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Conférence, le 10/02/1990
Enracinement et régions.
Repenser l'organisation territoriale de la France


«Nous cherchons l'identité comme nous cherchons le soleil. Nous craignons l'anonymat comme nous craignons l'obscurité.» Cette formule de l'éthologue Robert Ardrey illustre avec force la quête de l'homme moderne et donc la mission qui devrait être celle du politique et qui est la nôtre. Elle illustre l'importance pour les hommes d'appartenir à un groupe, mais aussi d'être liés à un territoire.

Nous savons que l'homme n'existe pas tout seul. «Un homme en soi n'est pas un homme, dit Arnold Gehlen, car l'esprit humain est un phénomène supra individuel.» Tout être humain a besoin pour se développer et s'épanouir d'appartenir à des groupes, des communautés qui lui permettent de trouver la sécurité et de s'identifier tout autant en s'assimilant aux siens qu'en se différenciant des autres. C'est par l'appartenance à ces communautés que l'homme peut s'affirmer, savoir qui il est et comment il se situe dans le monde. Les communautés sont nombreuses et de nature différente. La famille, créée par les liens du sang, est sans doute la plus forte et la plus importante, la nation étant également l'une de celles qui marquent le plus l'identité des personnes. Mais il en est beaucoup d'autres qui jouent également un rôle important.

Ces communautés sont essentielles à l'équilibre des personnes et elles le sont tellement que, lorsque les structures sociales semblent détruites, des communautés se reconstituent spontanément et sommairement, comme l'a analysé le sociologue. «En réaction à la massification des opinions et des comportements, notre société suscite une identification à des groupes ou à des modes, provoquant ainsi une multiplication des réseaux de connivence", écrit Michel Maffesoli qui qualifie cet ensemble d'"l'ambiance tribale".

Que l'on ne s'y trompe pas, c'est pour de telles raisons, que les jeunes s'organisent, dans les banlieues des grandes villes, en groupes soudés et agressifs. Ces bandes se forment le plus souvent en fonction de critères ethniques dont elles tirent leurs noms exotiques : zoulous, blacks, skinheads. Ils s'attribuent un territoire qu'ils défendent sauvagement contre les tribus adverses. Rejetés par la société, dépourvus d'attaches familiales et professionnelles, déracinés, pour reprendre la formule barrésienne, c'est-à-dire pauvres parmi les pauvres, ces jeunes gens reconstituent des communautés rudimentaires pour se doter de signes sommaires qui leur permettront entre eux de se différencier des autres : quelques mots forgés de toutes pièces un ou deux signes de reconnaissance, une coiffure, un look vestimentaire, un ennemi commun, des graffitis dont ils maculeront les murs de la ville.

Ainsi, on le voit, la destruction des communautés traditionnelles conduit à une terrible régression : la société se décompose en tribus et la bande éclipse la famille.

Mais il y a dans cet impératif d'enracinement, une composante essentielle sur laquelle je voudrais insister plus particulièrement : il s'agit du territoire. Car on ne peut guère parler de communauté et d'identification sans localisation spatiale. L'enracinement est une notion très concrète parce qu'à l'instar de nombreuses espèces animales, l'être humain est doué d'un instinct territorial très développé. Et l'éthologie a montré que si nous défendons nos foyers ou notre patrie, c'est pour des raisons qui sont enracinée dans les profondeurs de notre nature. Nous ne choisissons pas de le faire, nous devons le faire.

«Un territoire, écrit Robert Ardrey, est un espace vital qu'un animal ou un groupe d'animaux défend comme étant sa propriété exclusive. Par instinct territorial, on entend l'impulsion qui porte tout être animé à conquérir cette propriété et à la protéger contre toute violation. II semble qu'un mystérieux influx d'énergie lui soit communiqué sur son propre fief : l'agresseur est presque à coup sûr vaincu, l'intrus repoussé. Par ailleurs, ce dernier a parfaitement conscience de sa faute. I1 est retenu par une inhibition tellement marquée qu'il est permis de se demander si toutes les espèces territoriales n'ont pas un sens universel de la propriété beaucoup plus profond qu'il ne l'aurait été si elles l'avaient acquis par l'éducation. Lorsque votre chien aboie en voyant passer un étranger devant votre clôture, en quoi son mobile diffère-t-il de celui qui vous a poussé à la construire ?»

