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Conférence, le 03/09/1993
Civilisation contre barbarie.
Lorsque le système politico-médiatique affaiblit nos valeurs.


Qu'est-ce que la civilisation ? Les orateurs qui m'ont précédé vous en ont longuement parlé et naturellement je ne voudrais pas reprendre tout ce qui vous a déjà été dit. Je me contenterai de reprendre point par point les principales conditions de survie et d'épanouissement d'une civilisation pour démontrer comment, contrairement à ce qu'ils affirment, le discours et l'action des responsables politiques et médiatiques de l'établissement conduisent à les détruire et comment notre projet cherche au contraire à les conforter.

La première des conditions de la civilisation c'est l'existence de règles. Il n'y a pas de civilisation sans ordre, sans norme, et donc sans autorité et sans hiérarchie. Ces notions sont essentielles car elles permettent précisément d'ordonner le monde, d'éviter qu'il ne tombe dans le chaos, c'est-à-dire dans l'anarchie et la barbarie.

Elles permettent aussi aux hommes de trouver un cadre de référence à l'intérieur duquel ils peuvent se situer, trouver leur place dans l'espace et dans le temps. C'est en fonction de ces normes et de cet ordre qu'ils peuvent construire leur personnalité, dompter leurs instincts et donner le meilleur d'eux-mêmes.

Ce sont ces normes qui, édifiées progressivement au fil des siècles, créent l'armature d'une civilisation. Et il est clair qu'à l'inverse, la destruction systématique de ces règles, de ces hiérarchies, de l'autorité et de la légitimité qui s'y rattachent, est une entreprise barbare de mise en cause de la civilisation.

Or, c'est précisément ce à quoi s'emploient certains dans l'établissement. Il suffit pour s'en convaincre de réfléchir d'abord à la portée de leur principal message : la lutte contre les exclusions.

C'est en effet le leitmotiv permanent du discours à gauche comme au sein de la fausse droite et c'est la rengaine des médias : les exclusions constituent le mal social contre lequel il faut mobiliser toutes les énergies.

Mais, en y réfléchissant bien, derrière son apparence humaniste, ce discours procède à bien des égards de la barbarie car le principe même de la civilisation c'est l'existence d'un ordre, et qui dit ordre dit exclusion. Comme toute construction organique, une société civilisée est faite de cellules, de groupes humains bien identifiés, organisés, hiérarchisés qui, par définition, n'existent qu'en excluant ceux qui ne peuvent en faire partie.

Une famille n'existe que par les liens du sang et ceux du mariage. Une nation n'a de sens qu'au regard de la distinction entre nationaux et étrangers. Un conseil d'administration n'est viable que s'il se limite aux administrateurs... et l'on pourrait prolonger la liste à l'infini.

Vouloir lutter tous azimuts contre les exclusions c'est donc vouloir détruire les structures ordonnées de notre civilisation.

Dans la réalité plus concrète, la mise en cause des règles et des normes apparaît avec évidence dans le développement considérable de la délinquance et de la criminalité. Et l'œuvre destructrice de l'établissement se manifeste au travers du laxisme avec lequel il prétend sanctionner les crimes et les délits. Or, la rigueur des peines donne une très bonne mesure de l'importance que l'on attache aux lois. Plus les sanctions sont faibles et plus les lois sont affaiblies, plus elles perdent de leur légitimité et de leur autorité.

Si le vol à l'étalage n'est plus sanctionné, si les loubards de banlieue sont libérés après leurs exactions, c'est que le respect de la propriété et de l'intégrité des personnes n'est plus une règle intangible. Ce laxisme pénal est donc une entreprise délibérée d'affaiblissement des règles de civilisation.

Mais, au-delà des lois, il y a la morale et ses règles qui, elles aussi font partie intégrante des normes de civilisation. Et, là aussi, force est de constater l'œuvre d'érosion, voire de destruction, auxquelles elles sont soumises. Certes, cet avachissement moral de notre société a de nombreuses causes. Mais ce qui est important c'est que là encore les responsables de l'établissement agissent délibérément ou par passivité dans ce sens. La suppression des cours de morale à l'école en est un signe sinon un symbole.

