Accueil   Réflexions d'actu   Lu, vu, entendu   Côté Privé   Côté public   Tout savoir   Écrits 
     
A la une
 Qui est Bruno Mégret
 Son parcours politique
 Ses options de A à Z
 Son autobiographie
 Ses ouvrages
 Découvrez le site du MNR

  Contacter Bruno Mégret

Conférence, le 13/12/1994
Préférence européenne.
La préférence nationale et européenne, un impératif juridique.


La préférence nationale est naturellement une question primordiale qui conditionne l'existence même de la nation, mais il s'agit aussi, et peut-être n'en êtes-vous pas pleinement conscients, du sujet de prédilection de l'établissement. C'est en effet la question qui revient le plus souvent dans les discours des ténors politiciens et aussi, telle une rengaine, dans les émissions médiatiques.

Bien sûr, ce n'est pas de préférence nationale que l'on parle mais d'exclusion. Le refus des exclusions, la lutte contre les exclusions est devenue l'axe majeur du discours officiel des tenants de la classe politique. On le retrouve à toutes les sauces dans la bouche des leaders des partis comme dans celle des présentateurs de télévision, des experts ou des sociologues. La lutte contre les exclusions est devenue l'alpha et l'oméga de l'idéologie officielle.

Or, la notion d'exclusion n'est autre que la forme caricaturale et extrémiste de la notion de préférence. La préférence poussée à l'extrême conduit à l'exclusion. Le mot d'exclusion est donc le mot choisi par l'établissement pour désigner de façon négative, caricaturale et extrémiste, la notion par ailleurs positive et mesurée que nous désignons, nous, sous le vocable de préférence.

La question de la préférence constitue donc peut-être aujourd'hui l'une des questions fondamentales sur lesquelles s'effectue le clivage entre la vraie droite et ses adversaires. Eux rejettent comme négative la notion de préférence et la combattent sous le nom d'exclusion. Nous, nous nous battons pour faire reconnaître et appliquer cette notion fondatrice essentielle.

Cette notion est essentielle parcequ'elle sous-tend la question nationale et, bien au-delà, la question plus vaste et plus importante encore de la civilisation. Car une nation, comme une civilisation, est fondée sur un ordre et sur des communautés. Il n'y a pas de civilisation sans un ordre de valeurs hiérarchisées impliquant à l'évidence une relation de préférence.

Si le respect de l'intégrité des personnes et du bien d'autrui constitue des valeurs fondatrices d'une civilisation, cela signifie que l'on doit préférer les honnêtes gens aux criminels, et les policiers aux loubards et aux trafiquants. Et n'est-ce pas justement à une légitime exclusion qu'il faut procéder à l'encontre de ceux qui bafouent ces valeurs ? N'est-ce pas précisément la fonction de la prison que d'exclure de la société ceux qui ne respectent pas ses règles ? Donc la nation et la civilisation ne peuvent reposer que sur des relations de préférence, et tout rejet de celles-ci est éminemment subversif.

De la même façon, une nation repose sur un ordonnancement de groupes humains qui s'articulent les uns par rapport aux autres. Une grande civilisation est comme un être vivant qui comporte en son sein une infinité d'organismes différenciés.

Or, l'existence même de ces groupes, de ces communautés, implique la notion d'exclusion ou de préférence. La famille repose sur des liens très étroits. Elle se constitue par les liens du sang et du mariage, et tous ceux qui ne procèdent pas de ce lien en sont donc naturellement exclus. Il en va de même pour tous les groupes sociaux, des plus anodins, comme le club des joueurs de boule, aux plus fondamentaux comme la nation. Refuser la préférence, voire l'exclusion, c'est donc vouloir déstabiliser la civilisation et détruire la nation.

