoignez d’une grande force morale et politique. Vous apportez la preuve d’une détermination et d’un courage qui forcent l’admiration. Vous exprimez une vitalité qui, dans les heures difficiles que nous traversons, permet tous les espoirs.

Car il est vrai que nous ne sommes pas au mieux de notre forme. C’est même tout le contraire. Nous venons de connaître toute une série de revers et d’épreuves qui représentent, on peut le dire, un record en matière d’adversité. Les résultats décevants de la présidentielle, les résultats catastrophiques des législatives, les conséquences financières détestables qui en résultent, les perspectives politiques qui s’obscurcissent en conséquence, avec de surcroît l’affaire Brunerie et l’annulation scandaleuse des élections de Vitrolles.

Tout cela fait tout de même beaucoup pour un mouvement jeune qui n’avait pas encore pris son envol, trouvé sa place électorale ni son assise financière. Il nous faut donc affronter cette difficile situation et ne pas nous payer de mots. Il faut regarder la réalité en face. Mais non pas en observateur ou en analyste politique, ce qui n’est pas notre vocation, il faut l’affronter en hommes et en femmes d’action, en combattants politiques.

La question qu’il faut se poser n’est donc pas : Existe-t-il une chance de réussite pour le MNR ? la vraie question c’est : Devons-nous continuer le combat ? Et moi, je réponds oui ! Oui, pour une raison essentielle, fondamentale, vitale. C’est que notre pays a besoin d’une force comme celle que nous voulons construire. La France est malade et personne dans la classe politique, FN compris, n’est en mesure d’assurer son redressement.

Si aujourd’hui l’UMP s’affirmait comme une véritable renaissance de la droite, rejetant le politiquement correct, prenant à bras-le-corps les problèmes de notre pays, barrant la route à l’immigration, rétablissant l’ordre et la sécurité, baissant massivement les impôts, défendant l’identité et la souveraineté de la France, si tout cela se produisait, je serais le premier à vous dire : arrêtons les frais, rejoignons-les ou soutenons-les ! Et même si, sans qu’il s’agisse d’une rupture véritable, il y avait au sein de la droite parlementaire une prise de conscience, un vrai frémissement, une annonce de changement de cap, je vous dirais, là encore : voyons venir, soutenons-les.

Ou alors, si le FN et Le Pen, à qui l’histoire a tendu la perche, s’étaient révélés à la hauteur de la chance historique qui leur a été donnée, si à l’occasion de la présidentielle et des législatives, ils s’étaient affirmés comme un courant responsable, rassembleur, ouvert, capable de gouverner, je dirais là encore : arrêtons les frais, rejoignons-les, soutenons-les !

Si d’autres étaient en train de réaliser ce que nous voulons faire ou si d’autres s’étaient affirmés comme ayant la volonté et la capacité de le faire dans l’avenir, oui, alors le MNR n’aurait plus de raison d’être. Car nous ne nous battons pas pour une structure. Le MNR n’est pas une fin en soi. Nous nous battons pour notre peuple et notre nation.

Mais les faits sont là : rien dans les événements récents ne permet hélas de penser que notre pays peut connaître un redressement véritable avec ceux qui ont été mis en selle par les dernières élections.

Du côté du FN, on a pu assister lors du deuxième tour de la présidentielle aux terribles limites de la personnalité et de la stratégie de Le Pen. Qu’espérer de plus porteur dans sa démarche que de se retrouver au deuxième tour de la présidentielle ? Quoi de plus positif pour lui que cette configuration qui permet au FN de se retrouver dans un duel national avec le système ? Et qu’en fait-il, qu’en résulte-t-il ? Rien. Bien sûr, il y a eu la campagne odieuse de la gauche et de l’établissement entre les deux tours. Mais rien n’a été fait pour transformer ce formidable essai. Aucune démarche d’ouverture, de rassemblement. Rien pour rassurer, pour apaiser. Et une incapacité totale à présenter un projet crédible et construit. Alors qu’il y avait la possibilité de donner enfin à la droite nationale un statut de grand mouvement de gouvernement, Le Pen s’est montré plus caricatural que jamais : sectaire, outrancier, extrémiste et purement protestataire. Résultat : malgré des scores très importants, au lendemain des élections, rien. Rien de changé pour les Français. Aucune des idées dont il prétendait être porteur n’est mise en œuvre au bénéfice des Français. La stratégie du tout ou rien, seul contre tous, est une impasse.

