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Conférence, le 06/10/1990
Le nouveau débat idéologique.
La seconde guerre mondiale est-elle terminée ?


La seconde guerre mondiale est-elle terminée ? Je pense que les historiens dateront cet achèvement du 3 octobre 1990, date historique de la réunification allemande qui marque juridiquement la fin du statut provisoire imposé à l'Allemagne au lendemain de sa défaite.

Mais, au-delà de cet aspect juridique, il semble bien que la période actuelle soit celle d'une remise en cause radicale du système fondé au lendemain de la guerre. Il apparaît que ce second conflit mondial est en train de s'achever non seulement juridiquement mais aussi au plan géopolitique, idéologique, social et politique. Derrière l'agitation circonstancielle des querelles intérieures et au-delà des soubresauts que nous vivons actuellement dans le domaine international, notre pays et l'Europe tout entière sont en train de vivre une mutation de très grande envergure. Car c'est en réalité à la fin d'un monde que nous assistons et auquel nous participons. C'est, en effet, le monde hérité de l'après-guerre qui vacille sur ses bases et qui menace de s'écrouler.

Cela est vrai, et chacun le reconnaît, sur le plan géopolitique. La physionomie de l'Europe telle qu'elle avait été dessinée à Yalta et au lendemain de la guerre se trouve profondément bouleversée. Le partage du vieux continent en deux blocs n'a plus cours, le rideau de fer et le mur de la honte se sont effondrés et nous assistons à une recomposition de grande envergure de la carte géopolitique de l'Europe.

Celaest vrai également sur le plan idéologique. Le communisme qui, en tant que doctrine, avait dominé en positif pour les uns, en négatif pour les autres, le débat des idées depuis cinquante ans apparaît maintenant intellectuellement discrédité. Si les structures et les réseaux communistes survivent encore sur le plan idéologique, personne n'ose plus sérieusement se référer à la doctrine communiste. Et ceux qui s'y rattachent encore usent de stratagèmes, changent de nom et d'étiquette et avancent dorénavant masqués.

Cela est vrai aussi sur le plan politique. La classe politique actuelle, celle qui résulte, en filiation directe, de l'après-guerre, est profondément malade. N'est-il pas significatif que les deux partis les plus puissants ayant marqué durablement l'après-guerre, le parti communiste et le mouvement gaulliste soient précisément ceux qui ont connu les reculs les plus spectaculaires ? Il est significatif également, que ces deux courants tout comme le courant socialiste aient, volontairement ou non, procédé à un changement radical de doctrine. Le PC abandonnant les thèses les plus caricaturales de la théorie marxiste comme la dictature du prolétariat, le PS renonçant à la rupture avec le capitalisme et le RPR modifiant sa position quant à l'indépendance nationale et à l'Europe.

Cela est encore vrai sur le plan social. Les cinq grands syndicats qui tirent leur prétendue représentativité d'un monopole hérité de la guerre ont perdu leur représentativité. Leurs adhérents les quittant ou retournant vers les coordinations sauvages, ils ne parviennent plus à mobiliser.

Cet effondrement d'un monde se constate donc plus globalement encore à travers la crise de légitimité que connaît actuellement l'ensemble de l'établissement. Crise de légitimité qui touche à la fois les partis politiques parlementaires, les syndicats, l'administration et même des institutions aussi fondamentales que la justice (songez à la grève des magistrats) et l'enseignement (songez à la crise de recrutement des maîtres).

Gageons que c'est alors l'ensemble du système de pouvoir construit au lendemain de la guerre qui est actuellement malade. Et ma conviction est qu'il se verra progressivement ou brutalement destitué de ses prérogatives, de ses convictions idéologiques et de ses instruments de domination.

Est-ce vraiment un hasard si les tenants de cet établissement malade, sentant sourdement le pouvoir leur échapper, parlent autant de la seconde guerre mondiale ? Là se trouve l'explication du paradoxe étonnant selon lequel le discours sur le dernier conflit mondial prend d'autant plus d'ampleur que l'on s'éloigne de la date de son achèvement militaire.

Il ne s'agit pas en effet pour l'oligarchie au pouvoir de maintenir la "mémoire" comme elle le prétend, il s'agit pour elle, en un simulacre désespéré, de tenter de faire revivre les fondements de son pouvoir et de sa légitimité. Au moment où celle-ci s'estompe dans l'esprit des Français, elle cherche à faire survivre par le verbe une réalité vieille maintenant d'un demi-siècle, une réalité qui a fondé ses prérogatives et son pouvoir.

