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Discours, le 01/12/1995
Discours à la jeunesse

Nous sommes en 1995... et vous êtes jeunes. Nous allons passer le cap du troisième millénaire et vous n'avez pas passé celui de vos trente années de vie.

En venant vers vous, je songeais tout à l'heure à ce décalage qui existe entre la jeunesse qui vous caractérise et le monde dans lequel nous vivons.

Car notre monde est vieux. La société dans laquelle nous évoluons, les discours qui nous sont tenus, les hommes qui nous dirigent, les projets médiocres qu'ils nous présentent. Tout cela sent le renfermé, le moisi, quand ce n'est pas l'odeur rance de la décomposition ou de la pourriture qui nous prend à la gorge. Aujourd'hui, la France et le monde européen sont vieux, hélas.

Oh! non pas parce que notre pays est une très ancienne nation. Non pas parce que nous allons célébrer le mille cinq centième anniversaire du baptême de Clovis, non pas parce que les fondements de notre civilisation remontent à plus de 4 000 ans en arrière. Non ! tout cela n'est rien à l'échelle de l'histoire et de l'univers.

Non, notre monde est vieux parce qu'il est confisqué par des vieillards. Ceux qui le dirigent sont des petits vieux, des pépés, des has been ou des gâteux.

Et, bien sûr, je ne parle pas de leur âge. Et je ne méprise pas nos anciens qui ont tout notre respect et toute notre estime.

Ceux dont je parle d'ailleurs sont loin d'avoir atteint l'âge canonique. Beaucoup, il y a peu, se vantaient même d'avoir quarante ans et se faisaient une gloire d'être désignés comme des quadras.

Non, ce dont je parle n'a rien à voir avec l'âge physique. Ce qu'ils ont de vieux, ce ne sont ni leurs os, ni leurs chairs, c'est leur mental. Chateaubriand disait : la vieillesse est un naufrage. Regardez le naufrage de Chirac et de Juppé.

Parce qu'enfin, le monde qu'ils nous façonnent, eux et leurs prédécesseurs, qu'est-ce sinon un monde de vieux ?

Depuis des décennies, ils n'ont plus de vision, plus d'ambition, plus de grands projets pour la France. «Rester dans le peloton de tête des puissances moyennes» tel était l'objectif de Giscard assis au coin du feu, les pieds dans ses charentaises ! Et aujourd'hui c'est pire, puisque Chirac n'a même pas cette prétention. Quel est son projet pour la France dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans ? Il n'en sait rien. La seule chose qu'il prétende faire c'est de réduire la fracture sociale, très bien ! Mais pour aller où, pour faire quoi ?

Les dirigeants de la classe politique sont maintenant tous incapables de rien concevoir car ils sont terrorisés par la critique des lobbies, inhibés par le qu'en dira-t-on médiatique, affolés par la rumeur de la rue. Et leur seul souci est d'éviter les vagues. Surtout pas de remous, surtout ne rien changer et par-dessus tout ne prendre aucun risque.

Ils sont comme ces vieillards toujours transis, ils sont frileux de tout. D'ailleurs, ils n'ont plus aucune imagination et se contentent généralement d'imiter ce qui se fait ailleurs. «Les Américains le font, faisons-le». «Bruxelles, l'a dit, c'est très bien.»

Mais, où est la puissance qui devrait être l'apanage de ceux qui dirigent une grande nation comme la nôtre ? Où est la volonté de peser sur les événements ? A-t-on déjà entendu le "non" impérieux que les hommes d'État véritables savent faire retentir lorsqu'il s'agit de préserver l'intérêt national ?

En réalité, nos dirigeants sont faibles, impuissants, velléitaires. Leurs mains tremblent, leur volonté vacille comme celles de ces vieillards que la vie a trop usés.

Et le monde qu'ils nous préparent est un monde de vieux pour les vieux. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si les premiers visés par les mesures du plan sécu de M. Juppé sont les familles et les enfants. Ce n'est pas un hasard si le gouvernement a décidé de geler les allocations familiales et de les soumettre à l'impôt. Avec ces gens-là, on rejette les bébés. Cela est si vrai d'ailleurs que tout dans leur politique semble aller dans le sens de la mort, contre celui de la vie. Ils détruisent, ils démolissent, ils enterrent, à commencer par notre nation, notre identité, nos valeurs.

Et dans ce monde vétuste et sans joie, tout est vieux, même la jeunesse. Je veux parler de la jeunesse qu'ils reconnaissent comme telle, de celle qui fait partie de l'établissement, celle que l'on voit à la télévision, celle qui est admise à s'exprimer dans les émissions. Celle, qui derrière le masque d'une vraie arrogance, fait montre d'une totale docilité. Songez donc, elle ne trouve rien d'autre à réclamer aujourd'hui dans notre pays que de l'argent pour l'université. Faut-il qu'ils soient déjà vieux ces jeunes-là pour se comporter comme les vieillards de l'établissement. Ils ont 18 ans à peine, mais ils ont déjà ingurgité tous les poncifs du système et tous ses mensonges aussi. Regardez-les à la télévision : ils parlent déjà comme les vieux chevaux de retour de la social-démocratie, du néo-gaullisme, du communisme ou de l'antiracisme humanitaro-droit-de-l'hommiste.