Du côté de l’UMP, il n’y a de la même manière rien de positif pour les Français. Même si tout n’est pas à rejeter en bloc et a priori de façon sectaire. Une chose est sûre, l’UMP est un parti centriste. M. Raffarin est un homme du centre, le président du groupe UMP à l’Assemblée est un centriste. Chirac est un maître du politiquement correct, élu de surcroît avec les voix de la gauche, et à ce titre otage de celle-ci et toujours enclin à mener une politique de gauche.

Dès lors, je le dis, je le maintiens, les raisons qui ont motivé notre engagement et notre combat n’ont pas disparu. Elles sont plus impérieuses que jamais. Il faut porter nos idées au pouvoir. Il faut qu’elles puissent être prises en compte, et mises en œuvre au moins partiellement. C’est essentiel, c’est vital pour l’avenir de notre peuple. Et personne sur la scène politique n’est actuellement en mesure de le faire.

Alors, bien sûr, vous me répondrez que ce n’est pas le cas non plus du MNR. Aujourd’hui, c’est vrai, surtout si nous baissons les bras. Mais faut-il aujourd’hui décider que, parce que le MNR a échoué depuis trois ans, ce qu’il veut réaliser est définitivement impossible et inaccessible ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord prendre la mesure des difficultés colossales qui ont été les nôtres. Et comprendre une chose : avant d’être liées de façon structurelle à ce que nous sommes, elles résultent d’une configuration négative et conjoncturelle liée aux événements.

Il y a d’abord eu, je vous le rappelle, l’inversion du calendrier électoral. Si les élections législatives avaient eu lieu comme initialement prévu avant la présidentielle, les résultats auraient été très différents. Mais passons.

Il y a eu surtout l’effondrement de Jospin. C’est en effet le rejet de la gauche et du socialisme qui a paradoxalement précipité nos difficultés. Ce sont les 200 000 voix plaçant le Premier ministre sortant derrière le président du FN qui nous ont été fatales.

D’abord parce que beaucoup de nos électeurs pressentant la chose ont voulu voter utile, et, tout en nous conservant leur soutien, ont voté conjoncturellement pour Le Pen. Ensuite parce qu’aux législatives, cette configuration présidentielle a provoqué un vote mécanique, d’une brutalité inouïe, d’abord en faveur de l’UMP, le parti du Président, et au sein de ce qui était perçu comme la droite nationale en faveur du FN au détriment de nos candidats. Et là, reconnaissons-le, nous nous sommes trompés. Nous pensions que la qualité de nos candidats ferait pencher la balance de notre côté dans de nombreuses circonscriptions. Il n’en a rien été ! Le vote a été mécanique en fonction de la seule étiquette, et cela comme conséquence de l’onde de choc provoquée par la présidentielle.

Rappelez-vous, aux élections partielles, nous grignotions du terrain sur le FN. Lors d’un dernier scrutin à Marseille par exemple, nous avions fait quasiment jeu égal avec lui, à hauteur de 16%. Eh bien ! avec les mêmes candidats, au même endroit, les législatives nous ont donné moins de 5% et plus de 20% au FN.