Cet impératif territorial prend chez l'homme d'innombrables facettes. C’est ainsi qu'il n'est pas de nation sans territoire. Comment imaginer une nation qui ne revendiquerait pas une portion de la surface du globe ? De même qu'il n'y a pas de nation sans espace territorial, il n'y a pas de famille sans domicile familial. Notons d'ailleurs qu'à la différence de la famille, un peuple ne peut que très exceptionnellement s'établir sur un autre sol que celui où ont vécu ses ancêtres et c'est en ce sens que l'on peut parler de patrie.

L'instinct territorial se manifeste également par le sens de la propriété. Il pousse les individus à souhaiter acquérir leur logement, à rêver d'être propriétaire d'un lopin de terre.

L'attachement au sol est si fort que, partout où il a été contrarié, de grands traumatismes en ont résulté. Dans les pays communistes, la collectivisation des terres a provoqué la ruine de l'agriculture qui n'a été productive bien souvent qu'au travers des petites concessions individuelles qui restaient aux kolkhoziens mais auxquelles ils consacraient l'essentiel de leurs soins.

L'attachement au sol est si fort qu'on le trouve dans l'histoire à l'origine d'innombrables conflits et l'actualité du Golfe est là pour nous le confirmer. On se bat pour une terre autant que pour les siens. Si cette notion est si importante, c'est parce que la possession d'une portion de sol donne aux hommes leur place sur cette terre, assure leur enracinement par le contact avec la nature et leur offre la possibilité de perdurer par delà les âges grâce aux marques tangibles qu'ils ont laissées. La notion de territoire est indispensable aux hommes et aux groupes qu'ils forment. Quant aux frontières, elles sont donc légitimes et il n'y a pas lieu d'en faire le symbole des conflits et des affrontements. Bien au contraire, lorsque des limites naturelles incontestables existent entre les nations, les guerres sont moins fréquentes. Inversement, c'est par exemple dans le Nord et dans l'Est de la France, là où la nature n'a pas fixé de barrières, que pour l'essentiel se sont concentrés les conflits dans lesquels fut engagé notre pays. Il n'est de bon voisinage que de bonnes clôtures, dit l'adage. Image de sécurité et de paix, la frontière est aussi le symbole de la diversité et de la richesse du monde. Une terre sans frontière, celle dont rêvent les mondialistes ne serait qu'une étendue monotone et dangereuse.

La notion d'enracinement est donc une dimension essentielle de l'épanouissement humain. L'attachement des hommes et des communautés qu'ils constituent à leur sol est un facteur d'équilibre et d'harmonie. Et là se trouve l'une des pierres angulaires du débat idéologique qui nous oppose au socialisme. Car le marxisme et l'idéologie de gauche en général sont facteurs de déracinement, autant qu'ils s'en nourrissent. Ce n'est pas un hasard propre au XlXe siècle si le mouvement socialiste s'est développé à mesure que les paysans, en émigrant vers les villes se trouvaient progressivement coupés de leurs racines.

Ce n'est pas non plus un hasard si les communistes ont pu s'implanter électoralement dans les cités dortoirs, là où précisément vivaient les déracinés.

Et ce n'est pas un hasard si toutes les mesures des programmes de gauche conduisent à la massification, c'est-à-dire au déracinement : la guerre à la propriété, la guerre aux héritages, les logements collectifs, la rupture avec le passé et sa culture et, aujourd'hui le déracinement ethnique, culturel et religieux au moyen du brassage des populations.

Ne nous laissons pas leurrer par les accents patriotiques ou identitaires qu'ont adopté parfois les tenants de la gauche. Lorsque les Viêt-cong intitulaient leur hymne "l'appel du pays natal", ou lorsque Staline fit tourner par Eisenstein Alexandre Nevski, défenseur de la patrie russe et non d'une quelconque "conscience de classe", ce n'était que par cynisme révolutionnaire. À l'heure du danger, il s'agissait d'utiliser les leviers humains les plus forts et les plus profonds. En réalité, le socialisme c'est le déracinement. Et nous sommes, nous, l'enracinement.

C’est cette notion qui constitue l'une des boussoles les plus importantes dans notre action. Et mon projet politique est largement guidé par cette réalité essentielle : tout ce qui permet un enracinement est bon. Tout ce qui va dans le sens du déracinement est mauvais.

C'est ainsi que je suis très préoccupé par le processus actuel de disparition dans notre pays de l'agriculture et du monde rural. La paysannerie constituait en effet pour l'ensemble de la Nation un facteur d'enracinement essentiel. Notre peuple doit pouvoir continuer d'être enraciné dans son sol et dans la nature. Et comment peut-il l'être mieux qu'au travers du monde paysan ? Si celui-ci venait à disparaître, craignons que notre nation ne s'étiole comme un arbre dont on coupe les racines.