Quant au laxisme des mœurs, il est à l'évidence encouragé par des lois permissives ou par l'application laxiste des lois en vigueur, comme par exemple en matière de pornographie, jusque sur les chaînes de télévision d'État.

Mais la preuve la plus criante du rôle destructeur de l'établissement en matière de règles morales c'est encore la multiplication des affaires de corruption qui frappe de plein fouet la classe politique et la classe médiatique, c'est-à-dire ceux-là mêmes qui, de par leur fonction devraient être des exemples de rigueur et de désintéressement.

Ceux qui font les lois ou qui sont chargés de les faire appliquer par les simples citoyens ne devraient-ils pas en effet être les premiers à les respecter. Or, en les bafouant, en bafouant les lois de la république comme les lois de la morale, en cherchant à leur échapper et à se placer au-dessus d'elles, ils manifestent le mépris dans lequel ils les tiennent, ils les affaiblissent et contribuent de manière décisive en raison de leur position à les délégitimer et donc à faire reculer la civilisation.

Car, ce qui est grave ce n'est pas qu'il y ait des délinquants parmi les ministres s'ils sont exclus et durement sanctionnés. Ce qui est destructeur c'est que ceux qui dirigent puissent bafouer les lois et la morale en toute impunité et continuer de diriger.

Si en effet les règles morales sont mises en cause, il en va de même du principe d'autorité et de celui de hiérarchie. Deux notions qui sont pour ainsi dire sorties des schémas de pensée de l'établissement.

Tout ce qui relève par exemple de l'autorité de l'État passe au second plan. Ce n'est donc pas un hasard si la police et l'armée qui précisément incarnent le principe d'autorité de la puissance publique et nationale sont les plus maltraités des organes de l'État. Il n'est que de voir le degré de dénuement dans lequel on maintient les forces de police. Quant aux forces armées, elles subissent actuellement un plan de démantèlement conçu par les socialistes et servilement mis en œuvre par le gouvernement. Or, l'affaiblissement des vecteurs de l'autorité n'est pas un acte de civilisation, mais un facteur de barbarie.

Notons que ce principe d'autorité est mis à mal dans bien d'autres domaines. À l'école, les maîtres ne bénéficient plus sur ce plan du soutien de leur administration et ont de plus en plus de mal à se faire respecter. L'autorité du maître sur l'élève, celle de celui qui sait sur celui qui doit apprendre a été battue en brèche par les innombrables réformes diligentées par les ministres successifs de l'Éducation.

Quant au principe de hiérarchie, il est lui aussi largement contesté par les initiatives des responsables politiques. À l'école encore, le renversement des rapports entre le maître et l'élève peut s'interpréter comme une contestation de la hiérarchie liée à la connaissance. Et n'est-ce pas là l'un des signes les plus patents du recul de la civilisation lorsque la connaissance n'est plus reconnue dans les faits comme un facteur de hiérarchie ?

Or, c'est bien ce dont il s'agit, notamment dans les lois prises en matière universitaire et hospitalière donnant des pouvoirs considérables aux personnels techniques ou administratifs au détriment des professeurs et des médecins.

Lorsqu'elle subsiste, la hiérarchie sociale ne repose plus sur des critères éthiques incontestables. Au lieu de s'appuyer sur les critères de connaissance, de compétence, d'utilité sociale ou de responsabilité, elle se fonde de plus en plus au sein de l'établissement sur les critères financiers ou sur ceux du pouvoir au sens politicien et médiatique du terme.

Ajoutons que la nécessaire hiérarchie qui doit ordonner toute société civilisée ne s'établit pas seulement entre les hommes. Il existe une autre hiérarchie, plus impérieuse, qui est celle des valeurs. Car ce sont les valeurs qui guident les hommes et qui structurent la société.

Comment alors s'étonner de l'affaiblissement de la civilisation lorsque se manifeste un véritable phénomène d'inversion des valeurs, là encore orchestré délibérément par les responsables politiques et médiatiques ?