Notons d’ailleurs que ce laminage a été général pour toutes les forces de second rang. Le MPF et le RPF ont fait moins que nous. Le parti de Chevènement, lequel se voyait président de la République, a fait lui aussi moins de 1%. L’extrême gauche, bien placée à la présidentielle, a été elle aussi laminée. Tout comme les Verts, qui ont pourtant été au gouvernement pendant cinq ans. Sans parler du PC qui pulvérise tous les planchers historiques et qui touche maintenant le fond.

Alors, quelles conclusions tirer de cette situation ? D’abord, la conjoncture politique générale va dans notre sens. L’effondrement spectaculaire des forces de gauche et tout particulièrement du PS et du PC est en soi un résultat très encourageant et très porteur. Car, ne nous leurrons pas, si les Français ont rejeté Jospin à ce point, ce n’est pas seulement parce qu’il est antipathique, ou qu’il ne sourit pas assez, c’est aussi et j’aurais tendance à dire surtout parce qu’ils ne voulaient plus de sa politique, cette politique dont nous incarnons l’exact contraire.

Deuxième acquis de fond. La droite parlementaire, Chirac et l’UMP n’ont pas gagné par l’adhésion des Français mais par la conjonction d’un double refus. N’oublions pas qu’au premier tour, Chirac n’a pas obtenu 20%, ce qui constitue en réalité un désaveu cinglant pour un président sortant. La puissante UMP repose donc sur des liens très fragiles.

Enfin, troisième constat, les forces de rejet du système en place, tout particulièrement bien sûr la droite nationale et républicaine, ont totalisé des scores records et historiques. Nous ne sommes donc pas du tout dans la situation par exemple d’un Parti communiste qui se trouve historiquement, sociologiquement, structurellement, inéluctablement condamné à la disparition.

Alors, je le sais, pour l’instant, c’est le FN qui a capitalisé l’essentiel de ce score. Mais là aussi, il faut établir un quatrième constat. Le FN est en fin de cycle. Son leader a soixante-quatorze ans. Pour beaucoup, cette élection devait être pour lui la dernière. Les structures du parti sont très faibles, l’encadrement dérisoire. Le Pen a fait campagne tout seul avec l’argent de l’État et le soutien des médias.

Alors, je sais, on me répondra : on ne peut pas miser sur la disparition de Le Pen, le FN peut lui survivre, son nom peut, à travers sa fille, continuer à servir d’étendard rassembleur et se régénérer. Oui, c’est possible, mais ce n’est qu’une possibilité. Dans tous les cas de figure, ce parti va traverser une période difficile car il n’existe plus qu’à travers son chef. Ce dernier va tôt ou tard disparaître de la scène et personne n’a jamais vu jusqu’à présent la transmission héréditaire d’un parti politique national. Car la présidence d’un mouvement politique n’est pas une charge de maire dans une petite commune rurale que l’on se transmet de génération en génération !

Alors, soyons clairs, je ne tire aucune conclusion facile de ces constats. Je ne dis pas que les socialistes ne reviendront plus au pouvoir. Je ne dis pas que l’UMP va s’effondrer dans six mois. Je ne dis pas que le FN va disparaître bientôt. Je dis simplement que la configuration générale de la scène politique française est ouverte et donc, comme le dirait M. de La Palice, qu’elle ne nous est pas fermée. D’autant qu’en politique, les retournements sont toujours possibles. Et souvent imprévisibles. Voilà pourquoi il serait criminel de mettre la clef sous la porte, voilà pourquoi je considère qu’il est de notre devoir de poursuivre notre combat.

Alors, cela étant posé, il serait tout aussi criminel de reprendre notre route comme si rien ne s’était passé, sans chercher à faire notre autocritique et à trouver les moyens de réussir là où nous avons jusque-là échoué. Et dans cette réflexion, rien, bien sûr, ne doit être tabou. Tout doit être examiné, que cela concerne notre image, notre stratégie ou notre programme. Nous allons le faire et beaucoup de choses devront changer. Mais je crois que ces changements doivent tous conduire à résoudre une difficulté majeure. L’opinion n’a pas perçu notre différence avec le Front national et, ce faisant, nous a délaissés à son profit, au moins tant que Le Pen reste présent.

