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Conférence, le 12/02/2005
L’Europe première puissance
Intervention au colloque
«L’Europe, première puissance ?»


L’Europe est devenue un sujet d'actualité permanent, l'objet de controverses incessantes, un enjeu politique récurrent. L'Europe occupe régulièrement le devant de la scène médiatique et donne lieu à des débats d’envergures. L'Europe s'insinue partout et se mêle de tout. On la trouve sur les étiquettes des produits qui nous sont vendus, dans les règlements qui nous sont imposés, sur les plaques minéralogiques des voitures dans lesquelles nous roulons et sur les passeports avec lesquels nous voyageons. L’Europe est omniprésente dans notre vie quotidienne. Tout le monde en parle. Tout le monde s'y réfère. Elle fait partie des credo du politiquement correct et des dogmes de la pensée unique. L'Europe oui ! Mais qu'est-ce que l'Europe ?

Car dans le même temps, l’Europe est aussi la notion la plus ambiguë et la plus trompeuse qui soit. Que désigne-t-on lorsque l'on parle aujourd'hui d'Europe ? Quand on écoute les médias, ou quand on lit les journaux, l'Europe désigne cette construction juridique abstraite et complexe qui siège à Bruxelles, qui se trouve dirigée par une commission anonyme et dont on ne discerne pas bien ni les buts ni les pouvoirs ni le mode de fonctionnement.

Quand on l'observe à travers les lunettes de sa profession, ou de son activité sociale, l’Europe est cette structure mal identifiée qui vient imposer sans cesse de nouvelles règles, de nouvelles normes et qui exige des adaptations toujours plus contraignantes, source de profonds traumatismes et de graves préjudices.

L’Europe, c'est aussi, nous dit-on, ce qui doit venir remplacer la France, Italie où l'Allemagne. C'est au nom de cette Europe que les nations sont devenues, paraît-il, ringardes et qu'il faudrait s’ouvrir, détruire les frontières et abandonner nos anciennes attaches.

Pourtant, lorsque l'on parle de tout cela, est-ce bien de l'Europe dont on parle ? L’Europe n'est-elle pas tout autre chose ? L'Europe en effet n'est pas une réalité nouvelle. Elle n'est pas née avec le traité de Rome. L'Europe existe depuis l'effondrement de l'empire romain et constitue ce foyer de civilisation qui s'est peu à peu imposé sur ce petit cap d’Asie qu’est le continent européen. L’Europe est une réalité immémoriale dont les origines remontent loin dans le temps. L’Europe est cette grande famille de peuples qui tour à tour ont dominé le monde, qui l’ont ensemencé de leurs découvertes, de leur culture, de leur art, de leurs ambitions et de leurs rêves. L'Europe au fond c'est ce que nous sommes. Ou plutôt ce que nos ancêtres ont été, ce qu'ils ont entrepris, ce qu'ils ont accompli et qui a donné corps à cette extraordinaire civilisation qui est la nôtre.

Alors quand on parle de l'Europe. De quoi parle-t-on ? De l’Europe des technocrates de Bruxelles qui concoctent des règlements aussi tatillons que des actes de notaire ou de celle de Shakespeare de Molière, de Goethe, de Rubens ou de Victor Hugo ? Quand on se prétend pro-européen doit-on approuver la construction juridico bureaucratique de la commission bruxelloise ? Et quand on est stigmatisé comme anti-européen, est-on censé renier le patrimoine de culture qui fonde la réalité de l'Europe ? Bien sûr que non. Car c'est tout le contraire. Et il est temps, je crois, de remettre les idées à l'endroit.

Ainsi, nous au MNR, ne sommes nous pas antieuropéens car nous sommes plus que d'autres, attachés à ce trésor de civilisation qu'est l’Europe éternelle. En revanche, ces européistes bruxellois qui veulent faire rentrer l'Asie mineure dans l'Europe, qui l’exposent sans protection aux vents fous de la mondialisation sauvage, qui la font passer sous les fourches caudines des États-Unis et qui la corsètent d’un carcan réglementaire aliénant et étouffant, ne sont-ils pas les plus efficaces des antieuropéens ?

Au moment où va s'ouvrir un nouveau débat sur l’Europe, il est donc temps de clarifier les choses et de préciser qui est qui et qui veut quoi. Et je voudrais ici le faire un peu solennellement en accusant les promoteurs de l’Europe bruxelloise de pervertir l'Europe, de la dévoyer, de la dissoudre et de la détruire. Je les accuse de constituer, avec leur projet et leur idéologie, le principal obstacle au renouveau de l’Europe.

Et cela pour une raison claire : leur projet n'a rien d'européen. Leur projet, chacun peut le discerner, s'articule autour de deux idées forces : les droits de l'homme et le mondialisme économique. Et je ne vais pas faire ici le procès de ces deux notions. Au demeurant, nous sommes pour la démocratie, pour le respect des droits fondamentaux des personnes. Nous ne nions pas la mondialisation qui est une réalité objective, de même que nous sommes partisans des libertés économiques. Car en l’occurrence le problème n'est pas là ! Le problème est que ces deux notions n'ont rien de spécifiques à l'Europe. Elles ne conduisent en rien à la création d'une Union européenne.

Pis, elles débouchent, surtout lorsqu'elles sont interprétées avec le prisme du politiquement correct, sur la destruction de toute réalité nationale ou supranationale. Car le dogme du refus des exclusions condamne la préférence européenne au même titre que la préférence nationale. Et l'impératif d'abaissement des frontières vaut pour celles qui séparent les États entre eux, comme pour celles qui séparent l'Europe du reste du monde.

