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Discours, le 03/11/1986
L'excellence pour l'université
Intervention à l'Assemblée nationale sur le projet de loi avorté de M Devaquet.


Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, mes chers collègues,

Il y a, mes chers collègues, une question fondamentale à laquelle le Ministre n'a pas répondu. Cette question est la suivante : à quoi sert le projet de loi Devaquet ?

En effet, Monsieur le Ministre, je reprends vos déclarations. Sur la sélection, vous dites : «Un bachelier ne rencontrera aucun barrage pour entrer à l'université». Rien ne change par rapport à la situation actuelle.

Sur les droits d'inscription, vous répondez «Ils resteront modestes et resteront fixés par décret dans le cadre d'une fourchette étroite». Rien ne change par rapport à la situation actuelle. Sur les diplômes, vous affirmez : "la loi prévoit des diplômes nationaux et des diplômes d'université". Rien ne change non plus par rapport à la situation actuelle.

C'est d'ailleurs le sens de votre discours aux étudiants. C'est aussi ce que vous disiez mercredi devant l'Assemblée. C'est ce que vous répétez devant les médias : "Pas d'affolement, il n'y a rien de changé".

Mais, Monsieur le Ministre, excusez-moi de poser une question aussi naïve : si votre projet de loi ne change rien, pourquoi nous le présentez-vous ?

Je sais, lorsqu'on le regarde dans le détail, il y a bien des petites modifications qui vont d'ailleurs dans le bon sens sur les conseils d'administration et les conseils scientifiques, sur les facilités de gestion offertes par l'octroi de la personnalité morale aux unités internes des universités.

Mais, Monsieur le Ministre, fallait-il une loi pour cela ? Votre projet est, comme la plupart des lois produites par le gouvernement, un projet de cohabitation, c'est un projet de compromis avec le socialisme.

Vous annoncez l'abrogation de la loi Savary, mais vous prévoyez en remplacement une loi qui se contente de petits pas timides dans la direction qu'il vous aurait fallu suivre à grands pas.

Et cela est grave, Monsieur le Ministre. C'est grave sur le plan politique parce que vous ne faites pas la politique de rupture avec le socialisme pour laquelle vous avez été élu.

C'est grave sur le plan universitaire, parce que vous ne prenez aucune des grandes mesures qui auraient été nécessaires pour redresser l'université. Et, pour changer des points de détail, vous êtes en train de susciter un traumatisme supplémentaire dans le monde des universités qui n'en a vraiment pas besoin.

C'est grave sur le plan législatif, car cette loi, comme la plupart de celles qui ont été votées jusqu'à présent, est une mauvaise loi qui ne comporte pas ce que doivent comporter les bonnes lois : l'énoncé clair de grands principes organisateurs.

Ce sont ces principes, au nombre de trois, que je voudrais, au nom du groupe Rassemblement national, présenter rapidement devant vous monsieur le Ministre.

Le premier est celui de l'excellence. L'université n'appartient pas aux professeurs, elle n'appartient pas non plus aux étudiants. L'université appartient à la Nation.

Elle doit devenir ce que le peuple souverain en aura décidé, elle doit servir non pas la corporation des enseignants, ni certaines générations d'étudiants, elle doit servir les intérêts supérieurs de la communauté nationale. Et de ce point de vue, il faut être clair : la fonction des universités est de former des élites.

Je sais que ce mot est tabou car les doctrinaires de gauche se sont employés depuis plusieurs décennies à le discréditer.

Eh bien ! Oui, il faut des élites à notre pays. Et c'est à l'université notamment de former les élites intellectuelles. Mes chers collègues, ne vous méprenez pas sur cette notion. L'existence d'élites n'a rien à voir avec le concept marxiste de classe dominante. Car s'il y a des élites intellectuelles, il y a aussi des élites artistiques, des élites ouvrières. L'artisan qui excelle dans son métier, qui invente de nouvelles techniques, qui est reconnu par ses pairs comme un maître appartient à une élite professionnelle.

Il y a, il doit y avoir des élites dans tous les milieux sociaux. Simplement parce qu'il y a dans tous les domaines une hiérarchie de compétence et que les meilleurs doivent être reconnus et jouer un rôle directeur.

Eh bien ! Dans le domaine de l'enseignement, l'université n'a de sens que si elle se donne pour mission de former des élites scientifiques, culturelles, intellectuelles. C'est le service qu'elle doit assurer au bénéfice de la nation.

Car, Mesdames et Messieurs, vous le savez, notre pays est engagé dans une formidable compétition scientifique, technologique, économique et comment pouvons-nous espérer gagner si, dans chaque discipline, nous ne reconnaissons pas les meilleurs pour leur donner la meilleure des formations?

L'université n'a de sens que si elle est le domaine de l'excellence. Or, Monsieur le Ministre, il faut reconnaître que ce n'est pas le cas aujourd'hui en France.