Certains pourtant refusent de voir cette réalité et font de l'évolution de la situation une analyse très différente. Selon eux, l'effondrement de la doctrine marxiste, l'effacement des antagonismes Est-Ouest, le consensus de plus en plus fréquent entre l'UPF et le PS ne traduiraient pas le passage d'un système à un autre mais plus simplement la fin des idéologies, certains parlant même de la fin de l'histoire. Nous serions en train d'accéder à une nouvelle étape de l'évolution humaine, à un degré de maturité supérieure des sociétés qui déboucherait sur la fin des antagonismes et des conflits.

Rien n'est plus faux. Les idéologies n'ont pas disparu, elles sont seulement en mutation et nous assistons actuellement à la gestation d'une idéologie de substitution à l'idéologie marxiste et que j'appellerai la nouvelle idéologie socialiste.

Sans doute n'est-elle pas évidente aux yeux de tous car elle a ceci de particulier qu'elle avance masquée. Elle ne cherche pas à s'affirmer par l'affrontement, elle vise le consensus. Son originalité consiste à refuser tout ce qui a trait au doctrinal. Elle s'entoure de flou et se veut simple référence à des faits qu'elle juge incontestables. Elle semble ne se préoccuper que de bons sentiments. Malgré les dénégations de ses promoteurs, il s'agit bien toutefois d'une idéologie, d'une «soft-idéologie» selon François-Bernard Huygues, d'ailleurs d'autant plus pernicieuse qu'elle travestit ses présupposés en fausses évidences.

Curieux retournement de situation : ceux qui affirmaient, il y a encore dix ans, que rien n'est neutre, prétendent aujourd'hui prononcer un discours dépourvu de toute portée dogmatique. Rappelons-nous, hier ils n'hésitaient pas à dénoncer l'économie, la culture, la justice, la science ou l'enseignement comme des vecteurs insidieux de l'idéologie "bourgeoise" dominante. "D'où parles-tu ?", tel était le critère discriminant. "Si tu es partie prenante du système consciemment ou non, tu distilles son discours", et chacun de flétrir les présupposés et les arrière-plans doctrinaux de tout propos prétendument neutre et apolitique.

N'est-on pas aujourd'hui dans une position rigoureusement symétrique ? Et n'est-ce pas au fond parce que l'établissement est désormais totalement contrôlé par la gauche que celle-ci présente ses positions et ses options comme naturelles et normales ? Si l'enseignement n'est plus l'instrument honni de la reproduction sociale, c'est qu'il est devenu le serviteur zélé de la nouvelle idéologie socialiste. Si les tribunaux n'appliquent plus une justice de classe, c'est qu'une large proportion des juges appartient désormais au syndicat de la magistrature proche de la gauche et que la loi comme la jurisprudence facilitent les menées idéologiques de la gauche. Si le patronat, la bourse et le monde de l'argent n'apparaissent plus comme les ennemis vilipendés, expression abhorrée du grand capital, c'est qu'ils sont aux yeux des socialistes des compagnons de route sur la voie du mondialisme. Et si la publicité n'est plus dénoncée comme un instrument d'aliénation et de consommation, c'est qu'elle sert à préparer les esprits au mondialisme à coups d'images comme celles de United Colors of Benetton.

Les gauchistes de Mai-68 avaient raison : rien n'est neutre ! Aujourd'hui détenteurs du pouvoir et auteurs du discours dominant, ils voudraient nous faire croire le contraire. Les idéologies ne meurent pas, elles se transforment et c'est à cette mutation fondamentale de l'idéologie de gauche que nous assistons actuellement.

Pour en prendre conscience, replaçons-nous près de dix ans en arrière : 1981, le parti socialiste arrive au pouvoir. Souvenons-nous du ministère Mauroy : les communistes au gouvernement, la rupture avec le capitalisme, les nationalisations massives, l'augmentation du nombre des fonctionnaires, l'accroissement des dépenses publiques, la remise en cause de l'école privée. Un tableau digne de 1936.

Depuis lors, le PS a parcouru un long chemin. Les socialistes ont abandonné leur discours de rupture, le "peuple de gauche" a cédé la place à la "France unie", le gouvernement a pris en compte les réalités économiques et budgétaires. Les ministres socialistes parlent de réduction du poids de l'État et de baisse des impôts. L'heure est au socialisme réaliste et pragmatique, la "culture de gouvernement" a succédé à la "culture d'opposition". La gauche s'est rapprochée de la droite, nous dit-on. Les uns et les autres deviennent sociaux-démocrates. Et les observateurs de se réjouir : la vie politique française serait désormais "adulte" et responsable. On en aurait fini avec les conflits. Les idéologies seraient mortes.