Lorsque l'État s'intéresse plus au sort des détenus, criminels ou délinquants qu'à celui des victimes, des gardiens de prison ou des policiers, il renverse la hiérarchie civilisatrice. C'est aussi ce qu'il fait lorsqu'il se penche davantage sur la situation des étrangers que sur celle des nationaux. Et c'est à la même dérive qu'il se prète lorsqu'il crée des règles économiques et financières qui favorisent le capitalisme spéculatif par rapport au capitalisme productif, donnant ainsi la préférence au parasite sur le créateur.

Et n'est-ce pas un puissant facteur de destruction de notre civilisation que de voir dans l'esprit public les valeurs d'honneur, de courage, de fidélité, d'honnêteté, de dévouement passer au second plan derrière les fausses valeurs de la réussite matérielle, de l'humanitarisme par procuration, et des droits de l'homme comme nouvelle religion médiatique ?

Et, là encore, l'établissement est responsable parce qu'il agit délibérément en ce sens. Lorsque M. Tapie est porté aux nues pendant des années par l'ensemble des médias et encore aujourd'hui par les plus hautes autorités de l'État, lui dont chacun sait qu'il n'a ni foi ni loi et que sa prétendue réussite n'est que factice et parasitaire, n'est-ce pas là un acte éminent de subversion des valeurs et donc de la civilisation ?

Les peuples ont besoin de héros et lorsque ceux qu'on leur présente ne sont que des bateleurs ou des aigrefins, on rabaisse le peuple au niveau du strass et de la magouille. N'est-ce pas là une entreprise barbare ?

Parce que l'établissement œuvre volontairement ou tacitement à la destruction du principe de hiérarchie et d'autorité ainsi qu'à la mise à bas des règles juridiques et morales de notre civilisation, il fait œuvre de barbarie.

Mais ce n'est pas tout. La civilisation, en effet, ne peut survivre et s'épanouir que si les règles, les normes qui la régissent perdurent à travers le temps. Si celles-ci sont fluctuantes, changent à tout moment, elles ne peuvent jouer leur rôle et la civilisation s'estompe et périclite. Là est tout le rôle bénéfique des traditions, qui enracinent et donnent aux normes leur caractère intangible, voire sacré.

Certes, il faut évoluer, s'adapter, réformer, se moderniser, mais il convient de le faire avec mesure et dans le respect des traditions, faute de quoi on déracine la société et, avec le règne de l'instable, du fluctuant et de l'éphémère, survient celui de la barbarie. Or, là encore, la classe politique, par son action, contribue à créer l'incertain et le changement permanent des règles et des normes.

C'est particulièrement évident dans le domaine de la législation et de la réglementation qui deviennent tellement mouvants que les avocats eux-mêmes s'y perdent. Chaque ministre, chacun dans son secteur, y va de sa nouvelle loi, beaucoup plus soucieux de changer les textes que de les faire appliquer. Il en résulte une complexité, voire une opacité croissante des règles de droit qui contribuent à en affaiblir d'autant leur portée. Au lieu de principes clairs et intangibles dont l'application s'imposerait à tous avec rigueur, on multiplie des règles fluctuantes que chacun cherche à éviter et dont une bonne partie n'est même pas appliquée.

Il est d'ailleurs frappant de constater que cette obsession de changements juridiques s'accélère et s'amplifie puisqu'elle touche maintenant la constitution elle-même que la classe politique veut réformer à tout bout de champ. Loin de moi l'idée que notre constitution serait parfaite; il n'en demeure pas moins que, plus les institutions sont durables, plus elles sont légitimes.

J'ajoute que, là encore, dans ses entreprises de modification constitutionnelle, l'établissement agit de façon particulièrement destructrice. Car il ne cherche pas à modifier quelques grands principes, mais à y introduire des dispositions à caractère éminemment contingent. Ainsi de la dernière réforme qui introduisit dans notre loi fondamentale la référence à certains articles d'un traité international lui-même contingent, le traité de Maastricht. On voit qu'il y a là une grave dérive visant à modifier sans cesse le texte qui doit pourtant servir de cadre final au fonctionnement des institutions.

Plus grave encore, les traditions sont attaquées systématiquement. Or, pour survivre les traditions ont besoin aussi d'être prises en charge, respectées, portées par les institutions du pays. Et, une fois de plus, sous l'impulsion des responsables de la classe politique, on voit le gouvernement œuvrer toujours en sens inverse. Ainsi, en modifiant sans cesse les règles et les normes, en les complexifiant et donc en les affaiblissant et en cassant délibérément nos traditions, l'établissement fait œuvre de barbarie.