C’est aussi au nom de l'impératif d'enracinement que je veux encourager partout la propriété, à commencer par la propriété de leur logement pour les plus modestes des Français. Comment ne pas voir qu'il s'agit là d'un besoin de stabilité et de permanence et que cette forme d'enracinement génère l'équilibre et l'harmonie sociale ? Celui qui est propriétaire de son logement en prendra soin, veillera à la qualité de son environnement, beaucoup plus qu'un locataire de passage. Aussi sommes-nous partisans, je le dis au passage, de permettre l'acquisition par leurs occupants français des logements H.L.M. Les cités ainsi peuplées de propriétaires changeront de visage et d'atmosphère et il recommencera de s'y créer un air de quartier. C’est dans le même esprit que nous estimons indispensable d'encourager la constitution des patrimoines familiaux même modeste, et de permettre leur transmission en ligne directe sans spoliation.

Dans le cadre de cette grande politique d'enracinement qui est la mienne et compte tenu de l'importance que nous attachons à la notion de territoire, il est évident que les régions et les collectivités territoriales constituent à cet égard un enjeu majeur qui doit retenir toute notre attention. Les collectivités territoriales, dont la fonction vise a priori à organiser les communautés sur un sol, peuvent servir tantôt d'instrument de déracinement, tantôt d'outil d'enracinement. C'est ce que l'histoire de France nous apprend.

Il est en effet incontestable que notre pays ne s'est pas constitué d'un bloc, mais par le regroupement, souvent forcé, d'entités ayant à l'origine leur identité propre.

Maintenue fermement ensemble par l'autorité de l'État et du pouvoir central, la France avait conservé sous l'Ancien Régime une grande diversité provinciale qui contribuait à la richesse et à la vitalité du royaume. La révolution et le jacobinisme forcené provoquèrent deux siècles durant une uniformisation et une destruction des spécificités locales et provinciales, allant sans doute bien au-delà de ce qui était nécessaire pour assurer l'unité nationale. À l'origine de cette centralisation, l'historien Lucien Jaune (in le Discours jacobin et la démocratie) notait la nécessité pour les robespierristes d'asseoir la Terreur et de contrôler la représentation populaire. Robespierre dit ainsi : «Dans une tempête révolutionnaire, il faut un point de ralliement. Le peuple en masse ne peut gouverner : ce point doit être Paris.» Dans cette entreprise d'homogénéisation nationale, les départements constitués artificiellement au mépris des anciennes réalités culturelles et historiques joueront un rôle déterminant de normalisation. Pendant longtemps, ils ne furent avec les communes que les seuls maillons de l'organisation territoriale du pays. Conçus uniquement comme une circonscription administrative, les départements joueront essentiellement le rôle de relais territorial de l'État avec son préfet omnipotent.

Et c'est seulement dans les années 60 qu'apparut progressivement la notion de région. Conçue d'abord pour prendre en compte les réalités économiques que le département trop petit ne pouvait plus intégrer, elles furent dotées de territoires retrouvant bien souvent sous une forme ou une autre les anciennes provinces.

C’est pourquoi la région se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. Récente, peu consolidée dans l'esprit du public, elle n'a pas encore trouvé son équilibre. Elle peut donc encore connaître deux destins radicalement contraires. La première voie qui peut lui être assignée consisterait à faire d'elle un nouvel instrument de déracinement et de destruction de la nation. La seconde, à l'inverse, l'orienterait vers un ressourcement dans les anciennes réalités provinciales et ferait d'elle un facteur d'enracinement et de consolidation nationale.

La première option doit être prise très au sérieux. Car, de même que des départements ont autrefois servi à briser les identités provinciales, les régions peuvent aujourd'hui être utilisées pour briser la nation et son État. Certains prévoient en effet de concéder aux régions de plus en plus de pouvoir pris sur l'État et de les doter d'une sorte de gouvernement régional conçu pour déposséder l'État national de sa substance.

Le renforcement des régions au détriment de l'État s'inscrit à cet effet dans une stratégie globale de dimension européenne visant à prendre la nation en tenaille entre l'échelon régional et l'échelon communautaire. L'un et l'autre d'ailleurs étant compris, dans ce contexte, comme des entités purement économiques et administratives sans contenu identitaire. Ainsi l'Europe des régions dont on nous parle si souvent est-elle bien l'expression d'une volonté anti-nationale évidente. Et c'est d'ailleurs dans cet esprit et pour accomplir ce projet que certains demandent un redécoupage des régions. L'idée est d'en accroître les dimensions et d'en diminuer le nombre afin de les mettre au niveau des Länders allemands et de permettre ainsi le contournement de l'État national.