Rien n'est plus faux ! Car le socialisme n'est pas à l'agonie. Seule sa forme archaïque est en train de disparaître, mais à sa place prend corps une forme rénovée plus contemporaine et plus sommaire.

En même temps que s'estompaient les schémas socialistes hérités d'un autre siècle, apparaissaient les thèmes nouveaux qui constituent aujourd'hui la charpente de l'actuel discours idéologique de la gauche : le refus des exclusions, la lutte antiraciste et surtout les droits de l'homme. «Le gouvernement français est le gouvernement des droits de l'homme», annonce Jack Lang dès 1981 donnant ainsi le coup d'envoi d'une formidable mutation idéologique de la gauche. Jusqu'alors maintenus au rang de simples principes généraux du droit et de fondements juridiques de nos institutions, les droits de l'homme sont devenus en quelques années le thème dominant du discours politique et même, on peut le dire, une de ses rengaines préférées.

Comme toujours, François Mitterrand donne le ton en affirmant : «Les droits de l'homme restent une idée dont la France doit être inlassablement le champion.» Et Rocard de suivre la consigne avec son style gestionnaire : «La liberté et les droits de l'homme sont d'admirables produits d'exportation.» Quant au RPR et à l'UDF, ils se rallient à la nouvelle mode. Jacques Chirac lançait ainsi à l'adresse du socialiste Claude Estier : «J'imagine que vous avez, comme moi, une idée des droits de l'homme et que cette idée n'est probablement pas très différente de la mienne?» Claude Malhuret, promu secrétaire d'État aux Droits de l'homme affirmera même dès 1986 : «Nous défendrons mieux les droits de l'homme que la gauche.»

Très vite d'ailleurs, l'obsession des droits de l'homme dépasse la seule classe politicienne pour s'emparer de l'établissement tout entier, c'est-à-dire des syndicats, de la bureaucratie et surtout des médias et des lobbies. Les autorités prétendument morales deviennent ses propagandistes zélés. C'est ainsi que Maître Jouffa n'hésite pas à proclamer : «Les droits de l'homme ont la fonction de droit du droit.» Progressivement, ceux-ci sont mis à toutes les sauces : «Seule la mise en œuvre des droits de l'homme peut mettre un terme à la misère» annoncera le père Wresinski et Mme Héritier-Augé, présidente du Conseil national du sida, déclarera : «Le sida soulève le problème essentiel des droits de l'homme.»

D'où le commentaire en forme de litote de François Ewald, proche de feu Michel Foucault : «Il y a une espèce de boursouflure des droits de l'homme qui prend toute la place.»

Hier, il était question de problèmes économiques et sociaux, aujourd'hui, les thèmes dominants portent sur les questions de société et la nouvelle idéologie socialiste avec les droits de l'homme se tourne délibérément vers la morale.

Curieuse démarche de prime abord car les droits de l'homme et du citoyen, tels qu'ils sont exprimés dans la Déclaration de 1789, affirment des libertés fondamentales que personne ne conteste. Formalisation des principes issus de notre lointaine tradition, ces libertés sont au demeurant présentes dans notre droit et dans notre vie nationale depuis de très nombreuses décennies.

Mais alors pourquoi les socialistes se sont-ils emparés de ce thème que personne ne met en cause, pourquoi font-ils semblant de vouloir rendre possible ce qui existe déjà ? Pourquoi veulent-ils défendre ce que personne n'attaque ?

Voilà bien tout le problème. La nouvelle idéologie socialiste utilise ce thème comme une vitrine derrière laquelle la gauche dissimule ses véritables objectifs. Faust n'est pas loin... Il s'agit bien ici d'un maquillage de scène qui permet aux vieux acteurs socialistes de paraître sous les traits de jeunes premiers. Pour parvenir à ce résultat, les héritiers de Jaurès et de Blum recourent à de nombreux artifices.

Ainsi, une lecture sélective de la Déclaration de 1789 permettra de ne retenir que les "droits" qui correspondent aux valeurs socialistes. L'article 2 de la Déclaration énonce que «les droits naturels et imprescriptibles de l'homme sont la liberté, la propriété, la sûreté, la résistance à l'oppression». La relecture "droit-de-l'hommiste" a oublié que propriété et sûreté sont deux droits fondamentaux.