La civilisation c'est aussi le sacré. C'est aussi, transcendant la société, le souffle du divin et du surnaturel. Car toute civilisation a besoin d'un sens. La nôtre a reçu le sien du christianisme. Mais aujourd'hui cette imprégnation sacrée de notre civilisation semble s'estomper.

Certes, il y a à cette évolution de nombreuses causes, y compris celle d'une sorte de décadence interne, propre à l'Église catholique. Mais, dans ce domaine comme dans les autres, les responsables politiques et médiatiques n'ont pas cherché à résister aux courants matérialistes. Bien au contraire, ils agissent dans le sens de la rupture avec le sacré.

Sur le plan religieux, ils ont encouragé ou toléré le phénomène de laïcisation du sacré. Citons à titre d'illustration les initiatives médiatiques ou publicitaires de blasphème ou de provocation antireligieuse. Rappelez-vous ces affiches de Benetton représentant le baiser moins que chaste entre un prêtre et une religieuse. Rappelez-vous aussi le film la Dernière Tentation du Christ présentant de façon crue et provocatrice Jésus comme un homme ordinaire.

Certes, dans tous ces cas, il ne s'agissait pas, évidemment, d'initiatives prises par des responsables politiques eux-mêmes. Mais là encore les pouvoirs publics, pourtant si prompts à défendre les intérêts de l'islam, n'ont pas exercé leur autorité pour assurer la protection de la religion catholique et du sacré qui y est attaché. Comment s'en étonner ? Quand, au-delà même du plan religieux, la classe politique œuvre systématiquement à la désacralisation de l'exercice souverain du pouvoir.

Lorsque M. Giscard d'Estaing, président de la République, serre la main d'un détenu, il bafoue sa fonction, il oublie qu'il n'est plus seulement lui-même mais en quelque sorte le détenteur de la souveraineté de la nation et du peuple, et qu'à ce titre il est porteur lui aussi de quelque chose qui le dépasse et qui ne peut frayer, même symboliquement, avec le crime ou le délit. Il en va d'ailleurs de même des ministres qui rabaissent leur fonction à celle de simples administrateurs et qui entendent, comme ils disent, gérer la France comme on gère une entreprise. Il en est de même des hommes politiques qui légitimement aspirent au pouvoir mais qui, ignorant le caractère sacré qui s'y rattache, acceptent de jouer les saltimbanques dans les médias et se livrent avec jubilation aux clowneries télévisuelles.

N'est-il pas choquant que l'émission satirique phare soit devenue le "Bébête Show" dont la principale fonction est de rabaisser au plus bas le politique et l'exercice du pouvoir sans que le gouvernement n'ait jamais cherché à faire cesser ces pitreries ? Et ne croyez pas qu'elles n'ont pas d'effet. Récemment l'un de mes amis me racontait l'anecdote suivante : responsable d'une cave de grand cru ouverte à la visite, l'un de ses employés un jour se précipite sur lui en lui disant:

— Monsieur, la chèvre est à la cave.
— La chèvre, quelle chèvre ?
— Oui, la chèvre de la télé.
C'était Jack Lang!

En refusant de défendre le sacré et en œuvrant à tout désacraliser, la classe politique travaille là encore à l'avènement de la barbarie.

L'une des conditions de survie et d'épanouissement de la civilisation c'est aussi le sentiment identitaire. C'est la conscience et la fierté de ce que l'on est et la nécessaire protection de ce que l'on représente. Une civilisation ne peut en effet perdurer si le peuple qui l'incarne n'est pas conscient de ce qu'elle représente et s'il n'en est pas fier. Comme le disait le professeur Von Hayeck : »«Aux yeux des anthropologues toutes les civilisations se valent mais on ne fait durer une civilisation qu'en la considérant comme supérieure aux autres».