Dans le monde, on connaît les grandes universités anglo-saxonnes : Berkeley, Harvard, MIT, Oxford, Cambridge, mais qui à l'étranger connaît le nom de nos grandes universités en dehors de la Sorbonne dont la réputation vient de son passé ? Même en France, qui les connaît ? On connaît l'École polytechnique, on connaît l'École Normale Supérieure, mais pas les universités qui se noient pour les non initiés dans une masse indifférenciée.

Il est temps d'assurer le redressement des universités françaises et pour cela il y a deux autres principes à appliquer : la sélection et l'autonomie.

Deuxième principe, la sélection, car il est, mes chers collègues, une réalité qu'on ne peut nier : certains étudiants sont meilleurs que d'autres. Je suis désolé, c'est ainsi. Il ne s'agit pas de classer les hommes les uns par rapport aux autres, ils sont tous égaux en droit et ils ont tant de facettes qu'ils sont inclassables. Mais sur une discipline donnée, il y en a de bons, il y en a de mauvais et un édifice universitaire qui refuse de prendre en compte cette réalité est condamné à la médiocrité et ne peut assumer sa mission première.

C'est une réalité de la vie : on peut se boucher les yeux, mais c'est ainsi, on peut se taper la tête contre les murs devant cette suprême injustice de la nature, mais c'est ainsi.

Voilà pourquoi il faut instaurer la sélection, non pas avec la frénésie malsaine des potaches immatures, mais avec sérénité en sachant qu'elle est indispensable et en sachant aussi que toute sélection, comme toute entreprise humaine, est imparfaite. Il faut la considérer comme un instrument d'orientation et non comme la consécration ou la condamnation d'un individu.

À ces étudiants qui s'indignent et manifestent en criant "non à la sélection", il est temps de dire la vérité : leur intérêt, c'est la sélection.

D'abord parce qu'il y a dès aujourd'hui une sélection de fait qui s'établit spontanément sur des critères aberrants : il y a de bonnes universités et il en est de moins bonnes et le critère pour sélectionner ceux qui vont dans les bonnes universités est trop souvent aujourd'hui le principe soviétique de la file d'attente. Souvenons-nous le 1er juillet dernier, dès 7 h 30 le matin, 3 250 personnes attendaient devant les portes de la faculté de droit, rue d'Assas. Et vous n'allez rien changer à cela, Monsieur le Ministre.

Refuser la sélection, c'est aussi admettre la dévaluation des diplômes.

Aujourd'hui, beaucoup d'étudiants protestent : «le DEUG, disent-ils, n'a pas de valeur sur le marché du travail et on veut nous empêcher par la sélection d'obtenir une licence.»

Mais si le DEUG n'a pas de valeur, c'est précisément parce qu'il n'y a pas de sélection et qu'on le donne à ceux qui ne le méritent pas.

C'est le paradoxe du tabouret. Le 14 Juillet, la foule est parfois si dense qu'il est difficile d'apercevoir le défilé des troupes. Pour mieux voir, certains montent sur des tabourets. Et les autres qui voient encore moins bien demandent à en faire autant. Résultat : tout le monde se retrouve sur un tabouret. C'est plus instable et on ne voit pas mieux, jusqu'à ce que certains demandent une échelle...

Monsieur le Ministre, il faut résister à cet engrenage stupide. Ce qui est rare est cher, c'est peut-être primaire, mais c'est vrai.

Le refus de la sélection c'est aussi la pénalisation des étudiants d'origine modeste. Car la sélection est une donnée incontournable et, si elle ne s'opère pas à l'université selon le mérite et le talent, elle se fait plus tard pour l'obtention d'un emploi selon les critères de l'argent et des relations des parents. Ce sont les enfants des milieux aisés qui s'en sortiront le mieux par le jeu du népotisme. Et les jeunes gens le savent bien, car les plus fervents des étudiants à combattre la sélection, ce sont les enfants des couches sociales les plus aisées. Comme en 1968 les gauchistes les plus virulents se recrutaient parmi les filles de ministres ou les fils de patrons. Les enfants d'ouvriers, eux, savent qu'on ne peut rien obtenir sans travail.

Voila pourquoi, Mesdames, Messieurs de la gauche, en refusant la sélection, vous travaillez contre ceux que vous prétendez défendre. Voila pourquoi une fois encore vous êtes les tenants de l'immobilisme et vous défendez une politique de Gribouille.

Les plus éclairés des socialistes s'en étaient pourtant rendu compte. C'est Laurent Schwarz qui écrivait en 1983 (Pour sauver l'Université, Le seuil) : «La sélection loin d'être un barrage est au contraire la possibilité offerte aux enfants issus de toutes les classes sociales de bénéficier d'une formation correspondant à leurs aptitudes». Ce qui permettait à Maurice Duverger de renchérir en posant la question : «Que les erreurs où s'enlise la gauche soient soulignées par un homme qui l'a toujours soutenue, cela la fera-t-elle réfléchir ?»

Aujourd'hui, on peut répondre clairement : MM. les socialistes, vous n'avez pas réfléchi. Car vous êtes toujours aveuglés par votre idéologie égalitariste.