Et telle est bien la volonté de ceux qui font du refus des exclusions la panacée de leur credo politique. Ce discours conduit d'ailleurs à l'absurde et pour s'en convaincre il suffit d'écouter ce court dialogue que l'on pourrait entendre au café du Commerce :
— Monsieur, vous faites partie du club des amis du chemin de fer ?
— Oui, monsieur, j'ai la carte de ce club. Pourquoi ?
— Parce que moi, monsieur, je n'en fais pas partie et je trouve inadmissible d'être ainsi victime d'une véritable exclusion de la part de votre club. C'est scandaleux !
— Mais, monsieur, vous pouvez toujours demander à en faire partie.
— Et puis quoi encore on me demandera si j'aime les chemins de fer.
— Ah ! Vous n'aimez pas le train ?
— Non, je préfère la voiture.
— Alors, de quoi vous plaigniez-vous ?
— La question n'est pas là. Vous êtes membre de ce club, je n'en suis pas membre, c'est une exclusion intolérable et je demande que cette injustice soit réparée.
— Mais, à la fin, que voulez-vous ?
— Les mêmes avantages, les mêmes droits que les membres de votre club. Quand a lieu votre banquet annuel ? Tout le monde doit pouvoir s'y rendre.
— Mais, monsieur, si tout le monde pouvait s'y rendre, il n'y aurait plus de club des amis du chemin de fer !

Ce dialogue pourrait n'être que le pastiche d’une mauvaise pièce d'humour par l'absurde. Pourtant, si l’on veut bien remplacer le club des amis du chemin de fer par la nation française, cet échange verbal prend toute sa valeur démonstrative. On retrouve alors le dialogue que pourraient tenir, sur le thème de l'exclusion, un Français et un étranger des banlieues. Car, refuser toute différence de droit entre citoyens et étrangers, refuser toute frontière entre la nation et le reste du monde revient à faire disparaître la communauté nationale. Toute construction humaine, toute civilisation est fondée sur des groupes, des communautés, des normes, des règles et des institutions, et toutes impliquent une différence, une limite, une exclusion légitime qui constitue tout simplement la frontière entre ceux qui font partie du groupe et ceux qui n'en font pas partie, entre ceux qui observent les règles et ceux qui les transgressent, entre ceux qui procèdent d'une institution et les autres. Rejeter ces barrières, c'est nier la nation.

Aussi y a-t-il un lien incontournable entre l'existence de la nation et l'application du principe de préférence nationale. Jusqu'à présent, cette notion était mise en oeuvre de façon automatique comme une évidence qu'il paraissait inutile, voire saugrenue, de souligner. Mais aujourd'hui, puisque les notions fondatrices les plus élémentaires sont contestées, il convient de les affirmer de façon explicite avec la plus grande force possible.

Le retour à un système de valeurs respectant la nation et la civilisation passe de façon fondamentale par l'instauration du principe de préférence nationale. Et l'inscription de ce principe de préférence nationale dans le texte même de notre constitution est une nécessité vitale pour la survie même de la nation.

Elle est, de surcroît une nécessité morale de justice et de fraternité. De nos jours, beaucoup de nos compatriotes aux revenus modestes ont l'impression justifiée d'être moins bien traités que les étrangers en France. Tout se passe, en effet, comme si avait été instaurée dans notre pays une forme de préférence nationale inversée, dont les Français seraient les victimes. Parce qu'elles sont la plupart du temps nombreuses, les familles étrangères passent avant les familles françaises dans l'attribution des logements HLM. Pour les mêmes raisons, les immigrés bénéficient souvent d'allocations familiales très substantielles, alors que les foyers français d'un ou deux enfants ne reçoivent qu'une aumône. Plus grave encore, les mécanismes du FAS, le Fonds d'Action Social, exclusivement réservé aux immigrés, créent les conditions financières d'une véritable préférence étrangère.

