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Discours, le 19/04/2002
Déclaration de soutien à l'armée française
Paris - Ecole militaire


Mesdames, Messieurs,

La question de la défense de la France a été complètement occultée pendant cette campagne présidentielle. Pourtant, je le rappelle, le président de la République est le chef des armées, il est celui qui détient le pouvoir de déclencher une frappe nucléaire.

D’ailleurs, je le signale en passant, l’aptitude à exercer cette responsabilité doit être, à côté du programme, l’un des critères de sélection des candidats. Et les Français doivent aussi se poser cette question : peut-on confier le bouton nucléaire à Laguiller, à Le Pen, à Chevènement, à Mamère ou à Hue ?

Au-delà, je constate que même les deux principaux prétendants non seulement n’ont rien proposé pour l’armée mais que ce sont eux qui portent la responsabilité de son déclin accéléré.

M. Jospin n’évoque pas la politique de défense dans ses dix priorités. Son bilan est d’ailleurs parmi les plus catastrophiques de la Ve république. Depuis 1997, en effet, alors que le budget de l’État a augmenté de près de 5 %, les dépenses militaires de fonctionnement n’ont progressé que de 0,5 % et celles d’investissements, pourtant essentielles à nos forces, ont baissé de près de 14 %.

Quant à M. Chirac, il s’est une nouvelle fois renié, et pas seulement par son inaction face aux socialistes. Après avoir annoncé en début de campagne un programme prévoyant une hausse de 30 % des dépenses militaires, il a revu ses ambitions à la baisse moins d’un mois plus tard : sur les 14 milliards d’euros consacrés initialement aux armées, il ne reste plus aujourd’hui que 1,5 milliard, et vraisemblablement il ne restera plus rien une fois réélu !

J’accuse donc solennellement MM. Jospin et Chirac de non-assistance à défense en danger !

Car l’armée française est privée de tout, ou presque, pour remplir ses missions, lesquelles sont d’ailleurs de moins en moins militaires et de plus en plus policières, pour ne pas dire civiles, comme l’illustre la multiplication des plans Vigipirate, Polmar et autre Statère, ainsi que les nombreuses missions de "maintien de la paix" sous mandat international, voire sous direction américaine comme en ex-Yougoslavie ou en Afghanistan.

Combien de pilotes sans engin, de tireurs Milan sans missile, de chefs de groupe sans groupe, d’officiers sans commandement ou encore de grenadiers-voltigeurs qui, parce qu’ils enchaînent tant de Statère, de Polmar et de Vigipirate, n’ont pas tiré une seule cartouche depuis un an ? Et quand une unité opérationnelle part en mission extérieure, combien d’autres tournent au ralenti, obligées de mettre en sommeil leurs matériels et leurs servants ?

Il faut aujourd’hui solliciter une quinzaine de régiments, hommes et matériels compris, pour armer ne serait-ce qu’un seul bataillon d’infanterie.

Dans l’armée de terre, entre un tiers et 60 % de certains matériels sont immobilisés faute de pièces détachées ou de crédits d’entretien. L’aviation de combat accuse un retard de 1 843 heures de vol par rapport à son activité théorique. Et quand la Royal Navy navigue 150 jours par an, la marine nationale n’affiche que 90 jours de mer. Partout, les taux d’activité de nos forces sont inférieurs aux normes fixées par l’Otan !

Décidée sans concertation, menée à la hâte et surtout sans bénéficier des moyens nécessaires, la professionnalisation de l’armée française a conduit à la paupérisation et à la démoralisation de nos forces.
Et ce, au risque de notre sécurité collective immédiate.

Car l’effort de défense est aujourd’hui toujours nécessaire. D’ailleurs, de nombreuses puissances réarment, au premier rang desquelles la Grande-Bretagne et les États-Unis. C’est ainsi que les Anglais affectent, par soldat, un budget double de celui de la France et que les Américains n’ont jamais consacré une telle part de leur PIB à leur défense depuis l’ère Reagan.

