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Discours, le 26/03/1988
L'agriculture, un atout pour le maintien de nos valeurs, pour l'équilibre écologique et pour la puissance de l'économie.

Vous le savez, je ne suis pas agriculteur et je ne suis pas un spécialiste des questions agricoles. Je n'aurai donc pas ici la prétention d'entrer dans le détail des analyses et des propositions.

Je voudrais pour ma part vous dire quelle place je donne à l'agriculture et au monde paysan dans mon projet politique et quels sont les principes qui m'animent pour concevoir une grande politique de redressement de l'agriculture.

J'ai sur ce sujet comme sur tant d'autres une position différente de celle des autres partis de la classe politicienne.

L'agriculture un atout pour la France

À cause d'eux, l'agriculture et le monde paysan sont les mal aimés de notre pays. Pour beaucoup de nos dirigeants, l'agriculture est un peu comme un boulet aux pieds de la France. C'est à leurs yeux quelque chose d'archaïque qu'il faut bien gérer à cause du poids du passé. Mais le monde paysan est pour eux plus une charge, un handicap pour la nation qu'un atout.

Combien de plans concoctés par les technocrates de Bruxelles pour organiser le repli de l'agriculture y a-t-il eu déjà ? Combien sont-ils les experts à avoir planifié la réduction de la population agricole ou la diminution des terres cultivées ?

Pour moi, l'agriculture n'est pas une composante archaïque de notre société à faire disparaître au plus vite. Ce n'est pas non plus une charge pour l'économie française. Pour moi, au contraire, l'agriculture et le monde rural sont un atout pour la France.

D'abord un atout en terme, de valeur.

Nous sommes, vous le savez, les champions de l'identité. Nous savons que la nation n'a d'avenir que si le peuple est conscient de son identité, de ses valeurs, de son passé. Cette identité est enracinée dans notre sol, elle prend sa source dans nos terroirs et dans nos villages. Dans cette terre travaillée, façonnée au fil des siècles et qui recèle, vous le savez bien vous qui la travaillez aujourd'hui, une histoire, une particularité, une identité propre à chaque lopin de terre, à chaque vallée, à chaque coteau.

Et mon propos n'est pas un propos intellectuel. Car nous sommes des hommes, nous appartenons à un peuple de chair qui vit sur une terre. C'est une réalité vitale. Le déracinement, l'exode vers les villes, surtout lorsqu'il s'agit de banlieues sans âme et sans vie, conduisent à de graves maladies sociales. Un peuple déraciné est un peuple qui a perdu son équilibre. Bien sûr, l'enracinement n'est pas l'apanage des populations rurales mais je suis convaincu qu'un peuple qui aurait coupé toutes ses attaches avec la terre et avec la nature serait un peuple profondément malade.

Le monde paysan a donc un rôle essentiel à jouer au sein de la société française. C'est par lui que notre peuple reste enraciné sur son sol, c'est par lui qu'il conserve ce lien nécessaire avec la nature et avec ses lois. Le monde paysan par ses valeurs propres, par ses références, son style de vie, sa forme d'esprit est indispensable à l'équilibre psychologique de notre nation. Nous sommes conscients de tout cela et nous comptons sur les agriculteurs et sur leur poids dans le pays pour assurer cette pérennité.

L'agriculture est aussi un atout et une nécessité écologique.

Le paysage de nos campagnes, vous le savez mieux que quiconque, n'est pas le fruit des seuls effets de la nature, il est d'abord le produit du travail multi-millénaire des hommes.

Il faut avoir vu en Afrique ou en Amérique à quoi ressemble la nature sauvage pour mesurer la valeur de nos paysages européens si humains, si civilisés. Le travail quotidien des agriculteurs est indispensable. Le retour à la friche des terres actuellement cultivées, comme certains le préconisent aujourd'hui, est une aberration. Car cet espace rural délaissé par l'agriculture nécessiterait une gestion, un entretien coûteux que les paysans assurent aujourd'hui gratuitement.

Enfin et surtout, l'agriculture est un atout économique pour notre pays.

D'abord, ne l'oublions pas, c'est un formidable instrument de puissance qui est d'ailleurs à l'origine de la force et de la richesse de la France au cours de son histoire. Il suffit de mesurer combien est grand le handicap des nations qui ne réussissent pas à assurer leur autosuffisance alimentaire.