Il faut donc rompre clairement avec tout ce qui peut entretenir cette confusion et cette ambiguïté. Et, pour cela, il n’y a pas à aller chercher de grandes subtilités. Il faut expliciter et rendre évidente la rupture que nous avons réalisée avec tout ce que l’on peut qualifier d’extrême-droite.

Il faut affirmer clairement le MNR comme un mouvement de droite, de vraie droite, à gauche du Front national, à droite de l’UMP. Je ne dis pas entre le FN et l’UMP, car nous avons vocation à mordre sur ces deux électorats. Nous devons rassembler tous ceux qui sont d’accord avec les principales idées du FN, mais sans le passéisme, sans le ringardisme, sans l’extrémisme, sans les outrances et les dérapages, sans racisme ni antisémitisme. Et tous ceux qui sont d’accord avec les intentions affichées de l’UMP mais qui rejettent les compromissions, les lâchetés, le double langage, l’impuissance et la tromperie.

Voilà, c’est clair, tel est le positionnement stratégique, idéologique, programmatique qu’il faut faire comprendre, faire connaître et faire accepter. Et c’est à mon avis à ce travail que doit être consacrée la grande réflexion que nous avons commencée à cette université d’été et qui se poursuivra aux mois de septembre et d’octobre.

Et d’ores et déjà, je voudrais faire une mise au point qui va bien sûr de soi pour vous, mais qui se révèle néanmoins nécessaire, compte tenu des événements ahurissants qui se sont produits le 14 juillet dernier et dans lesquels notre mouvement a été bien malgré lui et très indirectement impliqué.

Pendant les jours qui ont suivi, nous avons délibérément choisi la discrétion pour ne pas prêter le flanc dans les médias aux amalgames et aux anathèmes. Mais ici, à Périgueux, je voudrais donner libre cours à ma colère et à mon indignation.

Car je suis scandalisé qu’un malfaisant ait pu ainsi mettre en péril l’avenir du MNR pour un acte criminel dont la débilité le dispute à l’odieux dès lors qu’il n’a pas été tragique. Il s’agit là, pour quelqu’un qui, c’est vrai, avait accepté d’être l’un de nos cinq cents candidats aux municipales de Paris, d’un acte par ailleurs criminel à l’égard du MNR. Pour assouvir ses fantasmes, ce Brunerie n’a pas hésité à compromettre notre mouvement et à nous faire à lui tout seul plus de mal que tous nos adversaires réunis.

Je suis scandalisé de voir ainsi cet individu ne pas hésiter dans sa névrose obsessionnelle à prendre le risque de ruiner trois années de travail, d’efforts et de sacrifices et par son geste, qui aurait pu déclencher un drame, bafouer le courage et le dévouement de tous nos militants. Au nom de tous ceux qui, depuis la création de notre mouvement, se battent avec dévouement et discipline en acceptant toutes sortes de sacrifices professionnels, familiaux, personnels, au nom de tous les authentiques militants nationaux qui constituent notre mouvement, j’affirme donc très solennellement que le MNR n’a rien à voir avec l’extrême-droite avec laquelle nous avons totalement et définitivement rompu lors de la scission avec le FN, rien à voir avec les groupuscules d’extrême-droite quels qu’ils soient.

Et j’affirme que nous ne laisserons personne compromettre notre mouvement. Sans état d’âme aucun, nous écarterons ceux qui grenouilleraient dans telle ou telle organisation sulfureuse par nature totalement incompatible avec le MNR. Ceux qui ne partagent pas la ligne pondérée, responsable, nationale et républicaine, et la démarche démocratique de notre mouvement doivent le savoir : la porte du MNR leur est fermée et ils n’ont rien à faire chez nous !