Par ce biais, les immigrés, qui ont déjà accès à toutes les prestations sociales offertes aux Français, bénéficient par ailleurs d'allocations supplémentaires interdites à nos compatriotes : aides au logement, à la scolarisation des enfants et même à la création d'entreprise. Enfin, les étrangers bénéficient le plus souvent, dans les administrations, d'un préjugé antiraciste. Aussi obtiennent-ils souvent avec facilité des avantages ou des prestations qui sont refusées aux Français ou qui ne leur sont tout simplement pas proposées. Terrorisé à l'idée d'être accusé de racisme, l'employé cédera devant l'étranger mais restera intraitable face au Français, et cela d'autant plus facilement que les immigrés, parfaitement organisés, savent généralement beaucoup mieux que nos compatriotes quels sont leurs droits. Aussi se développe-t-il, parmi nos concitoyens les moins riches, un terrible sentiment d'injustice qui, conjugué avec la marginalité, détruit les liens communautaires et la cohésion sociale de notre pays.

Pour rétablir pleinement la justice, il convient donc que les Français aient de nouveau le sentiment d'être mieux traités que les étrangers. Telle est l'une des fonctions essentielles de la préférence nationale qui stipule que les Français sont prioritaires sur les étrangers. Quoi de plus normal en effet que les citoyens, qui ont des devoirs à l'égard de leur pays, bénéficient en contrepartie de droits qui leurs sont concédés à titre exclusif par la nation ? Il s'agitlà non seulement d'un impératif de justice mais aussi d'une obligation morale de fraternité nationale. La fraternité, selon Littré, se définit comme la parenté entre frères et sœurs, et elle est, par extension, «la liaison étroite de ceux qui, sans être frères et sœurs, se traitent comme frères». D'emblée, la fraternité établit donc un lien de proximité : on ne peut manifester de sentiments fraternels qu'envers ceux dont on se sent proches. Les sentiments altruistes sont d'autant plus forts qu'ils s'expriment à l'égard d'un être avec qui on est lié. L'enseignement de l'Évangile nous le confirme : «Aime ton prochain», disait le Christ.

La fraternité ne peut donc exister en dehors d'une communauté soudée par une identité, s'appuyant sur des valeurs fortes et animée par la conscience d'un destin commun. La fraternité ne peut donc être universelle. Elle ne peut exister si une distinction, une hiérarchie naturelle ne s'établit pas entre ceux qui appartiennent à la communauté et les autres. La fraternité implique le sentiment de préférence : «Parmi tous les hommes, je préfère mes frères, c'est vers eux que se tourneront d’abord mes sentiments altruistes, c'est à eux qu'iront en priorité ma sollicitude et mon aide.» Quoi de plus naturel ? Et ce qui est vrai de la cellule familiale l'est aussi de la nation. Le principe de préférence nationale s'analyse donc comme l'expression privilégiée de la fraternité entre concitoyens. Comment peut-on l'assimiler à une forme de xénophobie, voire au racisme ?

Il est par exemple logique qu'un père donne la priorité aux membres de sa famille, a contrario que dirait-on de celui qui viendrait en aide à son voisin en délaissant son fils pourtant dans le besoin ? Chacun jugerait sévèrement ce père indigne qui aurait ainsi trahi les liens préférentiels et sacrés qui unissent les membres d'une même famille. De la même façon, si le peuple français constitue une authentique communauté, il s'apparente à une famille, laquelle implique des relations de préférence au bénéfice de ses membres. Ainsi, les gouvernants qui, en période de chômage généralisé, ne réservent pas en priorité les emplois aux membres de la communauté nationale sont-ils aussi indignes que le père qui délaissait son fils. Loin d'être une manifestation néfaste d'exclusion comme le prétendent les esprits faux de l'établissement, la préférence nationale s'impose donc comme une exigence morale, exigence qui doit se manifester concrètement dans la vie quotidienne des Français.

En refusant d'affirmer cette légitime préférence pour son prochain, l'établissement révèle à quel point la notion de communauté lui est devenue étrangère : il a perdu le sens de ses devoirs vis-à-vis de ses compatriotes.

Au plan doctrinal, même Rousseau avait compris que cette préférence est un sentiment naturel et légitime : «Voulons-nous que les peuples soient vertueux ? Commençons par leur faire aimer la patrie : mais comment l'aimeront-ils si la patrie n'est rien de plus pour eux que pour les étrangers et qu'elle ne leur accorde que ce qu'elle ne peut refuser à personne ?»