Et vous, Monsieur le Ministre, vous êtes toujours comme par le passé culpabilisé par la gauche car vous refusez de vous référer à ce principe essentiel que représente la sélection. C'est pourquoi votre projet de loi est un projet de cohabitation.

Troisième principe : celui de l'autonomie.

Il faut donner aux universités une véritable autonomie et les mettre en concurrence les unes par rapport aux autres. C'est la contrepartie logique de la sélection.

Car la sélection ne consiste pas à retenir une petite minorité de happy few et à rejeter les autres. La France a besoin d'un grand nombre de diplômés. La sélection doit permettre à chacun de trouver l'université correspondant à son niveau et d'obtenir un diplôme reflétant ses aptitudes. Voila pourquoi il faut casser le mythe d'un système universitaire monolithique, égalisateur et massifié où s'engouffrent chaque année des centaines de milliers d'étudiants pour en ressortir dotés du même diplôme partout à travers la France.

Les diplômes étant nationaux, les médiocres obtiennent des maîtrises et des doctorats théoriquement égaux à ceux qu'obtiennent les meilleurs, leurs diplômes sont de ce fait dévalués. Et comme le dit Louis Pauwels, «l'égalité est une injustice faite aux plus capables».

Monsieur le Ministre, il faut abandonner le principe des diplômes nationaux, laissons les universités signer leurs diplômes, elles se hiérarchiseront naturellement, elles rivaliseront pour obtenir le meilleur niveau.

Ce système est fécond. C'est parce qu'ils ont une marge d'autonomie que les IUT ont aujourd'hui mis sur pied le seul premier cycle universitaire qui réussisse réellement. C'est parce qu'elle est autonome que l'université technologique de Compiègne est devenue l'une des universités françaises les mieux cotées. C'est parce qu'elles sont autonomes que les grandes écoles assurent un enseignement qui offre à leurs diplômés des débouchés assurés.

Là aussi, Monsieur le Ministre, votre projet manque de vigueur : vous annoncez l'autonomie, mais vous n'accordez réellement ni autonomie financière, ni autonomie de gestion et, surtout, vous ne donnez pas aux universités la liberté d'établir leur mode de recrutement ni la responsabilité de leurs diplômes. C'est pourquoi votre projet est un projet de cohabitation.

Monsieur le Président, en conclusion, je voudrais dire aux étudiants qui manifestaient hier devant notre Assemblée : si vous voulez des diplômes de valeur qui vous permettent d'obtenir un emploi, acceptez la sélection. Si vous la refusez, vous la retrouverez beaucoup plus sauvage dans la vie professionnelle. Je voudrais leur dire qu'ils ne peuvent se dérober à ces réalité du monde que sont la compétition et la sélection.

Je voudrais leur dire que seul l'effort paie et que ce qui est acquis sans effort ne vaut rien. Je voudrais leur dire que la vie est risquée, que les individus et les nations qui refusent tout risque ne réalisent rien de grand et que, s'ils refusent le risque d'un examen ou d'une sélection, ils sont déjà des vieillards.

À la gauche qui refuse la sélection, je voudrais dire : abandonnez les vieilles lunes de l'égalitarisme. Regardez la vie et le monde tels qu'ils sont, ne vous crispez pas sur des concepts battus en brèche par la science, tournez le dos au passé, acceptez la dynamique de l'avenir.

Et je voudrais reprendre à votre intention, Mesdames et Messieurs de la gauche, ces propos que tenait Victor Hugo sur le même sujet le 15 juillet 1850 en s'adressant à la droite: «Je suis de ceux qui veulent pour ce noble pays la liberté et non la compassion, la croissance continue et non l'amoindrissement, la puissance et non la servilité, la grandeur et non la médiocrité !
Quoi, vous, vous voulez vous arrêter, vous voulez arrêter la France, vous voulez pétrifier la pensée humaine. Vous êtes donc dans votre siècle comme des étrangers !
Quoi, c'est dans ce siècle, ce grand siècle des nouveautés, des avènements, des découvertes, que vous rêvez d'immobilité!
Quoi, vous jetez à terre, comme des hommes de peine fatigués, la gloire, la pensée, l'intelligence, le progrès, l'avenir et vous dites : c'est assez! Mais vous ne voyez donc pas que tout va, vient, se meurt, s'accroît, se transforme et se renouvelle autour de vous?
Eh bien ! Je vous le répète avec une profonde douleur, vous ne voulez pas du progrès, vous aurez les révolutions».

Enfin, à vous, Monsieur le Ministre, je voudrais dire : n'ayez pas honte des idées et des valeurs dont vous devriez être le porteur. Peu importe le jugement des médias, ce qui compte c'est le jugement des Français et le jugement de l'Histoire.

Vous avez la possibilité d'assurer le renouveau historique de l'université française, il vous suffit pour cela de mettre en œuvre les principes que nous vous proposons

Excellence, sélection, autonomie.

Si vous ne le faites pas, nous ne pourrons vous soutenir.
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