En tant que président de notre mouvement, mais aussi en tant qu’homme responsable, j’ai le devoir de préserver ceux qui se sont mis au service de la grande cause qui est la nôtre de tous les fous et les excités qui ne peuvent que la compromettre. Car personne bien évidemment n’est obligé d’adhérer au MNR et ceux qui s’engagent dans notre mouvement ont le devoir de combattre loyalement en son sein, sans double jeu, sans arrière-pensée, sans projet personnel, dans le strict respect de la ligne qui est la nôtre et qui n’a rien à voir avec l’extrême-droite.

Cette affaire a d’ailleurs permis de mesurer l’ampleur du malentendu dont nous étions victimes puisqu’une fois de plus, on nous a accolé le vocable d’extrême-droite et une fois de plus nous avons été victimes d’amalgames scandaleux.

Car un mouvement se doit d’être jugé selon ses déclarations officielles, et non pas selon les actes purement personnels d’individus qui s’en approchent. Et, dans cette affaire, nous n’étions pas plus concernés que ne l’ont été les Verts ou la Ligue des droits de l’homme dans le massacre de Nanterre pourtant perpétré par l’un de leurs membres.

Mais, au-delà de cette affaire, j’ai beaucoup réfléchi cet été aux raisons pour lesquelles contre toute vérité nous étions qualifiés de façon injuste et diffamante. Bien sûr, cela tient à l’attitude de certains médias qui se comportent comme des combattants politiques. Cela tient à la nature du débat politique, idéologique et intellectuel qui procède chez nous de plus en plus de la censure, de la désinformation et de l’anathème, transformant le débat en guerre civile. D’ailleurs, cette triste réalité française n’est pas sans susciter l’étonnement chez de nombreux intellectuels. Ainsi en est-il du grand historien américain Eugen Weber qui qualifiait cet été les intellectuels et éditorialistes français de “préposés à l’accusation”. Ou encore de cette jeune et talentueuse essayiste française Élisabeth Lévy qui leur a consacrés récemment un réjouissant petit livre que je vous conseille : les Maîtres censeurs.

Alors, c’est évident, nous sommes victimes de ces préposés à l’accusation et de ces maîtres censeurs. Et il n’est pas question pour moi ni pour vous de chercher à les convaincre, encore moins de nous justifier devant eux. Ce sont des ennemis et il n’y a rien à attendre d’eux.

En revanche, c’est vers ceux qui sont trompés, qui sont leurs victimes, que nous devons nous tourner car je crois que nous les avons trop délaissés. En récusant nos juges et en balayant d’un revers de main leurs accusations infondées, nous avons hélas laissé une place au doute, permettant ainsi aux mensonges et aux calomnies de se propager parmi nos compatriotes. Si nous sommes encore perçus par un grand nombre de Français comme étant des extrémistes, c’est parce que nous l’avons trop souvent laissé dire sans répondre au fond.

Nous nous sommes laissés entraîner malgré nous dans l’atmosphère de guerre civile politique et intellectuelle qui règne en France. Face à des affirmations péremptoires, colportées par le système, nous nous sommes trop souvent contentés d’incarner le contrepoids. Et plus ils chargeaient l’un des plateaux de la balance, plus nous chargions l’autre plateau. Ainsi, lorsqu’ils affirmaient des thèses extrémistes, nous avons voulu incarner l’antithèse. Alors que nous aurions dû exprimer une synthèse qui seule peut être en phase avec la réalité.

Comme nos adversaires proclamaient béatement “l’immigration est une chance pour la France”, nous avons laissé croire sans nuance qu’elle était pour nous le mal absolu. Comme les tenants du système ont pratiqué un antiracisme forcené, nous sommes apparus bien malgré nous comme les partisans du racisme. Comme ils vantaient les avantages unilatéraux de la mondialisation, nous avons laissé croire que nous nous opposions à la liberté du commerce et aux réalités du monde d’aujourd’hui. Comme ils chantaient les louanges de l’Europe de Bruxelles, nous sommes apparus comme anti-européens. Et on pourrait ainsi multiplier les exemples.