En période de chômage, n'est-il pas naturel de réserver en priorité les postes de travail disponibles aux membres de la communauté nationale ? D'ailleurs, la priorité d'emploi pour les Français avait été instituée dans notre pays par une loi votée en 1932 par les socialistes, à l'initiative de l'un des leurs, le député Salengro. Que faut-il en conclure ? Que les hommes de gauche d'alors, M Blum en tête, étaient xénophobes et racistes ou que les socialistes d'aujourd'hui ont, par passion xénophile, perdu le sens de la communauté et de la fraternité ?

Plus récemment, les rédacteurs du Traité de Rome eux-mêmes n'ont pas hésité à prendre en compte cette réalité fondamentale. C'est ainsi que l'acte constitutif de la CEE prévoit le principe de la préférence communautaire, pendant européen du principe de la préférence nationale à l'échelle de la France. Certes, ce principe n'a guère été respecté au cours de la dernière décennie, mais ce qui était naturel et fécond en 1958 ne le serait-il plus aujourd'hui ?

Il est donc nécessaire d'établir concrètement cette préférence nationale. Elle doit donc être inscrite dans la constitution et traduite concrètement dans les lois de la République. De ce point de vue, la préférence nationale doit concerner de nombreux domaines.

Dans le domaine civique, elle doit être réaffirmée avec force : seuls les nationaux peuvent jouir des droits civiques. Le droit de vote et d'éligibilité doivent leur être exclusivement réservés, quel que soit le niveau de l'élection. Il s'agit là d'un principe intangible que l'on ne peut étendre qu'aux ressortissants de l'Union européenne. Dans le domaine social, la préférence nationale doit être introduite avec audace et détermination. C'est en effet sur ce terrain que les Français souffrent concrètement du sentiment d'injustice et d'abandon, sentiment qui découle de l'absence de préférence à leur endroit. Aussi les citoyens doivent-ils devenir prioritaires dans l'attribution des logements HLM. Les prestations liées au FAS seront par ailleurs supprimées et les allocations familiales, le salaire parental, les aides sociales et le RMI réservés aux nationaux.

Les emplois disponibles leur seront proposés en priorité. De même qu'en cas de licenciement économique, les Français ne pourront éventuellement être licenciés qu'après les étrangers de même qualification. Pour assurer concrètement l'application effective de cette mesure, une taxe sera prélevée sur la masse salariale de la main-d'œuvre étrangère, incitant financièrement les entreprises à employer préférentiellement les Français ou les Européens. Nous proposons donc d'appliquer le principe de préférence nationale en matière d'embauche. C'est là l'une des applications concrètes les plus importantes et je voudrais m'y arrêter un moment. Dans un pays qui compte officiellement 3,2 millions de chômeurs, mais en réalité plus de 5 millions, dans un pays où près de la moitié de la population active est en voie d'exclusion et de marginalisation, dans un pays où les pauvres se multiplient alors que sont dévoilées de nombreuses affaires mêlant politiciens corrompus et patrons corrupteurs, dans ces circonstances tragiques, il est indispensable de réserver en priorité les emplois aux Français.

Ce principe est déjà mis en pratique dans d'autres pays. Je rappelle à ceux qui ont la mémoire courte que les pays qui, dans le cadre de la décolonisation, se sont séparés de la France, ont généralement exclu les Français. Or, personne et certainement pas les "belles consciences" n'a reproché à ces États une telle politique. Au contraire, il a été dit qu'il s'agissait là d'un acte de souveraineté et même de libération. Plus proche de nous, il y a quelques mois, le président russe Boris Eltsine a institué par décret la priorité nationale à l'embauche. Désormais, en Russie, les Russes sont prioritaires pour occuper les emplois vacants. En outre, les entreprises devront payer une taxe à l'État pour chaque travailleur étranger employé, taxe équivalente à quatre mois de salaire minimum. Tout étranger embauché en violation de cette nouvelle réglementation sera passible d'expulsion. Je n'ai pas entendu sur ce point les protestations des ligues de vertu. Alors ce qui est bon pour les Russes, ce qui est bon pour certains pays ne le serait pas pour les Français ?