Bêtes à manger du foin, ils pensent mordre leur jeunesse à pleines dents parce qu'ils traînent leur désœuvrement toute la journée et dansent toute la nuit. Ils revendiquent sur ordre, dénoncent la montée du fascisme quand on le leur demande. Ils parlent avec l'assurance des vieux politiciens même quand ils n'ont rien à dire. Ils argumentent comme de vieux syndicalistes et posent comme de vieux professionnels devant les photographes. Ils se croient jeunes, ce sont déjà des vieux cons. Et de ce troupeau d'ahuris, il n'y a rien à attendre. Il bêle des idées toutes faites empaquetées comme des produits de supermarché. D'ailleurs, il ne pense pas : les médias, le show-biz et tout ce que le pays compte de pseudo-autorité morale s'en chargent à sa place.

Car la jeunesse, la vraie, elle n'est pas là. Elle se situe ailleurs. Et il est vrai qu'il est peut-être moins facile aujourd'hui qu'hier d'assumer et d'exprimer sa jeunesse, la vraie.

Car, non seulement la classe politique a détruit notre société et les valeurs de la jeunesse qui lui sont essentielles, mais en plus, comble du paradoxe, ses dirigeants, séniles en esprit et cacochymes en pensée, ne songent qu'à plaire aux jeunes. Il suffit de regarder la télévision ou d'écouter la radio. Dans les médias la pseudo-jeunesse est adulée. Elle fait l'objet de toutes les attentions du pouvoir. Vous rappelez-vous ce Premier ministre qui lançait, à grands coups de trompe médiatique, une grande consultation des jeunes ? Avez-vous entendu ces journalistes se pâmer devant la Haine au motif que ce film serait un film de jeunes sur les jeunes ? Avez-vous écouté ce maire de Blois parler avec des trémolos dans la voie du rap ou des tags en reconnaissant à ces formes primitives ou, pour mieux dire, primaires, voire primates, de la musique ou de la peinture, toutes les qualités de l'art au seul motif qu'ils sont réalisés par des "jeûnes"?

Aujourd'hui, c'est le comble, avec beaucoup de servilité, les vieux font la cour aux jeunes. Il est vrai que ces vieillards qui nous gouvernent ont une vision bien curieuse de la jeunesse. Pour eux celle-ci serait en quelque sorte une catégorie sociale, un peu comme il y a des classes sociales. Le système politico-militaire parle en effet de la jeunesse comme on parle des bourgeois, des chômeurs, des ouvriers ou des drogués. Et par conséquent, la jeunesse ne serait, à les entendre, qu'une classe exploitée, voire opprimée et donc marginale.

Et ceci d'autant plus que lorsqu'ils parlent de la jeunesse, c'est pour la désigner principalement comme la victime des grands fléaux sociaux que sont la drogue, le sida, la violence ou le chômage.

Alors, chers amis, c'est vrai, il est peut être moins simple d'être jeune aujourd'hui qu'hier. Mais, dans le même temps, votre rôle, votre mission, est sans doute plus grand à notre époque que dans le passé récent. D'abord parce que les dangers se précisent et que, comme toujours, lorsque les menaces surviennent, c'est à la jeunesse de monter en première ligne.

Or, je le répète, les dangers se précisent. Il suffit de voir ce qui se passe maintenant presque chaque soir dans nos banlieues. Et, bien sûr, je ne parle pas seulement de ce qu'on nous dit à la télévision ou dans les journaux car ce qui est dit aux Français n'est que la petite partie émergée d'un immense iceberg.

Et c'est précisément face à ce grave danger que nous allons nous trouver, que vous allez vous trouver. Vous avez donc en tant que jeunes Français une responsabilité essentielle à exercer dans les années qui viennent. La France va avoir besoin de sa jeunesse, je veux dire de sa vraie jeunesse.

Non pas celle dont on parle dans les médias, non pas celle de ceux qui en font une condition sociale ou une profession, non pas celle qui serait une simple question de tranche d'âge, encore moins celle de la génération Mitterrand, ou de la génération morale. Je veux dire la vraie jeunesse, celle que vous incarnez, car, rassurez-moi, vous êtes bien la jeunesse de France, la vraie ? Vous qui êtes ici ce soir vous êtes bien de ces minorités actives capables de forcer l'avenir ?

Vous pensez que l'on peut être jeune sans porter, de jour comme de nuit, une casquette de base-ball américaine vissée à l'envers sur le crâne. Vous pensez qu'il est possible d'être jeune sans pour autant se "défoncer" à l'ecstasy ou au haschich, qu'il est possible d'avoir vingt ans sans être "grunge" ou "rasta" et qu'on peut être jeune et de son époque sans pour autant rejeter par principe toutes les valeurs traditionnelles. Vous êtes de ceux qui considèrent qu'on peut être heureux sans vivre comme une "dragqueen", qu'il n'est pas déshonorant d'être propre ou honnête et qu'il existe autre chose que McDo, Disneyland, la violence, le sexe et l'argent roi. Vous pensez aussi que l'on peut être jeune sans écouter du soir au matin du rap dégénéré dont le message distille la haine du blanc, de l'Européen et du Français.

