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Discours, le 05/11/1987
Pour une vraie politique étrangère.
Intervention à l'Assemblée nationale sur le budget des affaires étrangères.


Monsieur le ministre des Affaires étrangères, si un budget est l'expression d'une politique, il est bien difficile d'apprécier le vôtre car on n'y décèle que très malaisément la trace d'une politique.

Aujourd'hui, la France n'a plus réellement de politique étrangère, et votre longue introduction à nos débats ce matin ne nous a pas convaincus. Oh! certes, elle nous a apporté la preuve que nous avons une diplomatie et je suis tout prêt à reconnaître que celle-ci est brillante. S'appuyant sur une longue tradition, sur un corps de qualité, notre diplomatie fait certainement bonne figure sur la scène internationale, dans les conférences multilatérales, dans les rencontres de chefs d'État ou de ministres des Affaires étrangères, dans les cocktails ou, pour reprendre l'expression du général de Gaulle, "dans le maniement de la tasse de thé ".

Oui, mais voilà, une grande politique étrangère ne s'est jamais réduite à l'action diplomatique. Celle-ci n'en est qu'un des éléments les plus superficiels.

Monsieur le ministre, la France n'a plus de politique étrangère parce que vous, le gouvernement auquel vous appartenez, semblez ignorer, laissez de côté les principes fondamentaux des relations internationales. Je n'aurai bien sûr pas l'outrecuidance de penser que vous les méconnaissez, mais si vous ne les appliquez pas, c'est que le gouvernement et le Président avec lequel vous cohabitez n'ont plus le courage de les appliquer. C'est grave, car le destin de notre nation peut s'en trouver compromis.

Ces principes, permettez-moi de les reprendre un à un. Le premier est celui que j'appellerai, en reprenant la formule de Julien Freund, «l'opposition ami-ennemi». Le propre de la politique, et singulièrement de la politique internationale, réside dans cette réalité fondamentale : il n'y a pas de naturelle harmonie entre les nations, il y a naturellement affrontement de volontés antagonistes, d'intérêts contradictoires. On peut le regretter. On peut se frapper la tête contre les murs devant cette suprême injustice de la nature, mais c'est ainsi et ceux qui refusent de l'admettre, sont destinés à subir, à céder, à capituler. Lorsque vous affirmez, comme vos prédécesseurs : «La France n'a pas d'ennemi», vous trompez les Français et vous vous trompez vous-même.

Car, croyez-vous que l'Iran ou la Libye ne nous considèrent pas comme un ennemi ? Ils le disent d'ailleurs sans aucune retenue. Je ne dis pas qu'il faille les imiter et désigner à la vindicte publique les ennemis de la France, je dis que notre politique devrait traduire clairement par ses actes cette distinction fondamentale entre nos amis et nos ennemis. Or, il n'en est rien.

L'exemple de l'URSS est, à cet égard, particulièrement significatif. M. Gorbatchev, depuis maintenant de nombreux mois, multiplie les sourires en direction de l'Europe et de l'Occident. Mais est-ce parce qu'il est plus jeune que ses prédécesseurs, est-ce parce que sa femme est élégante, est-ce parce qu'il parle de transparence, de détente et de désarmement qu'il cesse pour autant d'être un adversaire ?

Le deuxième principe est celui du rapport de forces. Il n'est pas d'autre règle entre les nations que celle du rapport de forces. C'est bien pour cela que la diplomatie ne peut tenir lieu, à elle seule, de politique étrangère. La diplomatie n'a d'autre rôle que de tirer des conséquences formelles d'une situation donnée alors que la politique étrangère a pour but, elle, de faire évoluer favorablement la balance des forces. L'art de la négociation ne peut modifier qu'à la marge ou très exceptionnellement cette réalité fondamentale.

C'est pourquoi, monsieur le ministre, l'obsession de la diplomatie française à vouloir négocier tout et à tout moment, à croire qu'il y a dans tout antagonisme une solution négociée est une erreur fondamentale, source de paralysie et d'impuissance. La négociation ne peut être fructueuse qu'à partir du moment où l'on a su créer un rapport de forces favorable, mais vous ne voulez pas en tenir compte. Vous négociez avec les États terroristes sans vous placer en position de force, sans prendre de gages. Comment pouvez-vous imaginer convaincre les ayatollahs d'Iran par la simple persuasion, par des arguments de droit international ou avec des usages diplomatiques ? Comme ils doivent se gausser de vous et de nous avec vous ! Il faut jouer le rapport de forces favorable.

Le troisième principe est celui de la distinction essentielle entre la morale et la politique. Ce sont en effet deux domaines de nature différente. La politique, je viens de le dire, est le lieu privilégié des rapports de forces, de l'opposition ami-ennemi, alors que la morale concerne essentiellement la conscience individuelle et porte sur la distinction entre le bien et le mal.

On ne peut pas mélanger politique et morale, sinon on plonge dans l'absurde. Attention ! Je ne dis pas que la politique peut poursuivre indifféremment le bien et le mal, je dis que la morale et la politique sont deux domaines différents qui répondent chacun à des règles différentes. Si l'on conduit une politique avec les règles de la morale, on aboutit au pire avec les meilleures des intentions.

Rappelez-vous : un beau jour des années 70, le président Carter a décidé d'abandonner le shah d'Iran au motif qu'il bafouait les droits de l'homme. Il a été suivi, hélas, par les autorités françaises de l'époque. Le résultat, on le connaît. Khomeyni a remplacé le shah, les droits de l'homme sont bafoués aujourd'hui mille fois plus qu'ils ne l'étaient à l'époque du shah et, à la place d'un allié fidèle de l'Europe et de l'Occident, nous avons maintenant, en Iran, l'un de nos pires ennemis !