Comme je l'ai rappelé, la France s'est déjà dotée d'une loi de ce type. C'est la loi du 10 août 1932 visant à diminuer, voire supprimer, la concurrence de la main-d'œuvre étrangère. À une époque de crise où le chômage devenait un fléau national, la priorité de l'ouvrier français sur l'ouvrier étranger a été établie sans que cela suscitât cris et lamentations. Le gouvernement d'alors adopta le système du contingentement pour chaque profession. Et la loi de 1932 fut complétée par toute une série de textes relatifs à certaines professions comme les bateliers, les médecins, les dentistes, les vétérinaires, les débitants de boissons, les architectes et certaines d'entre elles furent même exclusivement réservées aux Français. Cette règle de préférence est donc légitime: elle correspond à l'intérêt national. Elle répond à un impératif moral et elle résulte du principe de réciprocité avec les pays étrangers.

Dans le domaine économique, la préférence nationale doit également être introduite. Elle ne porte pas cette fois sur les hommes mais sur le travail. Aujourd'hui, du fait de l'ouverture inconsidérée des frontières, nos entreprises sont contraintes de se battre à armes égales et subissent de ce fait une concurrence sauvage qui les acculent souvent aux licenciements massifs quand ce n'est pas à la délocalisation ou à la faillite : là encore, les travailleurs français subissent les effets désastreux d'une préférence étrangère qui s'exerce à leur encontre et par laquelle le travail est délocalisé au-delà de nos frontières. Dans ce domaine, la préférence nationale passe par l'instauration d'une régulation des échanges commerciaux internationaux. Une régulation qui n'implique pas la suppression du commerce international mais vise seulement à rétablir la loyauté de la concurrence.

Cette préférence économique nationale suppose que les frontières soient rétablies sous la forme d'écluses douanières. Dans la pratique, ces écluses peuvent prendre des formes juridiques diverses, à définir de façon pragmatique en fonction des produits et des pays d'origine : prélèvements, droits de douane, taxes, contingentements. De même, la frontière où doit s'appliquer la protection peut être celle de la France ou de l'Union européenne. Pour ma part, je pense que les pays européens, ayant des structures de coût et des niveaux de développement très proches les uns des autres, peuvent parfaitement constituer un marché unique à condition d'être protégés des autres grands ensembles économiques internationaux. C'est la thèse, je le rappelle, du Prix Nobel d'économie, M. Maurice Allais.

Pourtant, cette caution ne semble pas suffisante. Car les penseurs officiels de l'établissement voient rouge dès que l'on évoque l'idée d'un minimun de protection. Bien curieuse réaction ! Faut-il qu'ils soient tombés moralement bien bas pour considérer comme néfaste le terme de protection. N'est-ce pas au contraire une obligation pour la mère de protéger son enfant, comme pour un gouvernement d'assurer la protection du peuple dont il a la charge et de la nation qu'il dirige ?

Quant à la frontière, sa notion même doit être réhabilitée. La frontière, loin d'être un facteur de guerre ou d'affrontement, est au contraire un puissant instrument de paix, de sécurité et de protection. Il n'est de bon voisinage que de bonnes clôtures, dit l'adage populaire. Il est vrai en effet que les frontières sûres et reconnues ont de tout temps favorisé la paix pendant que des frontières incertaines, contestées ou mouvantes ont entraîné la guerre. La frontière n'est d'ailleurs pas cette muraille infranchissable derrière laquelle on ne pourrait que s'enfermer dans la crainte ou dans la haine de l'étranger.