Aussi le patriotisme n'est-il pas une manifestation archaïque et dangereuse, mais l'expression d'un sentiment nécessaire et vital. Or, l'établissement joue délibérément contre tout sentiment patriotique et identitaire. Dans l'esprit public, le patriotisme est ignoré quand il n'est pas tourné en dérision. Et là encore les autorités de l'État ont leurs responsabilités. Dans les manuels scolaires distribués dans les écoles publiques il ne subsiste plus la moindre trace de patriotisme, c'est-à-dire d'amour de son pays. Tout est tourné au contraire vers le culte du mondialisme.

Tel était d'ailleurs, rappelez-vous, le sens du défilé de M. Goude le soir du bicentenaire de la révolution. Quoi qu'on pense de cette période tragique de notre histoire, ce soir-là aurait pu être l'occasion d'une grande manifestation de ferveur patriotique et pourquoi pas de réconciliation nationale. Nous eûmes droit au contraire à un véritable hymne au mondialisme.

Et que dire de l'obsession antiraciste de l'établissement ? Chacun sait que notre pays n'est pas raciste et que les crimes et les délits racistes se comptent par quelques dizaines chaque année, chiffres dérisoires au regard des millions de crimes ou délits commis pour d'autres motivations. Et pourtant cette lutte antiraciste est une priorité permanente de la classe politique, y compris pour M. Pasqua qui a créé récemment dans chaque préfecture non pas des cellules anti-cambriolage ou des cellules anti-agression mais des cellules antiracistes. Pourquoi un tel acharnement contre un mal qui n'existe pas ? Tout simplement parce que, sous couvert de la lutte contre le racisme, c'est la lutte contre notre identité, contre le patriotisme que l'on veut mener.

Et là plus encore qu'ailleurs l'établissement oeuvre contre la civilisation. Car, il faut en être conscient, il en va pour les civilisations comme pour tous les organismes vivants : il leur faut être capable de se défendre contre les agressions extérieures. Certes, ces agressions peuvent être armées mais elles peuvent être aussi culturelles, migratoires et économiques. Et aujourd'hui nous subissons toutes les agressions non militaires sans que la classe politique et médiatique les juge comme telles. Plus grave, elle les considère comme des phénomènes inévitables, quand elle ne les juge pas tout simplement bénéfiques.

L'agression migratoire, nous la connaissons bien pour l'avoir dénoncée depuis longtemps. Et force est de constater que rien n'est fait pour l'enrayer, pas plus aujourd'hui qu'hier. Certes, M. Pasqua selon son habitude multiplie les rodomontades verbales. Mais, en politique, ce qui compte ce ne sont pas les intentions, ce sont les résultats. Or, malgré ses déclarations péremptoires, M. Pasqua n'a pris que des mesurettes qui de surcroît ont été, pour la plupart d'entre elles, censurées par le Conseil constitutionnel. Rien n'est donc venu rompre avec les axes de la politique socialiste. C'est toujours le regroupement familial, la carte de séjour de dix ans automatiquement renouvelable, le droit du sol permettant l'acquisition automatique de la nationalité française, c'est toujours la politique d'intégration des immigrés, le refus de la préférence nationale quand ce n'est pas le maintien de la préférence étrangère.

Mais d'autres agressions extérieures sont à l'œuvre contre notre civilisation. Sur le plan culturel nous subissons l'impérialisme anglo-saxon. Et là encore la classe politique tolère ou accompagne ces évolutions néfastes. Sur le plan linguistique rien n'est fait pour défendre le français contre l'anglais. Dans les rencontres internationales, nos savants s'expriment de plus en plus souvent en anglais quand ce ne sont pas nos responsables politiques, à l'instar de M. Giscard d'Estaing, qui cherchent à briller en parlant anglais devant les médias.

Dans le même esprit rien de déterminant n'a été entrepris depuis la guerre pour faire pièce à l'industrie cinématographique et audiovisuelle américaine et pour réduire l'impact des programmes d'outre-Atlantique sur nos chaînes de télévision.

Enfin, sur le plan économique, nous subissons, avec le libre-échangisme mondial, les effets désastreux d'une concurrence déloyale à l'échelle de la planète, qui provoque un formidable transfert de substance économique et donc de richesse de la France et de l'Europe vers d'autres régions du monde. Or, là encore, la classe politique refuse de réagir. Certes on entend des propos virils à l'encontre du GATT mais aucune politique n'est entreprise pour remettre en cause le principe même de cette structure internationale et pour promouvoir un nouveau protectionnisme.

