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Conférence, le 22/10/1994
L'impératif de recherche.
La recherche, un levier majeur du renouveau national


La recherche est à mes yeux une activité essentielle pour la nation. Elle l'est non seulement pour des raisons utilitaires, mais aussi et peut-être surtout parce qu'elle est l'une des expressions les plus caractéristiques de l'esprit européen et qu'il importe pour chaque peuple de valoriser son génie propre, là où il excelle.

La recherche n'est pas et n'a pas été une activité universellement répandue dans le monde et dans l'histoire. Maintes civilisations n'ont jamais réellement intégré cette exigence. Seule la civilisation européenne a de tout temps, en tous cas depuis l'antiquité grecque, pratiqué cette discipline exigeante de l'esprit, faite de volonté de connaissance, de discipline de l'intelligence et de sens de l'aventure ou de la découverte. Nombreuses sont les civilisations qui se sont figées dans une tradition sans cesse reproduite ne laissant aucune place à l'esprit critique, à l'esprit d'analyse, d'invention ou à la remise en cause. Ce fut la cas de la Chine ou du monde musulman. Seul le monde européen a pratiqua de tout temps ces vertus iconoclasées d'insolence et de curiosité sans lesquelles il n'est pas de recherche possible.

Aujourd'hui encore, la recherche apparaît clairement comme l'apanage des nations européennes et, si d'autres pays comme le Japon, pratiquent désormais avec succès la recherche, c'est, disons-le, dans une imitation de l'Occident et souvent dans une démarche plus utilitaire que théorique, plus soucieuse d'application que de recherche fondamentale.

Si donc la recherche est une expression de l'esprit propre à la mentalité européenne, nous qui sommes les défenseurs, les champions de notre identité, nous qui prônons la fidélité à notre essence nationale, nous ne pouvons que revendiquer comme nôtre cet impératif exigeant de la recherche. Et, parce qu'il est une des manifestations les plus brillantes de l'esprit européen, nous voulons qu'il puisse s'épanouir dans notre pays comme aux époques les plus glorieuses de la science française.

Le développement et la promotion de la recherche sont par ailleurs indispensables à l'essor de notre pays. Et nous qui voulons pour la France une des premières places dans le monde, nous ne pouvons pas rester indifférents au sort et aux performances de la recherche française.

Dans le monde très matérialiste qui est le nôtre, la recherche scientifique et technologique représente, en amont de l'économie, un enjeu de puissance évident. Dans la compétition que se livrent les nations et qui s'exprime par le biais de la réussite économique, la recherche joue un rôle essentiel. Telle percée économique et commerciale sera rendue possible uniquement par une avancée scientifique et technologique. Les exemples pullulent en ce sens. Et les pays comme le Japon ont montré à quel point la valorisation économique des fruits de la recherche peut assurer des avantages économiques décisifs.

De même, le rapport des forces militaires ne se mesure plus aujourd'hui seulement en nombre de combattants et en motivation psychologique, mais aussi en performance des armements. Ce qui compte ce n'est plus seulement le courage et la quantité des soldats mais aussi l'efficacité technologique de leurs armes. Aussi, là encore, la recherche a-t-elle pris une place essentielle pour la survie et le développement de nos nations. Elle constitue sans doute aujourd'hui l'un des principaux facteurs qui déterminent la puissance des nations.

C'est pourquoi la recherche doit être selon moi privilégiée. Elle doit l'être tant pour des raisons culturelles que pour des impératifs de rapport de forces. Aussi est-il nécessaire aujourd'hui en France de renforcer la recherche, de la développer, de la conforter. Naturellement son épanouissement passe par le renforcement des moyens mis à sa disposition. Aussi, je voudrais insister sur deux conditions que je pense indispensables à l'épanouissement de la recherche et qui sont aujourd'hui trop souvent bafouées.

La première c'est l'impératif d'excellence. Il n'y a pas de recherche efficace sans élitisme. Car c'est une évidence, la recherche, ou plutôt la grande recherche, celle qui est féconde, celle qui trouve, nécessite du talent sinon du génie. Encourager la recherche c'est donc encourager le talent et le mérite. Or, aujourd'hui tout est fait au contraire pour brider les qualités exceptionnelles et pour tout niveler. Dans un souci d'égalitarisme absurde, on cherche, notamment à l'école et à l'université, à promouvoir les moins doués et à étouffer les plus talentueux. La compétition, l'émulation sont empêchés, le mérite n'est pas reconnu, le travail n'est pas encouragé. Le résultat c'est que les plus méritants subissent une grave injustice puisqu'ils ne sont pas poussés au maximum de leurs potentialités et que tout cela débouche sur une inefficacité sociale des plus préjudiciable : les talents ne peuvent pas s'épanouir au service de la société. La médiocratie qui se développe ainsi est à terme dramatique pour notre pays et tout particulièrement pour la recherche. Aussi est-il indispensable de rétablir la compétition, l'émulation, la sélection, la récompense du mérite et du talent dans le système scolaire et universitaire ainsi que dans le reste de la société.