La frontière est comme une porte destinée à être ouverte aux amis et fermée aux importuns. En matière économique, la frontière doit fonctionner comme la membrane d'une cellule vivante : laisser passer ce qui est bénéfique à l'organisme, empêcher de pénétrer ce qui est néfaste. Nous devons donc maintenir et utiliser la frontière sans aucune réserve ni inquiétude. Il s'agit d'ailleurs simplement d'adopter la politique que mènent déjà le Japon et les États-Unis à leur propre profit. Ces derniers n'hésitent pas, en effet, à prôner le libre-échangisme chez les autres et à pratiquer le protectionnisme pour leur propre compte.

Le principe de préférence qui doit s'exprimer en matière économique par le rétablissement des frontières et l'instauration d'une régulation des échanges doit aussi être étendu au-delà de la communauté nationale aux autres communautés essentielles qui fondent notre identité et notre existence. C'est ainsi qu'il faut instaurer, ou plutôt rétablir, le principe de la préférence européenne ou communautaire dont j'ai parlé à l'instant, mais il importe également d'introduire le principe de la préférence familiale. La constitution de la IVe République prévoyait que «la nation assure à la famille les conditions de son développement». Le texte de 1958 semble ignorer totalement ce qui s'impose pourtant comme une obligation évidente. Il importe donc de redonner toute sa place à la cellule familiale en lui assurant une reconnaissance institutionnelle et en inscrivant le principe de la préférence familiale dans le texte de notre loi fondamentale.

La préférence familiale consiste à assurer juridiquement aux couples mariés un traitement fiscal et social systématiquement plus avantageux que celui dont jouissent ceux qui ne fondent pas de famille. Une priorité qui s'impose non pas pour des raisons morales, mais comme l'application d'une logique politique soucieuse de favoriser la famille et la natalité. Sans compter qu'elle répond aussi à un impératif de justice. Car, le mariage impliquant des devoirs auxquels doivent correspondre des droits, il est normal que ceux qui refusent les contraintes de l'union légale ne bénéficient pas des avantages qui s'y rattachent.

Ainsi le principe de préférence est-il un principe éminemment fécond qui doit s'imposer dans notre droit fondamental au bénéfice de la nation et des communautés qui la fondent. Il doit s'exercer dans tous les domaines concrets de la vie nationale, dans le domaine civique, comme en matière sociale et économique. Ce principe fonde l'existence même de la communauté nationale. Et alors qu'il était autrefois reconnu comme une vérité implicite mais évidente, il subit aujourd'hui les assauts de l'idéologie officielle au nom de la lutte contre les exclusions.

La sauvegarde juridique de ce principe apparaît donc essentielle et c'est la raison pour laquelle un changement constitutionnel est aujourd'hui une nécessité impérieuse. La constitution de la Ve République n'assure pas la sauvegarde de ce principe fondateur. En conséquence, la nation est aujourd'hui menacée de disparaître. Il est donc essentiel de modifier la constitution et de poser clairement le principe de préférence nationale et européenne comme principe fondateur de la norme juridique. Il pourrait être intégré à l'article 2 de la constitution et se démarquer de l'actuelle rédaction selon la formule suivante : «la France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité, devant la loi, de tous les citoyens. Elle applique le principe de la préférence nationale dans les relations entre citoyens et les étrangers. Elle respecte toutes les croyances.»
Imprimer cet article  


  Du pouvoir pour le pouvoir
  Immigration : pas de fatalité !
  Une stratégie pour la France
  La civilisation, le nouvel enjeu
  L’Europe première puissance
  Relever le défi de l'Islam
  Napoléon Bonaparte
  Science et culture
  Économie et nation
  L'anniversaire de Clovis
  Préférence européenne
  L'impératif de recherche
  Civilisation contre barbarie
  Indépendance et puissance
  Menaces en Méditerranée
  Le nouveau débat idéologique
  Enracinement et régions
  Le combat culturel
  De Gaulle aujourd'hui
  Droits et devoirs


   www.Bruno-Megret.com > Écrits > Conférences Remonter en haut de page