Nous n’avons pas à rougir de cette attitude qui fut la nôtre car elle a eu son efficacité, mais nous ne devons pas aujourd’hui nous y enfermer. Car si nous avons réussi de la sorte à rétablir un certain équilibre global des débats, cela s’est fait aux dépens de notre propre équilibre.

C’est pourquoi, à l’avenir, nous devons prendre garde à ne plus tomber dans ce piège mortel. Nous devons cesser de nous amputer d’une part de notre vérité. Nous ne devons plus parler et agir comme des contrepoids, mais refléter notre vérité dans son entier.

En agissant ainsi, nous ne changerons pas l’attitude des professionnels de l’accusation et des chiens de garde du système. Ils continueront d’éructer mais, parce que nous aurons pris la peine de les démentir et de ne pas entrer dans leur jeu, nous apparaîtrons au plus grand nombre pour ce que nous sommes. Non pas des extrémistes, mais des hommes et des femmes équilibrés, mesurés, équitables et altruistes.

D’ailleurs, si on examine honnêtement et sereinement nos positions sur l’essentiel des questions qui font débat aujourd’hui en France, loin d’épouser des thèses extrémistes, nous sommes les plus mesurés et les plus attentifs à la complexité du réel. Et il nous faudra le mettre en lumière beaucoup plus que nous ne l’avons fait jusqu’à ce jour.

Ainsi, par exemple en matière d’immigration, les extrémistes, ce sont nos adversaires qui veulent toujours plus d’immigrés, qui veulent les accueillir et les intégrer tous sans distinction, y compris les clandestins, les criminels, les délinquants, les parasites, les terroristes, les islamistes. En revanche, nous, nous faisons la distinction entre la bonne et la mauvaise immigration, considérant qu’il existe aussi une bonne immigration représentée par ceux qui travaillent, respectent nos lois, adoptent nos coutumes et notre identité au point de se fondre dans notre peuple comme l’ont fait en leur temps des générations d’Espagnols ou de Portugais, mais aussi en nombre plus limité des étrangers non européens. Tant il est vrai que notre conception de l’identité nationale ne procède pas du racialisme.

Et je dis que ceux qui relèvent de la bonne immigration ne sont pas visés par notre programme d’expulsion et de retour et peuvent devenir des Français à part entière. Si nous sommes foncièrement opposés à l’immigration massive, à l’irruption du communautarisme et tout spécialement du communautarisme islamique, nous savons qu’à côté de l’échec flagrant de l’intégration, certains individus réussissent leur assimilation. Et ceux là n’ont rien à craindre du MNR, bien au contraire puisque l’expulsion de la mauvaise immigration sera de nature à faciliter l’assimilation de ceux qui ont la volonté et la capacité de devenir non pas des Français de papier mais des Français à part entière.

De même, à propos de l’Europe, alors que nos adversaires conçoivent l’Europe comme un moyen de faire disparaître les vieilles nations du continent, sans même chercher à créer une grande puissance européenne capable de défendre les intérêts et l’identité commune de l’Europe, nous défendons les nations, mais nous ne voulons pas d'une France isolée. Car nous savons que, dans le choc des civilisations qui va caractériser le XXIème siècle, l’Europe doit s’organiser et retrouver les moyens de la puissance. Et, à cet égard, nous devons plus que par le passé prendre en compte cet impératif. Je crois par exemple qu’il nous faut dorénavant accepter l’euro dès lors qu’il peut devenir un instrument de la puissance européenne.

Dans bien d’autres domaines encore, il nous faudra faire apparaître de façon équilibrée la réalité de ce que nous sommes, aux antipodes de tout extrémisme. Dans cet esprit, nous devons également rompre avec la démarche du seul contre tous. Si nous nous opposons, il est vrai, au système, nous ne devons pas traiter tous ceux qui ne sont pas avec nous comme s’ils étaient contre nous et n’avoir autour de nous que des ennemis ou des adversaires. Et je voudrais à cet égard prendre deux exemples.