Aussi, élu président, je m’engage à mener une action d’envergure pour reconstruire l’armée française.

Ma première priorité sera de restaurer le moral de l’armée et plus encore la morale incarnée par l’armée. Les valeurs qui portent et que porte l’armée sont en effet essentielles à la survie de la communauté nationale dans son entier.

Force, courage, dévouement, sens de l’honneur et du sacrifice, solidarité de corps et d’âme : qui ne voit que ces valeurs immémoriales manquent aujourd’hui cruellement à une France en proie à une profonde crise morale ? Qui ne comprend que lorsque des notions aussi élémentaires sont niées, voire bafouées et oubliées d’un peuple, c’est l’existence même de ce peuple qui se trouve remise en cause ?

Il est donc du devoir de l’État de soutenir, y compris devant les tribunaux si nécessaire, lorsque se développent de scandaleuses campagnes de dénigrement, l’honneur et le prestige de nos armées, afin d’imposer à tous le respect et la considération qui leur sont dus.

Ma deuxième priorité consiste à revaloriser les moyens techniques, financiers et matériels de l’armée, dont la capacité opérationnelle doit être rétablie au plus vite.

Mon objectif dans ce domaine est très clair. Je veux porter l’effort de défense de la nation à hauteur de 3 % du PIB dès l’année prochaine et à 4 % d’ici à cinq ans. Il s’agit de dépenser plus, de dépenser mieux et surtout de dépenser intégralement ce qui aura été voté par le Parlement.

Dans ce cadre budgétaire restitué, la dissuasion nucléaire doit rester le pivot de notre indépendance nationale. Cet outil doit donc être modernisé, notamment en développant des armes à neutron miniaturisées pour pouvoir le cas échéant compenser par la puissance de feu l’infériorité numérique de nos armées et mener efficacement une dissuasion "du fort au fou".

S’agissant de la défense conventionnelle, outre le rattrapage en termes de programme existant, j’entends prioritairement doter nos armées d’un second porte-avions nucléaire, d’une défense anti-missiles, de services de renseignement crédibles et d’une flotte de chasseurs et bombardiers à long rayon d’action.

La projection des forces, notamment par la construction de gros porteurs, doit devenir enfin réalité : la France et l’Europe ne seront en mesure de défendre réellement leur territoire et ne pourront peser de nouveau dans le concert des nations qu’en s’affranchissant de toute logistique étrangère et donc de toute pression extérieure.

Je propose par ailleurs la création d’une garde nationale. Aux côtés d’une armée professionnelle renforcée, à vocation offensive, et d’une gendarmerie spécialisée dans les missions de police et le maintien de l’ordre, cette nouvelle arme illustrerait efficacement le retour à l’esprit de défense que j’appelle de mes vœux. Elle serait constituée de volontaires des deux sexes, actifs pour une période de six à neuf mois en fonction des spécialités et appelés à une période de réserve d’un mois par an.

Parallèlement, les crédits de fonctionnement doivent également être augmentés afin d’assurer la montée en puissance de nos forces professionnelles, la permanence de la gendarmerie et la mise en place de la garde nationale que j’appelle de mes vœux.

Enfin, bien évidemment, il s’agit de remettre notre armée au service d’une certaine vision de la France et de l’Europe. Dans le cadre de l’Europe des nations, je veux mettre en place une alliance militaire européenne fonctionnant sur le modèle de l’Otan à laquelle elle se substituerait.

Par son histoire comme par sa vocation, la France a un rôle essentiel à jouer au profit de l’Europe. La France peut retrouver sa place de premier plan sur le vieux continent et l’Europe de son côté doit rétablir sa puissance et son rayonnement dans le monde. N’oublions pas qu’elle est plus peuplée et tout aussi riche que les États-Unis.

Les nations européennes doivent retrouver les voies de l’identité et de la puissance. Mon projet est de refaire de la France la première puissance en Europe et de l’Europe la première puissance dans le monde !
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