Bien sûr, tout cela n'émeut pas les moralistes. Hier, ils condamnaient le shah, aujourd'hui ils condamnent Khomeyni. Hier, ils condamnaient les Américains au Vietnam, aujourd'hui, ils condamnent le régime communiste du Vietnam qui fabrique les boat-people par milliers. C'est facile pour les moralistes. Mais les politiques, eux, sont responsables de leurs actes et non de leur jugement.

Monsieur le ministre, on aurait pu penser que ces événements attireraient l'attention du gouvernement et qu'il en tirerait comme conséquence la nécessité de respecter au moins ce principe fondamental de séparation de la morale et de la politique. Eh bien non ! C'est pire aujourd'hui qu'hier !

Croyez-moi, ces propos ne sont pas polémiques. Ce qui me scandalise, c'est que l'erreur majeure faite à propos de l'Iran, vous vous apprêtez, avec vos collègues européens et occidentaux, à la reproduire exactement pour d'autres pays.

Monsieur le ministre, nous ne sommes pas en charge de tous les malheurs du monde et la politique extérieure de la France doit avoir pour objectif, non pas les droits de l'homme, mais les intérêts de la France et des Français.

Le quatrième principe est celui de la nécessaire prise en compte des réalités de la géopolitique. Ce n'est pas parce que les moyens de transport ont rapetissé notre monde ni parce que les armes balistiques ont modifié les données stratégiques que les réalités fondamentales de la géographie ont disparu. Elles sont toujours présentes et pèsent de tout leur poids dans la politique mondiale. Mais vous n'en tenez pas compte, car ces données ne semblent en rien structurer l'action internationale de la France.

Comme le dit l'un des meilleurs spécialistes de la géopolitique mondiale, Jordis von Lohausen, «La décision est au sud. Toute la puissance du globe est concentrée dans l'hémisphère Nord, mais pour neutraliser son adversaire, c'est au sud qu'il faut frapper. Si le plus sûr moyen d'atteindre la Chine est de toucher à la Birmanie ou au Vietnam, le point névralgique de la Russie est en Iran et en Turquie, celui des États-Unis est dans le golfe du Mexique et celui de l'Europe est en Afrique et il est commandé autant par la Méditerranée que par le cap de Bonne-Espérance.»

Le cinquième principe est celui de la puissance.

Monsieur le ministre, notre pays, et avec lui l'Europe, doit rechercher la puissance, faute de quoi nous perdrons notre autonomie. Il est une règle simple : plus une nation est puissante, plus grandes sont sa marge de manœuvre et son indépendance. Il est vrai que le monde est un peu plus homogène qu'autrefois et que les nations sont plus interdépendantes, mais cette réalité ne rend pas vain l'impératif de l'indépendance. Elle signifie simplement que l'autonomie qui pouvait s'exprimer autrefois par l'autarcie passe aujourd'hui nécessairement par la puissance.

Mais cela non plus, monsieur le ministre, le gouvernement ne semble pas l'avoir réellement compris. Pourtant, nous vivons aujourd'hui une éclatante démonstration de ce que je viens de dire. La crise boursière montre clairement à quel point les liens d'interdépendance entre les économies occidentales sont, en réalité, encore très largement des liens de dépendance à l'égard des États-Unis. Ce que nous subissons résulte de notre impuissance monétaire et économique. Et toutes les négociations du monde ne pourront pas changer cette donnée de fait. Pour l'éviter, il aurait fallu, en son temps, constituer en Europe un pôle de puissance monétaire faisant de l'écu une monnaie d'échange et de réserve. La puissance, monsieur le ministre !

Enfin, sixième et dernier principe : l'initiative. Aujourd'hui, la France n'a plus sur la scène internationale la moindre initiative. Il nous faut subir et sans cesse subir les événements provoqués par les autres, sans jamais en susciter un seul d'envergure.

Cette méthode est mauvaise, car elle ne peut conduire qu'à l'abaissement de la France, et déjà elle conduit notre pays à la pire des politiques, celle qui consiste à mépriser les faibles et à s'agenouiller devant les forts, selon la bonne méthode de M. Mitterrand, qui refuse de rencontrer l'ambassadeur sud-africain, mais qui reçoit M. Jaruzelski. Elle consiste à accepter tous les statu quo, en faisant semblant de croire aux règles du droit international et aux vertus de la négociation. C'est ainsi qu'avaient été signés les accords d'Helsinki, légalisant la coupure de l'Europe en deux et acceptant devant l'histoire le statu quo hérité de la guerre, le mur de la honte à Berlin, cette plaie béante au cœur de notre continent.

Monsieur le ministre, une grande politique étrangère est une politique qui refuse les statu quo et qui cherche à modifier en notre faveur la géographie politique. Mais pour cela, il faut avoir un projet et le souffle nécessaire pour le conduire. Il faut vouloir faire autre chose que de la diplomatie. Il faut une pensée et un projet politiques.

Pour ce qui nous concerne, nous avons des principes clairs. Je les ai énoncés. Nous avons un projet simple : refaire de l'Europe un pôle de puissance. Mais, de votre côté, monsieur le ministre, je ne vois hélas pas de projet. Vous n'avez pas de politique étrangère tout simplement parce que le gouvernement n'a pas de pensée politique. C'est grave pour la France.
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