Que la France et que l'Europe produisent sur le sol de quoi nourrir leurs peuples est en soi un formidable atout. Car c'est bien la première des nécessités pour une nation que de réussir à nourrir sa population sans dépendre pour cela de l'étranger.

Notre agriculture est aussi un atout en direction du reste du monde. À une époque où la question alimentaire constitue un problème majeur pour de nombreuses régions du globe, la capacité à produire des denrées alimentaires est un argument de puissance dont les États-Unis ne se sont pas privés. N'a-t-on pas à plusieurs reprises parlé de pétrole vert ?

C'est aussi en effet une source de rentrée de devises puisque l'agriculture française est exportatrice et rapporte chaque année à notre pays plus de 30 milliards de francs.

Voilà quelle est la place que nous assignons à l'agriculture et au monde rural dans la société française. Ce n'est pas une place marginale, c'est une position centrale. Pour moi l'agriculture occupe d'ailleurs, dans l'évolution de la société française et dans notre projet politique, une position stratégique.

Il faut utiliser cet atout et le valoriser.

L'utiliser d'abord pour le redéploiement des activités sur le territoire. Depuis quelques années, on assiste à une désaffection croissante des Français à l'égard des très grandes villes. La population de Paris ne cesse de décroître et la population des petites villes ou des villes moyennes augmente. Certes, pas dans toutes les régions car certaines souffrent d'un sous-développement économique préoccupant, mais dans beaucoup d'entre elles.

Il y a donc un mouvement très net qui pousse les Français à mieux réoccuper leur territoire. Bien sûr, pour l'instant cela ne les conduit pas à repeupler les villages qui se dépeuplent aujourd'hui mais cela les rapproche des zones rurales.

Notre ambition est d'encourager ce phénomène. Il va dans le sens d'un plus grand enracinement de la population française et d'une meilleure qualité de vie. Il est souhaitable que cette évolution s'accélère dans l'avenir. Cela est possible car les nouvelles activités économiques seront davantage le fait de petites unités réclamant une main-d'œuvre peu nombreuse et pouvant donc être installées en zone rurale sans être isolées compte tenu de la modernisation des moyens de communication et de télécommunication.

Certains pourront ironiser en disant que nous voulons installer les villes à la campagne. Je dirai que c'est un peu cela et que ce rêve est aujourd'hui une réalité à construire. Le monde rural et l'agriculture en bénéficieront par un regain d'activité et, pour certains agriculteurs, par de nouvelles possibilités de double activité.

Mais nous voulons surtout valoriser l'atout que constitue pour la France son agriculture. Pour cela, il faut mettre un terme aux aberrations qui l'ont ruinée et qui la placent aujourd'hui au bord de la faillite.

Première action : il faut briser le cercle vicieux dans lequel sont actuellement enfermés les agriculteurs. Depuis plusieurs décennies, ils ont progressivement été entraînés par le système absurde que l’on décrivait tout à l'heure. Les prix étant garantis mais à un niveau relativement bas au regard des prix de revient, les agriculteurs sont poussés, pour accroître leurs revenus, à produire davantage. Pour produire davantage, ils consomment plus de produits intermédiaires : engrais, gas-oil, machines, etc., et leur revenu ne suit pas proportionnellement l'accroissement de la quantité. Et comme la quantité augmente il y a — à situation d'importation équivalente — surproduction. D'où l'instauration de quotas qui aboutissent dans certaines régions à des pénuries artificielles compensées par des importations. C'est absurde mais ce n'est pas étonnant, c'est le principe de l'économie administrée de type soviétique qui aboutit aux pires contradictions.

Pour casser ce cercle vicieux, il faut engager une politique de qualité et de label.

Il est absurde de payer le lait le même prix, qu'il soit produit dans des usines à lait ou dans des conditions naturelles assurant une meilleure qualité. La qualité nécessite souvent de produire moins et permet de vendre plus cher, elle a donc — schématiquement bien sûr — le double avantage d'assurer de meilleurs revenus et de réduire les excédents. En viticulture, cette voie de la qualité est aussi la voie de l'avenir.

Deuxième objectif : protéger notre agriculture et mettre un terme aux attaques scandaleuses en provenance du reste du monde dont sont victimes les agricultures française et européenne. Les traités de la CEE avaient prévu le principe fondamental de la préférence communautaire. Il fallait acheter en priorité en Europe et n'importer que des denrées non produites en quantité suffisante au sein de la Communauté européenne.