Un premier sur lequel nous nous sommes d’ailleurs déjà prononcés. Dans les trois dernières années, le RPR et l’UDF ont, en nous assimilant au FN, maintenu à notre égard une attitude d’ostracisme qui leur est dictée par la gauche et par certains médias. Eh bien ! je le dis, cette attitude qui a d’ailleurs évolué est sans fondement : ces partis, ou plutôt aujourd’hui l’UMP, ne sont pas notre ennemi principal. Même si nous sommes très critiques à son égard et s’il n’est pas question bien sûr d’un quelconque alignement sur ce parti, nous établissons une distinction très claire entre la gauche, qui est notre adversaire prioritaire, et l’UMP avec qui nous pourrions avoir des accords. Même si tout cela n’est pas aujourd’hui d’actualité, personne ne nous fera préférer la gauche dure à la droite molle. Et chacun aurait pu s’en rendre compte au deuxième tour de la présidentielle si Chirac avait été opposé à Jospin.

Je prendrai un deuxième exemple qui est celui des Français juifs. Vous le savez, ils ont pour la plupart, en nous assimilant là encore au Front national, pris des positions hostiles à notre mouvement. Eh bien ! je dis qu’ils l’ont fait à tort. Car le MNR n’est pas antisémite. Et d’ailleurs, depuis quelque temps, il apparaît clairement que nous partageons avec eux des préoccupations ou des inquiétudes communes. Je veux parler de la montée de l’islamisme en France et de l’intolérance, voire de la violence, qui en résultent envers les chrétiens et les juifs de notre pays. Dès lors, soyons clairs, les Français juifs ne sont ni nos ennemies ni nos adversaires.

Voilà, c’est clair en tout cas pour moi. Le MNR est un mouvement politique sain, constitué de femmes et d’hommes généreux, animés par un idéal ne comportant aucune zone d’ombre, qui ne craint pas de s’afficher au grand jour et qui n’a rien à voir avec l’extrême-droite, le racisme ou l’antisémitisme.

Un mouvement politique enraciné à droite sans complexe, qui s’est fixé pour objectif de rassembler un jour tous les Français qui, tout en rejetant toutes les dangereuses utopies de gauche, se méfient d’une pseudo-droite toujours prompte à trahir. Un mouvement solidement ancré dans la république, respectueux des règles démocratiques, n’agissant que dans la transparence et la légalité et qui se bat en pleine clarté pour donner à son pays les moyens d’affronter les menaces du siècle qui s’ouvre et de saisir les chances que recèle l’avenir. Un rassemblement de femmes et d’hommes qui, loin d’ignorer les valeurs humanistes et les droits des personnes, désirent au contraire que chacun puisse en bénéficier, à commencer par leurs compatriotes. Une formation jeune parfaitement consciente des problèmes que posent les grandes mutations du temps présent et qui, loin de se complaire dans la simple dénonciation des problèmes, propose de leur apporter des solutions de fond. Un mouvement résolument tourné vers le futur et ne nourrissant aucune nostalgie pour le passé, ce qui n’empêche pas ses membres de chérir dans leur cœur et leur mémoire les épisodes éclatants de notre histoire nationale et européenne.

Voilà ce que nous avons voulu faire en créant le MNR et voilà comment le MNR doit être compris des Français et perçu par les électeurs. Cessant d’être confondus avec le FN, nous correspondrons à ce à quoi aspirent, je crois, une grande partie des électeurs : des idées fermes mais mesurées, une droite courageuse et intelligente mais sans extrémisme ni passéisme. Si nous réussissons à être effectivement compris et reconnus comme tels par nos compatriotes, j’en suis convaincu, nous pouvons réussir et les difficultés qui sont actuellement les nôtres peuvent être surmontées.