Par ailleurs et dans le même esprit, il est, je crois, essentiel de renouer avec certaines valeurs propres à notre civilisation, valeurs que d'aucuns pourraient qualifier de prométhéennes, mais qui sont à la source des grandes réussites de notre monde européen. Je pense notamment à cette qualité indéfinissable, ineffable, qui pousse au dépassement de soi, cette valeur du combat, de l'émulation, de la conquête, de l'esprit de découverte, celle qui conduit à repousser ses propres limites. Cette valeur exigeante qui a incité nos ancêtres européens à acquérir toujours plus de connaissances et à découvrir la planète entière. Une vertu qui a fait de notre monde européen la plus grande civilisation que la terre ait connue. Or, cette qualité d'essence prométhéenne est aujourd'hui étouffée dans un monde égalitaire et bureaucratique, où les pratiques d'assistance et d'infantilisation s'imposent à tous.

Il convient donc d'insuffler à nouveau dans la société ce goût de la conquête et de l'entreprise, ce sens de l'émulation et du dépassement. La recherche a besoin de baigner dans cet environnement exigeant. Elle doit se dégager du carcan bureaucratique qui l'enserre aujourd'hui trop souvent et qui la rend stérile et vaine. Pour être féconde, la recherche doit s'inscrire dans une démarche exigeante de dépassement conforme à notre tradition européenne.

Pour autant, le recherche, si elle doit être encouragée et libérée, ne doit pas être laissée à elle-même. Elle doit, comme toutes les activités humaines, s'insérer dans un plan qui respecte l'homme et la création. Aussi faut-il, je crois, souligner l'importance des contraintes qui doivent s'imposer à la recherche.

La première est liée à la nature. La recherche, et donc la science, doivent respecter la nature, à commencer par l'homme. Certains aujourd'hui, notamment parmi les écologistes opposent la science à la nature. L'une étant le mal, l'autre le bien. Cette vision n'est pas la nôtre. Et s'il est vrai qu'un certain développement anarchique de la science et de la technologie comme produits de la recherche a pu déboucher sur une destruction de la nature et de ses équilibres, il n'y a rien là d'automatique. Ces excès et ces débordements sont le produit d'une mauvaise utilisation ou d'un dévoiement de la science et des techniques. Mon analyse est au contraire que la recherche et ses fruits peuvent être mis au service de la nature et de son harmonie. S'agissant de l'homme, il en va de même, avec de surcroît la dimension éthique et sacrée. Il est vrai que la science, notamment avec ses capacités actuelles dans le domaine de la génétique et des techniques liées à l'embryon humain, dispose d'un pouvoir terrifiant. Pourtant, à travers la médecine, dans sa capacité à guérir toujours plus et toujours mieux, elle dispose d'un pouvoir bénéfique bien plus important encore. Il s'agit donc de la discipliner et de la maîtriser pour la mettre sous la tutelle de l'éthique, de la morale et du sacré.

De même, la recherche, par ses fruits technologiques, débouche souvent sur de graves perturbations, non seulement naturelles, mais aussi culturelles. L'exemple du développement des techniques de communication est à cet égard frappant. À cause de la recherche, notre monde dispose de moyens de communication extraordinaires qui vont encore se développer considérablement, notamment avec les systèmes multimédias. Or, c'est une évidence, cette élévation du niveau technologique ne va pas de pair avec une élévation du niveau de civilisation, ni sur le plan éthique, ni sur le plan culturel. Il y a donc là une question majeure pour la recherche, la science et la technique, qui démontre combien elles sont insuffisantes à elles seules. Pour être bénéfiques, elles doivent être encadrées, animées, nourries par les valeurs de notre civilisation. Faute de quoi la recherche pure, le développement scientifique et technologique à l'état brut, pourraient bien déboucher sur la ruine de notre monde et de notre nation. Là réside, me semble-t-il, un autre impératif lié à la recherche. Celle-ci, pour s'épanouir de façon utile et bénéfique, doit pouvoir s'appuyer dans la société sur un corps de valeurs qui fonctionne non seulement comme garde-fou, mais qui, plus positivement, lui donne un sens et une mission. Il n'y a là rien de nouveau. Science sans conscience n'est que ruine de l'âme, dit l'adage. Ce qui est nouveau c'est que jamais ce contrepoids indispensable à la recherche n'a été aussi ténu et aussi nécessaire.

La recherche, tout comme la science et la technologie qui en sont le fruit, doivent être encadrées par la morale et le sacré, et contrebalancées par les valeurs propres à notre civilisation. Sous cette réserve, elles doivent être encouragées car elles sont une expression privilégiée de l'esprit européen en même temps qu'une source de puissance indispensable à notre nation. Et, pour ce faire, il faut miser sur l'élitisme et réhabiliter les valeurs de dépassement, de conquête et d'émulation. Cela veut dire que la recherche doit redevenir une priorité nationale. Les chercheurs doivent être honorés et pouvoir disposer des moyens indispensables à leurs travaux. Ce n'est pas aujourd'hui le cas en France. C'est une raison de la faiblesse de la recherche dans notre pays et du déclin de notre nation.

La renaissance de la France passe par le renforcement de la recherche.
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