Plus grave encore, le juste et nécessaire équilibre entre les hommes et les communautés auxquelles ils appartiennent est rompu. Le droit des individus est exalté pendant que le droit des groupes humains sans lequel ils ne pourraient vivre est totalement occulté.

Et, à présent, cette machine de guerre idéologique est encore renforcée par le thème de prédilection de la phraséologie néo-socialiste : le refus des exclusions. Présenté comme l'alpha et l'oméga de la lutte pour les droits de l'homme, ce slogan est un outil d'une redoutable efficacité destructrice.

Toute construction humaine, toute civilisation est fondée sur des groupes, des communautés, des normes, des règles et des institutions qui impliquent une différence, une limite... une exclusion. Le mot est lancé, mais que définit-il en somme, si ce n'est la frontière ? La frontière qui existe entre ceux qui observent les règles et ceux qui les transgressent, entre ceux qui procèdent d'une institution et les autres. Récuser ces limites, ces frontières au nom d'un absurde refus des exclusions, c'est nier la famille, la nation, c'est vouloir les détruire.

Et tel est bien l'objectif implicite du discours néo-socialiste sur les droits de l'homme car, parmi les prétendues exclusions qu'ils entendent combattre, les socialistes donnent la priorité à celle qui serait fondée sur la race. Et, avec ce thème, on touche du doigt la nature réelle de la nouvelle idéologie socialiste : le mondialisme, c'est-à-dire, la lutte contre les différences, contre les identités, l'exaltation du brassage, du métissage, du melting pot et du déracinement culturel et ethnique.

Cette mutation idéologique du socialisme qui, n'en doutons pas, a largement contaminé l'établissement au pouvoir bien au-delà des seuls membres du PS, détermine aujourd'hui le débat idéologique et donc politique dans notre pays.

Cette idéologie mondialiste assure en effet deux fonctions essentielles : suppléer à la légitimité populaire défaillante et discréditer l'adversaire.

Or, l'oligarchie au pouvoir, n'a plus, en termes démocratiques, le soutien manifeste et évident du peuple français. La montée du courant national, l'abstention massive aux élections, l'attitude de rejet qui s'exprime au travers du mouvement écologiste, le désintérêt croissant des Français à l'égard de la chose publique ont une signification unique : l'établissement et son idéologie sont de plus en plus coupés de la population.

Consciente de ce phénomène, l'oligarchie tire des conséquences inquiétantes. «Si le peuple ne nous soutient plus, c'est qu'il a tort.» Telle est la pensée profonde de l'établissement que M. Benhamou, directeur de la revue Globe, exprimait d'ailleurs sans détour au lendemain des présidentielles dont les résultats ne l'avaient pas satisfait : «Nous ne partageons pas cette démocratie purement arithmétique.» En d'autres termes, nous refusons la volonté populaire quand elle va contre nos convictions et nos intérêts.

L'établissement se trouve donc confronté à une difficulté majeure : comment se maintenir au pouvoir sans être l'expression de l'opinion majoritaire des Français ? La solution, les régimes autoritaires l'ont trouvée depuis longtemps. Elle consiste à inventer à son profit une autre légitimité que celle tirée du peuple. C'est à cette démarche que se sont attelés les penseurs de l'oligarchie. Par un tour de passe-passe idéologique, ils ont cherché à masquer le principe de la souveraineté populaire par la proclamation incantatoire des droits de l'homme.

Ainsi, la légitimité ne vient plus de la volonté des citoyens, elle découle directement de ces droits érigés pour la circonstance en une forme quasi religieuse de vérité révélée. Dès lors, une action de gouvernement pour être justifiée n'a plus besoin d'être voulue par une majorité de Français. Il lui suffit d'être conforme aux droits de l'homme. Voilà pourquoi la réforme du Code de la nationalité, bien que voulue par les électeurs, n'a pu être menée à bien : une commission de sages l'a jugée irrecevable au regard du dogme.

Sur la Cinq, M. Rapapport, président du MRAP, peut déclarer quant à lui : «la loi Pasqua sur l'immigration est contraire aux droits de l'homme.» Bien que le Conseil constitutionnel ait statué sur sa validité au regard des droits fondamentaux de notre constitution, le porte-parole du MRAP substitue à cette légalité une légitimité fondée sur l'idéologie officielle. Dangereux glissement de la démocratie vers les principes fondateurs des idéologies totalitaires. Quand une idéologie s'impose au peuple, les libertés publiques s'éteignent et commence l'ère de l'arbitraire et de la dictature de quelques-uns sur la majorité. Orwell n'est pas loin...