Cette règle capitale a été battue en brèche et les barrières tarifaires aux frontières de la communauté ont été levées : 11% seulement des importations agricoles européennes sont soumises à prélèvement. 55 % entrent en franchise totale de droit et 34% sont soumises à des taux ridicules. L'Europe est ainsi devenue une véritable passoire, elle est le réceptacle de la surproduction des autres nations alors qu'elle a, par elle-même, les capacités à assurer son propre approvisionnement. Le manque à gagner dû à ces importations détaxées représente 27 millions d'écus soit 180 milliards de francs. Il faut donc rétablir ces principes essentiels de la PAC et par exemple rétablir la taxation des produits de substitution aux céréales. Les États-Unis risquent de ne pas l'accepter facilement. Mais nous sommes des nations indépendantes et il importe de faire prévaloir notre intérêt, quoi qu'il en coûte politiquement.

Nous n'acceptons plus que la Nouvelle-Zélande envahisse le marché ovin par Angleterre interposée. Nous n'acceptons pas que l'Europe de l'Est déverse ses produits par le truchement de l'Allemagne fédérale.

Il importe aussi de rétablir l'égalité entre l'agriculture française et l'agriculture des autres pays européens. Il est inacceptable que certains marchés soient auto-organisés comme c'est le cas aux Pays-Bas par exemple avec pour effet d'écarter les productions étrangères et donc françaises, alors que les produits hollandais viennent concurrencer les nôtres en France.

Voilà quel est le deuxième objectif essentiel : assurer la préférence nationale et européenne.

Troisième et dernier objectif : engager la désocialisation de l'agriculture française.

Celle-ci, comme d'autres secteurs économiques, est soumise au poids de la bureaucratie qui se traduit ici comme ailleurs par de lourdes charges et une réglementation kafkaïenne.

Il est frappant de constater que, plus le nombre d'agriculteurs diminuait, plus le nombre de fonctionnaires en charge de l'agriculture augmentait. Et cela pour faire quoi ? Pour entraver progressivement la liberté des paysans : liberté de produire bloquée par l'introduction des quotas, liberté de gérer encadrée par les lois d'orientation, liberté de transmettre son exploitation entravée par des droits de succession de plus en plus considérables, liberté de s'installer ou de s'agrandir par une réglementation tatillonne.

Par ailleurs, l'accroissement des charges s'est poursuivi, et, phénomène tout aussi spectaculaire, la dépendance à l'égard des organismes collectifs s'est intensifiée : syndicat plus au moins monopolistique, crédit agricole tentaculaire, coopératives envahissantes. Le monde paysan qui est normalement et naturellement celui de la liberté, de l'indépendance, de l'autonomie, est devenu paradoxalement le plus bureaucratisé, le plus quadrillé, le plus encadré.

Beaucoup de mesures sont à prendre pour casser la socialisation de l'agriculture et assurer le nécessaire redressement de l'agriculture française.

Nous savons que beaucoup d'agriculteurs sont aujourd'hui dans une situation dramatique, que beaucoup sont écrasés de dettes, ne peuvent plus payer leurs cotisations sociales et sont donc sans protection. Nous savons aussi que beaucoup d'agriculteurs âgés doivent vivre avec des retraites dérisoires. Face à cela, il faut donc prendre des mesures d'urgence.

Pour conclure, je voudrais dire que, dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres hélas, la situation est grave pour notre pays. On sait ce qu'il faut faire mais les hommes au pouvoir jusqu'à présent n'ont jamais eu le courage d'agir.

Nous, nous ferons ce qui doit être fait car nous sommes prêts à assumer les conséquences des décisions qui sont à prendre.

Si, pour rétablir la protection de l'agriculture européenne, il faut taxer lourdement les produits de substitution aux céréales et donc encourir les foudres des USA, nous le ferons.

Si, pour rétablir l'égalité de charges entre les agricultures française et espagnole par exemple, il faut engager une épreuve de force à Bruxelles, nous le ferons.

C'est là toute la différence qu'il y a entre les politiciens et les hommes d'État. Les politiciens font semblant d'agir et se réfugient derrière leur prétendu réalisme et leur prétendue compétence technique. Les hommes d'État prennent les décisions et en assument les conséquences.
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