Et cela d’autant plus que nous devons de surcroît mettre à profit l’accalmie qui vient pour mener une réflexion plus profonde encore. Nous devons réfléchir à la manière de reprendre l’initiative idéologique qui a été laissée trop longtemps à nos adversaires. Nous devons imaginer comment mieux mobiliser sur nos valeurs en le faisant autour d’un grand projet mobilisateur, autour d’un mythe capable de faire rêver ceux qui se reconnaissent en nous. Nous devons trouver les moyens de mettre en mouvement autour de nos idées de nouvelles couches sociologiques et je pense aux forces actives et montantes de notre pays : ceux qui gagnent et pas seulement ceux qui souffrent. Nous devons être capables d’apporter de façon plus crédible et plus porteuse les réponses aux grandes questions que nos compatriotes se posent en ce début de XXIème siècle. Nous devons découvrir, à côté de l’action politique traditionnelle, des modes nouveaux de combat nous permettant de répondre de façon efficace à la désaffection des Français pour la politique.

C’est donc ce travail de renouveau, d’identification et de reconnaissance que nous devons mener de façon à rendre parfaitement évident notre aggiornamento.

Et c’est à cette entreprise d’envergure que nous devons nous atteler dans les mois qui viennent. La réflexion qui a commencé ici, nous allons la poursuivre dans les semaines à venir. Elle débouchera au cours de l’automne sur un conseil national de refondation au cours duquel seront prises des décisions majeures concernant la ligne politique et la direction du mouvement.

Sur ces nouvelle bases, nous entreprendrons un travail de fond, en vue des échéances principales que seront pour nous les prochaines municipales, la présidentielle et les législatives de 2007, sans faire l’impasse sur les élections plus secondaires que seront en 2004 les régionales et les européennes.

Avant cela, vous le savez, je mènerai le mois prochain avec mon épouse Catherine une nouvelle bataille électorale à Vitrolles-en-Provence. Car, là encore, nos adversaires ont frappé de la façon la plus arbitraire et la plus injuste qui soit. Les élections de Vitrolles ont été annulées pour un tract anonyme distribué dix jours avant le premier tour et qui mettait en cause un candidat arrivé au premier tour 21 points derrière mon épouse et au second tour 35 points derrière elle. On n’a jamais vu ça ! Prétendre qu’un tract aussi violent soit-il aurait empêché un candidat réalisant 10% de battre le maire sortant qui a obtenu 45% des voix ! C’est se moquer du monde. Et c’est bien ce qu’a fait le Conseil d’État, bafouant ainsi les règles élémentaires du bon sens et de l’équité.

Sans doute certains ont-ils cru qu’au lendemain des législatives le MNR était agonisant et que le moment était venu de lui donner le coup de grâce en le frappant au cœur. Eh bien ! ce faisant, ils nous donnent l’occasion de montrer que nous sommes bien vivants et que, selon l’adage, les coups ne nous abattent pas mais nous renforcent.

Chers amis, en cette période difficile, je vous demande d’être fidèles à ce que vous êtes. Je vous demande d’être forts et courageux non pas de ce courage facile qui se traduit par une action intense et spectaculaire, mais de ce courage exigeant qui implique la persévérance et l’opiniâtreté. Je vous demande d’être intelligents, non pas de cette intelligence superficielle qui pousse certains à abandonner quand ils ne voient plus le bout du chemin, mais de cette intelligence supérieure qui permet de comprendre que la guerre n’est pas perdue parce que l’on a perdu des batailles.

Chers amis, songez à l’essentiel, songez à nos enfants, à notre peuple, à notre nation, à notre civilisation. Songez au devoir qui est le nôtre à leur égard.

Nous prendrons sur nous pour nous donner les moyens de gagner. Nous continuerons le combat. Et tôt ou tard, d’une façon ou d’une autre, nous remporterons la victoire.
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