Le premier objectif se trouve néanmoins atteint, l'établissement disposent d'une légitimité qu'il substitue à celle tirée du peuple. Mais l'outil des droits de l'homme est aussi pour les socialistes un instrument d'exclusion à l'encontre de leurs adversaires. Si aujourd'hui derrière ces droits se profile une idéologie mondialiste et si l'expression la plus achevée des droits de l'homme est le refus des exclusions, et principalement des exclusions de type racial, alors, tout naturellement, l'ennemi désigné est le raciste.

Il est même beaucoup plus qu'un simple ennemi politique, il est la représentation mythique du mal. Autrefois, c'était l'aristocrate, puis le bourgeois ou le capitaliste. Aujourd'hui, c'est le raciste.

Naturellement, dans ce schéma le raciste n'est pas celui qui prône la théorie de la supériorité d'une race sur une autre selon la définition du dictionnaire, ni même celui qui manifeste de la violence ou de la haine raciale, c'est beaucoup plus globalement celui qui entend défendre son identité et combattre les menées mondialistes. Ce qui fait dire à Claude Lévi-Strauss dans le Regard éloigné : «Rien ne compromet davantage, n'affaiblit de l'intérieur et n'affadit la lutte contre le racisme que cette façon de mettre le terme, si j'ose dire, à toutes les sauces, en confondant une théorie fausse mais explicite, avec des attitudes communes dont il serait illusoire d'imaginer que l'humanité puisse un jour s'affranchir, ni même qu'il faille le souhaiter.»

Ainsi, par ce schéma quasi religieux, l'adversaire du pouvoir n'est plus un ennemi, mais l'incarnation du mal, non pas au sens politique, ni même au sens moral, au sens mythique et mystique du terme : c'est le malin, le démon, le diable. Le devoir de chacun est de le dénoncer, comme jadis l'on désignait les sorcières à l'inquisiteur. Et les possédés ne peuvent connaître qu'un seul sort : le bûcher où ils seront brûlés, dans une magnifique flambée médiatique de formules incantatoires et expiatoires.

Tous sont invités à fustiger le démon. Refuser de le dénoncer serait devenir son complice et courir le risque d'un châtiment identique. Aussi, lorsque les grands prêtres médiatiques viennent recueillir du haut de leurs micros les formules rituelles de condamnation, personne n'ose se dérober. Et pendant que les reporters rapportent à leur station de quoi alimenter le bûcher télévisuel, chacun de se demander avec inquiétude : «En ai-je fait assez ?»

Dans ce processus, rien de raisonnable. Nous ne sommes plus dans l'ordre du combat politique, mais dans celui de la terreur religieuse. Et le débat n'est plus possible car il n'est pas question d'argumenter avec le diable.

La théocratie humanitaire et droits-de-l'hommiste ne tolère pas les opinions contraires à son dogme. Tout ce qui est défense des identités se trouve donc, peu ou prou, qualifié de xénophobe ou de raciste et donc associé au mal. Ainsi ne peut-on plus contester la doctrine officielle et mettre en cause les fondements de la nouvelle religion. Le régime a mis en place un arsenal judiciaire et pénal pour faire condamner ceux qui oseraient blasphémer de la sorte.

Par le biais de la loi de 1972, le délit d'opinion a été rétabli dans notre pays. Au nom des droits de l'homme, la liberté d'expression est réduite, selon un vieux schéma bien connu des théoriciens du totalitarisme : pas de liberté pour les ennemis de la liberté.

Ainsi le décor est-il planté. L'idéologie dominante a pris la forme d'une pensée magique et, au nom d'un dogme révélé, elle entend s'imposer au peuple et rejeter tous ceux qui la contestent. Pour parfaire le tableau, observons que cette entreprise de caractère théocratique s'affuble de tous les attributs d'un tel régime, à l'image en somme de ce que pratiquent certains pays musulmans, tel que l'Iran des imams.

Désormais, il n'y a plus de distinction entre le temporel et le spirituel. L'école publique devient l'instrument de ces nouveaux imams qui y distillent leur catéchisme. On y apprend, comme dans le manuel d'éducation civique de 3e des éditions Nathan que «les religions comme le christianisme, l'islam et aujourd'hui l'idéal des droits de l'homme ont imaginé l'existence de cette communauté mondiale unie». Les droits de l'homme hissés dans l'école publique au rang de la religion chrétienne, on croit rêver...