C’est également dans cette perspective que certaines régions frontalières notamment, s'arrogent d'ores et déjà des attributs de souveraineté spécifiquement réservés à l'État national en créant des liens institutionnels directs avec des régions étrangères, court-circuitant de la sorte les souverainetés nationales.

Notons à cet égard qu'il y a dans cette voie une conjonction contre nature entre les mondialistes et les régionalistes partisans de l'autonomie ou de l'indépendance des régions. Pas plus la prétendue reconnaissance de la notion de peuple corse, que la vision utopique d'une autonomie de la Corse ne servirait l'identité corse. Elles contribueront simplement à détruire un peu plus celle de la France et livreront les petites régions ainsi éclatées et sans puissance à l'immense machine européiste et mondialiste qui broie les peuples. Elles ne feront donc qu'accélérer la perte de toutes les identités, y compris celle de la Corse.

L'autonomisme régionaliste n'est donc que l'instrument détourné de cette vision déracinante de l'institution régionale. Vision qui n'est pas la mienne et que je refuse, car elle n'est que l'un des moyens de l'entreprise mondialiste que nous combattons.

Je ne rejette pas pour autant l'idée de région, car, si elle est orientée dans une autre direction, elle me paraît de nature, au contraire, à contribuer au réenracinement culturel et historique des Français. On serait même tenté de parler de réenracinement sentimental. «Mes rapports avec la Lorraine sont ceux d'un mariage, je la crée et elle me crée», écrivait Barrès.

En concevant les régions comme des entités autant culturelles et historiques qu'économiques et géographiques, il est possible, à travers elles, de renouer avec la tradition de nos provinces et de leur faire jouer un rôle nouveau au service du réenracinement culturel et historique des Français.

Sans doute, dans certains cas, un redécoupage des régions serait-il nécessaire pour mieux les ajuster aux réalités ancestrales de notre histoire et de notre géographie. Pourquoi ne pas réunifier la Normandie ? Pourquoi, à l'inverse, maintenir la région Rhône-Alpes dont chacun sait qu'elle réunit artificiellement le Lyonnais, le Dauphiné et la Savoie ?

Ce réveil des provinces à travers les régions actuelles doit cependant éviter deux écueils.

Le premier est de le concevoir dans une vision passéiste et artificielle. Ce serait une erreur, car la région, de par sa dimension, est aujourd'hui beaucoup mieux adaptée que le département à la prise en compte des réalités et des projets économiques. Les régions, telles que nous les concevons, peuvent donc réenraciner nos identités provinciales et ancestrales dans le dynamisme de l'économie moderne. En effet, «il n'y a de modernité que dans la renaissance et non dans la table rase» : la réforme territoriale qu'il faut mener à bien doit certes s'inspirer du passé dont elle tire sa substance, mais elle est avant tout conçue pour l'avenir.

La seconde erreur est celle de l'autonomisme ou du régionalisme extrémiste visant à transformer les régions en petites nations. Une vision absurde ! Il y a un peuple français, il est un et ne peut être subdivisé en ethnies régionales. Ces ethnies, si elles ont existé par le passé, n'ont plus aujourd'hui de sens véritable. En effet, notamment à cause de l'exode rural, beaucoup de Français sont les fils de deux ou de plusieurs provinces. La nation française est simplement constituée d'entités provinciales ayant leur culture, leur histoire et leurs traditions propres dont nous souhaitons, en champions de la défense de nos identités, un meilleur épanouissement. Pour autant, retrouver sa personnalité consiste pour une région à prendre conscience de son identité, de ce qu'elle est mais aussi de la façon dont elle se situe, c'est-à-dire de son appartenance à une entité supérieure : la nation.

Pour préciser concrètement ma vision enracinante de la région, disons que celle-ci doit se développer et s'épanouir, non pas en prenant de la substance à l'État, mais en accaparant la plupart des prérogatives aujourd'hui dévolues à l'instrument du jacobinisme révolutionnaire, c'est-à-dire, le département. La région doit s'affirmer sur le dos du département et non sur celui de l'État.