Or, encore une fois, l'aptitude à se protéger des agressions extérieures est l'une des conditions de survie et d'épanouissement de la civilisation. En refusant de s'engager dans cette logique de résistance et de protection, la classe politique là encore œuvre dans le sens de la barbarie.

Elle refuse de voir qu'il ne peut pas y avoir de civilisation mondiale et que les civilisations, par nature, ne peuvent être que plurielles. Car l'avènement d'un monde indifférencié, sans frontières et sans diversité, représenterait une formidable régression, aussi spectaculaire et aussi désastreuse que le serait au plan biologique une involution qui nous ferait revenir des organismes diversifiés constitués d'une multitude de cellules aux organismes unicellulaires.

Autre condition importante pour l'épanouissement de la civilisation d'un peuple : la possibilité qui est donnée à celui-ci de donner libre cours à son génie propre. En effet, peuple et civilisation sont indissolublement liés et la civilisation va donc de pair avec tout ce qui valorise les traits les plus bénéfiques du peuple.

Et parmi les qualités propres du peuple français et plus globalement des peuples européens, il y a notamment le sens de la responsabilité et le goût de la liberté. Or, l'une et l'autre de ces qualités sont entravées dans leur épanouissement par les actions de la classe politique qui, de ce fait, joue donc une fois de plus contre la civilisation.

Le sens de la responsabilité, c'est aussi le goût de l'excellence, de l'émulation, de la compétition, toutes qualités qui ont permis à nos ancêtres, au cours des siècles, d'entreprendre, de donner le meilleur d'eux-mêmes, de se dépasser pour découvrir, bâtir, conquérir. Eh bien, toutes ces pulsions naturelles de notre peuple, comment ne pas voir qu'elles sont actuellement bridées, réfrénées par l'esprit bureaucratique et collectiviste qui anime l'établissement depuis des décennies ? Sous couvert d'égalité ou de sécurité, on a socialisé notre pays au point de castrer notre peuple et d'organiser la promotion de la médiocrité.

Mais il en va de même pour la liberté. Cette liberté individuelle, qui permet aux hommes européens de développer une personnalité propre et d'exister en tant que tels dans nos sociétés, est l'une des grandes caractéristiques qui différencient notre civilisation de la plupart des civilisations orientales où domine le collectif et où l'affirmation des individualités au sein du corps social est moins reconnue.

Cette liberté est aujourd'hui concrètement mise en cause. On peut même dire que le système mis en place par l'établissement se révèle, par certains aspects, de nature totalitaire, et donc contraire à l'essence même de notre civilisation. Certes, il ne s'agit pas d'un système qui pratique la contrainte par le fer et le sang. Il est beaucoup plus subtil mais il n'en est que plus habile dans la mise en place du joug.

Quant à la pensée, avez-vous remarqué combien de nos jours elle devient moutonnière dès qu'elle passe par les canaux obligatoires de l'établissement ? À chaque grand événement, sur chaque grand sujet, il y a une pensée officielle et seule celle-ci peut s'exprimer. Les pensées déviantes devant subir l'opprobre et les procès en diabolisation.

Sur l'immigration, il n'y a qu'une façon de penser. Dans l'affaire de la guerre du Golfe, rappelez-vous, il n'y avait qu'une façon de voir le conflit, et ne parlons pas d'autres sujets plus brûlants ou plus tabous. N'est-ce pas le signe patent du totalitarisme ou de l'obscurantisme, deux principes si contraires à l'esprit européen si contraires aux principes mêmes de notre civilisation ?

Sur le plan politique aussi, la liberté est bafouée. Je l'ai souvent dénoncé. Rappelons simplement que la majorité qui gouverne notre pays ne représente que le tiers de la population. Rappelons aussi que les lois votées par le Parlement, c'est-à-dire officiellement par les représentants du peuple, sont désormais régulièrement censurées par une instance qui porte le nom de Conseil constitutionnel mais qui n'est en fait qu'une forme masquée de tribunal idéologique.