Cette quasi-religion n'a pas seulement son catéchisme, elle a aussi ses grands messes que M. Mitterrand préside régulièrement sur le parvis du Trocadéro (rebaptisé pour la cause parvis des droits de l'homme) ou ailleurs. Elle a aussi ses grandes processions comme celle de M. Goude, le soir du 14 juillet 1989. Rappelez-vous ! Pour clôturer la fête du bicentenaire, Jean-Paul Goude, le héros et l'organisateur de la soirée, imposa aux Français et aux téléspectateurs du monde entier un hymne délirant au mondialisme. Tout y passa : le métissage des cultures par le biais d'une saynète où le Lac des cygnes était interprété par des danseuses africaines au son des tam-tam, le déracinement volontairement orchestré par le recours à une majorité de figurant noirs, le mélange des peuples essentiellement issus du tiers monde, reléguant les Français en début de spectacle sous l'apparence d'êtres anonymes vêtus de noir, marchant comme des zombies au son des tambours, le tout baignant dans une musique cacophonique où se confondaient mélopées exotiques et comptines enfantines afin de créer, par le mélange des mélodies et des rythmes, l'expression sonore de cet hommage officiel au mondialisme triomphant.

Ajoutons que la nouvelle religion a également son clergé. Nous le connaissons bien, il est composé des tenants du lobby de l'immigration, des ligues et autres autorités morales. Le MRAP, la Ligue des droits de l'homme, la LICRA, SOS-Racisme et tant d'autres. Toutes ces organisations ont aujourd'hui dans notre pays une autorité et une légitimité que rien normalement ne devrait justifier. Elles ne représentent aucune catégorie de la population, leurs effectifs sont peu nombreux et elles n'ont aucun mandat électoral. Si elles occupent une place aussi importante dans notre société, répétons-le, c'est justement parce qu'elles constituent le clergé des droits de l'homme et qu'elles sont donc investies d'une légitimité et d'une autorité quasi-religieuse. Ce sont elles qui énoncent la doctrine, qui interprètent le dogme et prononcent les condamnations et les anathèmes.

Il en est même certains qui, à l'instar des Frères musulmans, partent comme des missionnaires, tel Malhuret ou Kouchner, car la nouvelle religion a une porté universelle. Elle doit s'étendre de par le monde sans se préoccuper des civilisations et des frontières : «le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États, prévient Claude Malhuret, s'efface de plus en plus devant l'universalité des droits de l'homme.»

Ainsi sommes-nous bien en présence d'une forme dissimulée de théocratie à l'iranienne avec son dogme, l'idéologie cosmopolite, son diable, les racistes, ses imams, les autorités morales, mais aussi ses persécutions, ses processions, sa charia, ses prêcheurs confondant le temporel et le spirituel et imposant à tous sa loi au mépris de la volonté du peuple, des principes de la démocratie et de la tradition chrétienne de l'Europe.

La nouvelle idéologie socialiste, camouflée derrière les droits de l'homme, est sortie du domaine politique pour pénétrer l'ordre de la morale ou plutôt de la religion. Elle prétend s'imposer comme une vérité révélée au-dessus des hommes et de leurs lois, alors qu'elle est issue de l'esprit de politiciens désireux de se refaire une virginité : le socialisme marxisant s'est mué en socialisme mondialiste.

Malheureusement pour les sectateurs de cette idéologie, les droits de l'homme ne sont pas une religion, pas plus que ne l'était la déesse Raison chère aux révolutionnaires et vouloir traiter les droits de l'homme comme une religion, c'est sombrer dans l'obscurantisme et s'adonner à la fin du XXe siècle à une pensée magique et sectaire avec son intolérance et ses persécutions.

Cette nouvelle idéologie socialiste n'est cependant pas simplement destinée à assurer la survie d'un parti politique. En réalité, elle correspond à un basculement idéologique de très grande ampleur.

À chaque époque, je crois, une question centrale vient dominer le débat politique et ordonner le champ des forces. C'est en fonction d'elle que se déterminent les électeurs et que se positionnent les partis politiques.

Pendant longtemps, cette question a été celle de l'organisation économique et sociale du pays : d'un côté les tenants d'un socialisme plus ou moins teinté de marxisme, prônant la rupture avec le capitalisme, de l'autre les partisans d'un système plus ou moins libéral, faisant une large part au capitalisme. Et, pendant longtemps, le schéma était clair : d'un côté le PS et le PC, de l'autre le RPR et l'UDF.

Aujourd'hui, il apparaît, avec la faillite du marxisme et la mue idéologique du PS, que ce clivage n'est plus essentiel, les deux pôles s'étant rapprochés au point de constituer une nébuleuse socialo-libérale ou libéralo-sociale.