En somme, vous pensez, suprême liberté d'esprit, que vous n'êtes pas si malheureux d'être ce que vous êtes et que vous n'êtes pas si malchanceux d'appartenir à ce bon vieux peuple gaulois dont le passé est à l'évidence plus fécond et plus glorieux que celui des ancêtres des "Nique ta mère" et autres MC Solar ou Ministère Amer. Vous êtes tout aussi jeunes que les autres et vous n'entendez pas vous laisser imposer des modèles obligés venus du fond de la brousse ou du Bronx, de la Casbah ou de Santa Barbara. Vous êtes français, vous êtes enfants d'Europe et vous avez compris qu'il s'agissait là d'une chance et d'une force. Voilà pourquoi vous êtes engagés, fiers de ce que vous êtes, fiers du sang qui coule dans vos veines et de la terre que vous foulez après tant d'autres Français, fiers de la nation dont vous êtes issus.

Car si vous êtes aujourd'hui détenteurs de ce formidable patrimoine qui est le nôtre, c'est parce qu'au fil des âges, des millions de jeunes Français se sont sacrifiés. Ils avaient votre âge quand ils ont quitté leur maison pour aller au combat : Clovis a vingt-neuf ans à la victoire de Tolbiac, Charlemagne en a vingt-sept lorsqu'il mate les féodaux révoltés, Guillaume le Conquérant envahit l'Angleterre à trente ans. François 1er a vingt et un ans à Marignan et Bonaparte vingt-sept ans au pont d'Arcole. Et songez à vos grands-pères ou arrière-grands-pères, héros anonymes de vingt ans, qui de la Marne à Verdun ont été fauchés dans la fleur de l'âge. Songez à tous les jeunes Français qui se sont engagés pour la France lors du dernier conflit mondial.

Face au monde terne, uniforme, lâche et vieux que le système politique veut nous imposer, vous êtes en première ligne. Car, ce dont notre pays a besoin, ce sont des valeurs de la jeunesse, de la vraie jeunesse, celle qui ne se définit pas par l'âge mais par le cœur. «La jeunesse n'est pas une période de la vie, elle est un état d'esprit, un effet de la volonté, une qualité de l'imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l'aventure sur l'amour du confort, disait Mac Arthur. On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d'années. On devient vieux parce qu'on a déserté son idéal. Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l'âme. Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort. Vous êtes aussi jeune que votre foi. Aussi vieux que votre doute. Aussi jeune que votre confiance en vous-même. Aussi jeune que votre espoir.»

Et la France a besoin de votre force et de votre espoir, de la force et de l'espoir de la jeunesse. Car la jeunesse c'est le refus de la soumission au prêt à penser, le refus du politiquement correct, le refus de la dictature des idées toutes faites. La jeunesse c'est l'anticonformisme, c'est la vraie insolence, celle qui s'oppose à Big Brother. Celle qui remet en cause les dogmes établis. C'est la liberté, cette liberté qui caractérise plus que nul autre l'homme européen, qui lui confère sa fierté et qui fonde sa dignité d'homme au sens plein du terme. La France a besoin de sa jeunesse parce que la jeunesse c'est la volonté, le refus de tous les fatalismes. C'est le goût du risque, c'est le courage, le courage physique des guerriers, le courage patient et obstiné des héros anonymes, le courage de s'affirmer tel qu'on est au risque d'être diffamé et présenté différemment de ce qu'on est. La France a besoin de sa jeunesse, car la jeunesse c'est l'aventure et le rêve sans lesquels il n'y a pas d'avenir ni de grandes réalisations. «Une vie réussie est un rêve d'adolescent réalisé dans l'âge adulte», écrivait Alfred de Vigny. Nous sommes à la mesure du rêve qui est le nôtre. Si la France veut sortir du déclin, si elle veut s'arracher aux forces de vieillissement et de mort, si elle veut assurer sa renaissance, la France doit remettre à l'honneur les vraies valeurs de la jeunesse.

Comment peut-on avoir vingt ans et être au RPR ou au PS ? Comment peut-on se prétendre jeune et suivre Chirac, admirer Juppé, imiter Jospin, aduler Tapie ou approuver Fabius ? La vraie jeunesse, elle est dans cette salle, car la vraie jeunesse n'accepte pas l'avenir que les puissants veulent nous donner. Et elle a raison car l'histoire n'est écrite nulle part, elle dépend de la foi et de la volonté des hommes et des femmes de notre pays. La vraie jeunesse c'est vous ! Les autres vous assènent que la société de l'avenir fera de la France un quartier du village planétaire. Que notre pâté de maisons sera multinational, bruxellois ou babélien. Devenez ce que vous êtes. Loin de la vieille droite mondialiste et de la vieille gauche socialiste, restez libres, restez dignes du nom et de la fougue de vos ancêtres francs. Soyez fiers, conquérants et ambitieux pour vos valeurs et votre idéal. À genoux les médiocres, debout les Français !
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