Celui-ci, bien que composé de juges nommés, n'hésite pas à imposer ses vues aux assemblées élues, en fonction de l'interprétation qu'il donne de la Constitution. Or, celle-ci fait référence dans son préambule à la déclaration des droits de l'homme, ce qui permet au Conseil constitutionnel de se croire autorisé à juger des lois au regard de l'idéologie des droits de l'homme. Comme dans les régimes totalitaires, ce qui est légitime ce n'est donc plus ce qui est voulu par la majorité du peuple, c'est d'abord ce qui est jugé conforme à l'idéologie officielle.

Et l'on pourrait multiplier les exemples de pratiques totalitaires en mentionnant aussi naturellement les changements de mode de scrutin et les manœuvres pour priver arbitrairement un nombre considérable de Français de représentants à l'Assemblée nationale.

En pratiquant la massification de la pensée et la canalisation des options politiques du peuple, l'établissement s'en prend à la liberté et tourne le dos au génie propre de notre civilisation. Ce faisant, il fait œuvre de barbarie.

Enfin, la civilisation c'est aussi la vie, la création, la fécondité. Or, là encore, la classe politique œuvre dans le sens contraire. Ainsi, en refusant depuis des décennies de mener une grande politique familiale et d'encourager réellement la natalité française, elle porte une grande responsabilité dans la mort programmée de notre peuple telle qu'elle est actuellement inscrite dans les statistiques de la fécondité française. Et cela d'autant qu'en la matière, les seules mesures prises par les responsables de l'établissement, ne visent qu'à encourager l'avortement et même à le faire rembourser par la sécurité sociale.

Et là encore la classe politicienne fait œuvre de barbarie car il est bien clair qu'une civilisation n'existe qu'au travers du peuple qui l'incarne. Si celui-ci disparaît, elle disparaît et peu importe que d'autres hommes occupent le territoire laissé libre car ceux qui arrivent sont porteurs d'une autre civilisation.

Et que dire de l'attitude de ces responsables politiques qui ont consciemment ou passivement laissé contaminer les hémophiles par le virus du sida, donnant ainsi de facto à la vie humaine une valeur relative que l'on peut mettre en balance avec des considérations de rentabilité économique ? N'est-ce pas là le comble de la barbarie ?

Oui, l'établissement œuvre à la destruction des règles, à l'effacement du principe de hiérarchie et d'autorité, il s'en prend à la pérennité des normes et fait disparaître les traditions, il s'attaque au sacré, refuse d'assurer la protection de notre identité et méprise le génie propre de notre peuple.

Il pousse à la médiocrité et à une forme molle de totalitarisme. Il n'encourage pas la vie et favorise la mort. Il est donc un acteur essentiel de la régression de notre civilisation et, volontairement ou non, prépare l'avènement d'une nouvelle barbarie.

Certes, les phénomènes de décadence que j'ai évoqués précédemment ont pour origine des causes complexes et diverses. Mais ce qui est essentiel ici c'est que parmi elles on trouve toujours des actions délibérément entreprises ou tacitement tolérées par les responsables politiques ou médiatiques.

Et il y a, je crois, dans ce constat un grand motif d'espérance.

On entend parfois dire que notre pays serait entré en décadence. Et beaucoup y voient là une raison de désespoir ou de résignation car la décadence serait à leurs yeux un phénomène irréversible, quasi-mécanique, fruit d'une forme de déterminisme historique qui, tel un cancer gravissime, ne pourrait déboucher que sur une issue fatale.

Eh bien, je crois que rien n'est plus faux. Certes, la régression de notre civilisation est difficilement contestable, mais je crois avoir montré qu'elle est aussi le fruit de mesures, de décisions prises par des responsables politiques. Dans ce cas, ce qui a pu être fait dans un sens pourra l'être dans l'autre. Les civilisations, même si elles sont des édifices supra-humains, transcendant le temps et les individus, demeurent néanmoins le fruit des entreprises humaines. Et ce que certains hommes ont détruit, d'autres pourront le reconstruire.

Voilà pourquoi notre pays n'est pas condamné à une régression inéluctable. Il a d'ailleurs déjà connu en d'autres périodes de son histoire des situations tout aussi critiques et toujours, il a réussi à renaître.
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