Aussi convient-il, au stade où nous en sommes, de préciser la manière dont je vois plus globalement la réorganisation territoriale du pays. Celle-ci connaît aujourd'hui une incroyable complexité. Quatre niveaux d'administration se superposent : L'État, la région, le département, et la commune — cinq si l'on compte l'Union européenne —, qui se mêlent aussi parfois de gestion territoriale et même six niveaux si l'on prend en compte les innombrables organismes de coopération intercommunale que sont les districts, les communautés urbaines, les syndicats intercommunaux, etc. Quand on songe qu'un projet, pour être mené à bien, doit rassembler le financement de trois, quatre, parfois cinq collectivités différentes, on comprend pourquoi les projets sont si longs à aboutir et pourquoi les responsabilités sont souvent si diffuses. Ces chevauchements de compétences et les financements croisés créent un écheveau inextricable qu'il est nécessaire aujourd'hui de dénoncer.

Aussi conviendrait-il de revoir la structure actuelle des collectivités territoriales avec un double souci : celui de l'efficacité de gestion, mais aussi celui du réenracinement des Français.

La commune doit être conservée telle qu'elle est, contrairement aux projets actuels de fusion des communes chers aux socialistes. «La commune, écrivait l'historien Philippe Ariès, est le lieu autour duquel la communauté vit avec ses morts.» Dérivant directement des anciennes paroisses, les communes ont leur histoire immémoriale. Elles ont profondément imprégné la conscience collective et constituent encore le lieu privilégié des relations humaines et des liens de voisinage.

Cependant, beaucoup de ces communes, notamment celles des zones rurales, ne sont pas assez importantes pour prendre en charge les services publics de proximité. Des syndicats de toute nature ont été créés. Abstraits et difficiles à gérer, ils ne sont que des palliatifs. II conviendrait alors de regrouper les communes rurales au sein des pays. Les pays ce sont les petites entités géographiques historiques et humaines, le bourg et sa zone de marché où pourraient être assurées toutes les tâches techniques actuellement dispersées en un inextricable réseau de syndicats intercommunaux. Le pays constitue une réalité vécue et historique. Né de différences de paysages et de caractères, puis de l'instauration de baronnies et de comtés, le pays a été reconnu par ses habitants comme un authentique territoire au long de l'histoire. Malgré la création des départements, l'entité incarnée par le pays est donc restée profondément ancrée dans les mentalités. Sur le plan économique, la notion de pays coïncide bien souvent avec celle de bassin de main-d'œuvre et constitue donc un bon échelon de gestion en même temps qu'un lieu d'enracinement plus fort que le canton ou le département.

Pour les zones urbaines, pourquoi ne pas regrouper toutes les communes d'une même agglomération pour constituer une ville et conférer aux anciennes communes, éventuellement subdivisées pour les plus grandes d'entre elles, un statut de quartier ? Cette mesure est loin d'être irréaliste et inapplicable, comme en témoigne l'exemple aixois : autour du centre urbain de la vieille ville d'Aix-en-Provence, un certain nombre de petits villages ont été rattachés, tels Puyricard, Les Milles, ou encore Luynes. Ainsi, tout en gardant leur spécificité de villages grâce aux mairies annexes, ces petites communes bénéficient des possibilités que leur offre leur rattachement administratif à une grande ville.

Une telle initiative permettrait, là aussi, de résoudre le problème souvent difficile de la coopération intercommunale au sein d'une même agglomération et de rendre possible une vrai politique de la ville. Elle permettrait ainsi de faire cesser la discrimination qui existe aujourd'hui dans les agglomérations entre la commune, centre généralement noble et riche, et les communes de banlieue souvent déshéritées. Cette institutionnalisation de la ville permettrait de réintégrer les banlieues dans la cité en faisant d'elles des quartiers à part entière.

Le département, de son côté, devrait voir son rôle s'éteindre progressivement au profit des pays et des villes vers le bas et surtout au bénéfice des régions vers le haut. À cette reforme structurelle s'ajouterait une répartition claire des responsabilités des collectivités les unes par rapport aux autres afin d'éviter les chevauchements de responsabilités et les financements croisés.

Ainsi seraient substitués aux cinq ou six échelons actuellement en vigueur, trois échelons clairs de gestion : l'État, la région, le pays ou la ville auquel s'ajouteraient la commune ou le quartier comme communauté de voisinage. Ces échelons correspondraient de surcroît à des territoires d'enracinement créés par l'histoire, la géographie et la culture.

Certains jugeront ces propositions audacieuses, voire traumatisantes. Elles répondent pourtant à un souci d'efficacité de gestion mais aussi au vaste projet visant à rétablir l'harmonie des structures sociales en les mettant en accord avec la nature profonde de l'homme.

Ce projet de réforme montre également que l'on peut combiner des initiatives novatrices et ambitieuses pour l'avenir avec le respect du passé et de ses traditions. À cet égard, l'enracinement territorial se situe sur le chemin stratégique de la lutte contre le mondialisme.
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