Aujourd'hui, le véritable clivage se situe ailleurs, il porte sur la question nationale. D'un côté, les tenants d'une société mondialiste ouverte aux immigrés du tiers monde qui doit s'ouvrir à une Europe elle-même ouverte sur le monde. De l'autre, les partisans de la nation et d'un avenir fidèle à nos valeurs et donc enraciné dans notre identité. Au couple marxisme contre capitalisme a donc succédé un couple mondialisme contre patriotisme.

Et il est d'ailleurs significatif que le mondialisme fonctionne bel et bien aujourd'hui comme une sous-idéologie de substitution au marxisme, construite selon un modèle utopique similaire. Dans les deux cas, il s'agit d'une marche inéluctable du monde vers son unité et le bonheur de l'humanité. On nous parlait autrefois de la société sans classe, on nous parle aujourd'hui de la société sans nation, sans frontière, sans race. Ce n'est plus le capitaliste qui exploite mais le raciste qui cause le mal. On ne chemine plus vers le paradis rouge mais vers le paradis multicolore produit du melting pot planétaire.

Je noterai alors, au passage, que cette mutation idéologique explique les bouleversements politiques que nous connaissons aujourd'hui. Elle explique pourquoi le PS connaît des débats internes violents. Certains, comme Mauroy, restent attachés à la forme ancienne du socialisme, principalement étatiste, alors que d'autres, comme Dray, se font les chantres du socialisme mondialiste. L'affaire du tchador a l'école a été très révélatrice de ce clivage : contre le tchador, les étatistes, pour le tchador, les mondialistes.

Cette évolution explique également les difficultés du RPR et de l'UDF. Celles-ci viennent du fait que la droite institutionnelle ne s'est pas clairement positionnée entre le mondialisme et le patriotisme, certains de ses leaders embrassant les thèses mondialistes alors que leur électorat adhère aux thèses identitaires de droite. Le R.P.R. et l'UDF se sont laissés prendre en tenaille. Alors qu'ils constituaient naguère, sur la question économique et sociale l'un des deux termes de l'alternative, s'agissant de la question nationale, ils n'incarnent plus aujourd'hui aucune des deux options.

Enfin, cette mutation explique les forts taux d'abstention que l'on observe aux élections et plus globalement le relatif désintérêt de l'électorat à l'égard de la chose politique. Cela n'est pas étonnant : nous sommes dans une phase de transition. Beaucoup ont donc bien compris que l'ancien clivage économique et social n'était plus déterminant, mais ils ne sont pas encore assez nombreux à avoir saisi qu'un nouveau débat essentiel devait être tranché entre mondialisme et patriotisme. Ils l'ont d'autant moins compris qu'on cherche pour l'instant à camoufler ce débat politique et idéologique derrière un prétendu combat entre le bien et le mal, c'est-à-dire entre les droits de l'homme et le racisme. En l'absence de clivage clair, ils préfèrent s'abstenir.

Lorsque la réalité de ce nouvel axe idéologique apparaîtra clairement aux yeux de tous, gageons qu'alors des mutations politiques de grande envergure surviendront. Car cette mutation idéologique qui marque, cinquante ans après la victoire de 45, la fin de la deuxième guerre mondiale, est d'une ampleur qui dépasse largement le seul contexte français.

Les évolutions géopolitiques auxquelles nous assistons aujourd'hui s'inscrivent dans cette même perspective. Car, sans doute, connaissons-nous actuellement une phase de transition entre deux périodes longues de l'histoire du monde. Nous sortons d'une ère marquée par l'affrontement entre l'Est et l'Ouest, entre l'idéologie marxiste et le système libéral et démocratique.

Vers quoi nous dirigeons-nous maintenant ? Vers la fin des conflits ? Vers la paix universelle ? Hélas, elle n'est pas de ce monde et ceux qui le croient se trompent lourdement.

Du point de vue de l'Europe, un nouvel antagonisme est en train de se dessiner car à l'avenir la menace principale ne viendra peut-être plus de l'Est, mais plutôt du Sud. L'impérialisme à redouter ne sera peut-être plus celui de la foi communiste mais celui de la foi islamique. Le danger ne sera plus celui d'une invasion militaire brutale, mais d'une pénétration migratoire apparemment pacifique.

Cette mutation géopolitique de grande envergure fait le pendant de la mutation politique que nous connaissons en France au plan interne. L'enjeu des affrontements n'est plus celui qui oppose des systèmes économiques. L'enjeu est de plus en plus lié à l'identité des peuples et il est significatif que le moteur de la libération des pays de l'Est soit autant, sinon davantage, le réveil du sentiment national que la contestation du système marxiste.

La crise du Golfe, quelle qu'en soit l'issue, marquera, je crois, d'une pierre blanche cette évolution des relations internationales. Aujourd'hui, certains semblent y voir les prémices d'un nouvel ordre mondial, pour reprendre les termes de M. Bush. Nous serions en train de sortir de «l'ère archaïque de la loi de la jungle» pour inaugurer une période où régnerait enfin le "droit". Le droit international serait dorénavant imposé par la communauté internationale à chacun de ses membres par le truchement de l'Onu promue pour la circonstance "gouvernement mondial".

On sait ce qu'il faut penser du droit international ou plutôt de l'utilisation que l'on en fait. Jusqu'à ce jour, le droit international a fonctionné plus comme un argument diplomatique utilisé par les protagonistes engagés dans un rapport de force que comme une loi que l'on impose à tous.

En réalité, l'évolution que traduit la crise du Golfe est d'une tout autre nature. Elle s'inscrit dans la logique que nous venons de voir qui tend à substituer aux antagonismes de type marxiste des antagonismes de type identitaire, nationaux ou religieux. Je m'explique : jusqu'à présent, les conflits inter-étatiques étaient très largement gelés par le partage du monde entre les deux puissances américaine et soviétique. Les conflits se manifestaient sous une autre forme, celle de guerres subversives animées souvent en sous-main par l'un ou l'autre des "deux grands".

Aujourd'hui, les deux puissances tutélaires sont sur le déclin. On le constate pour l'URSS, mais c'est vrai aussi des USA qui, malgré leur spectaculaire déploiement de forces, semblent finalement mal assurés politiquement et même militairement pour assujettir l'Irak qui ne compte pourtant que 18 millions d'habitants.

On peut donc penser que les conflits qui vont survenir dans le monde au cours des années à venir ne seront plus principalement des conflits internes de caractère subversif mais des conflits inter-étatiques mettant aux prises des nations ou des peuples antagonistes.

Et sans doute, l'invasion du Koweït par l'Irak est-elle le premier de ces conflits de type "national" qui inaugurent l'ère nouvelle dans laquelle nous entrons.

La vigueur étonnante de la riposte américaine s'interprète donc également comme une formidable tentative pour empêcher cette évolution. L'affirmation mainte fois répétée qu'il faut geler définitivement toutes les frontières dans le monde est à cet égard très significative. Mais, s'inscrivant à contre courant des lignes de force du monde de demain, pareille volonté ne peut qu'être vouée à l'échec. La crise irakienne n'est pas l'occasion d'instaurer le règne du droit international sous la responsabilité d'un gouvernement mondial, elle annonce au contraire le retour des antagonismes nationaux.

Cette évolution n'est ni bonne ni mauvaise en soi et nous n'avons pas plus à la déplorer qu'à nous en réjouir. Elle est simplement une donnée dont il nous faut tenir compte.

Telles sont les nouvelles lignes de force du débat idéologique. Le monde issu de la seconde guerre mondiale est en train de vaciller sur ses bases. Le système de pouvoir qui a prévalu jusqu'à présent est en train de céder la place à un nouveau système.

Au plan géopolitique, l'affrontement Est-Ouest, communisme contre capitalisme, va s'estomper devant la montée des antagonismes Nord-Sud, civilisation contre civilisation.

Au plan doctrinal, le débat marxisme contre libéralisme va passer au second plan derrière le débat mondialisme contre patriotisme.

Au plan politique, l'ancienne organisation PS-PC contre RPR-UDF va déboucher sur une nouvelle donne.

La période de mutation qui s'ouvre s'accompagne d'un conflit de légitimité. D'un côté, celle née de la seconde guerre mondiale maintenant sans fondement car déconnectée de la population mais habillée de neuf par la référence incantatoire aux droits de l'homme. De l'autre, la légitimité issue du peuple qui doit pouvoir retrouver les voies de son expression politique.

Ces nouvelles lignes de force du débat idéologique nous font sortir d'un monde figé et largement déterminé. Parce que nous entrons dans un nouveau système, l'avenir s'ouvre. Ce n'est donc pas la fin du politique que nous allons vivre mais au contraire le retour de l'histoire ! Un retour où nous jouons gros puisque, avec l'enjeu identitaire, c'est notre existence de peuple et de nation qui est en cause.
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