Il n'est donc pas étonnant que cette vision de l'Europe conduise ses promoteurs à vouloir faire entrer la Turquie dans l'Union. Il suffit pour eux que ce pays adhère aux principes de l'économie libérale mondialisée et à ceux des droits de l'homme pour qu’il y trouve sa place à leurs yeux. Mais selon cette logique, il n'y a pas de limites et n'importe quel autre pays qui satisfait à ces critères pourrait demain intégrer l'Union. Dès lors c'est clair, cette construction prétendument européenne n'a rien d'européenne. Elle ne sert pas l'Europe et ne mène pas à l’Europe.

Elle n'est au fond qu'une étape dans le grand projet de mondialisation. Il ne s'agit pas de détruire les nations pour ériger une super nation. Mais de détruire les nations pour les diluer dans un ensemble qui se diluera lui-même dans le reste du monde. L’Europe de Bruxelles est une machine à dissoudre. Elle poursuit un projet qui est exactement le contraire de celui qu’il faudrait entreprendre. Car l'Europe n'a de sens que si elle permet aux nations qui la composent de survivre, d'exister, de se renforcer et de peser de nouveaux dans le monde.

Et là se trouve sans doute la source de toutes les confusions et de tous les errements que nous vivons depuis tant d'années. L’un des mots d’ordre les plus puissants qui structure la vie politique française et européenne est mensonger : la construction européenne ne construit pas l'Europe.

Aussi faut-il lui opposer un autre mot d’ordre, une autre logique, un autre projet qui soit, lui, clair et sans ambiguïté. Il faut construire l'Europe pour permettre le renouveau de la civilisation, des nations et des peuples européens. Il faut construire l'Europe pour que notre continent retrouve sa place sur la scène du monde et de l'histoire.

Et pour être encore plus clair je dis qu'il faut organiser notre continent pour que l'Europe devienne la première puissance mondiale.

Ce n'est d'ailleurs qu'en se fixant cet objectif que l'Europe peut avoir un sens, que le projet européen peut devenir compréhensible par tous et surtout, ce n'est qu'ainsi qu'il peut susciter l’enthousiasme et mobiliser toutes les énergies du continent.

Nous sommes en effet dans un monde qui change profondément. Le XXIe siècle s'est ouvert juste après l'effondrement du bloc soviétique et la fin du monde bipolaire lié à la guerre froide. Il en est résulté un système apparemment unipolaire dominé par les États-Unis d'Amérique. Ce qui a fait croire très passagèrement à certains que nous allions connaître la fin de l'histoire. Mais très vite les lois immémoriales de l'humanité sont venues ramener chacun à la réalité. Les attentats du 11 septembre 2001 ont réveillé de nouveaux antagonismes. Et si l’islam s'est imposé comme une force autonome et parfois violente, d'autres blocs ont commencé à émerger et à s'imposer avec beaucoup de poids.

La puissance économique naissante de la Chine bouleverse déjà les équilibres de la planète, conduisant aux délocalisations industrielles et à la pénurie de certains produits stratégiques comme l'acier aujourd'hui ou le pétrole demain. En tout ceci n'est qu'un début. L'Inde est aussi une grande puissance en devenir qui, lors du raz-de-marée, s'est sentie assez forte pour refuser l'aide internationale et pour déployer toute une flotte de guerre dans l'Océan indien.

Le monde change et on voit bien qu'il ne sera pas unipolaire, ni bipolaire mais que de grandes puissances vont s'imposer dans les décennies qui viennent. Il y aura toujours les États-Unis, il y aura la Chine, l'Inde, la nébuleuse islamique et c'est clair, il n’y aura pas la France. La seule grande question qui se pose est de savoir s'il y aura l’Europe.

Voilà chers amis, au-delà de toutes les vicissitudes quotidiennes, au-delà de tous les débats, les enjeux et les problèmes qui agitent l'actualité, voilà quelle est la seule et grande question qui conditionne l'avenir : L’Europe sera-t-elle l'une des grandes puissances du monde multipolaire de demain ?

Or les hommes politiques n'ont pas pour rôle principal de poser des questions ni de se contenter d'analyser les situations et encore moins de commenter les événements. Leur mission première est d'apporter des solutions, d'ouvrir des voies et d'offrir des perspectives. Et c’est donc, en tant qu’homme politique, ce que je voudrais faire aujourd’hui en affirmant que, dans le monde multipolaire qui émerge, nous devons ériger l'Europe en une grande puissance et j'irai même plus loin : nous devons faire de l'Europe la première puissance mondiale d'ici à 25 ans.

Cela peut paraître utopique. Je dis que c'est possible. C'est possible car notre continent dispose toujours de tous les atouts nécessaires pour jouer ce rôle.

Le principal problème est qu'elle ne le sait pas et que ses dirigeants ne le veulent pas. Les derniers jeux olympiques d'Athènes ont été à cet égard très intéressants. Officiellement les grands vainqueurs ont été les États-Unis d'Amérique avec 103 médailles (dont 35 en or) et derrière eux de façon très révélatrice la Chine avec 63 médailles (dont 32 en or). Et chacun de commenter ces résultats en expliquant qu'ils sont emblématiques des nouveaux équilibres géopolitiques à venir et qu'ils préfigurent un monde dominé par le couple sino-américain. Pourtant si l'on additionne les médailles remportées par les pays membres de l'Union européenne, alors c’est elle qui l’emporte et de loin, écrasant tous ses concurrents avec 286 médailles (dont 82 en or).

Il ne s’agit que de sport mais ce palmarès des Jeux olympiques pourrait à bien des égards servir d'illustration à la réalité géopolitique du monde d'aujourd'hui et aux perspectives qui s'ouvrent à l'Europe de demain. Si celle-ci continue à refuser de s'affirmer comme une grande puissance, c'est en effet la Chine et les États-Unis qui vont dominer le monde. Pourtant l'Europe peut aussi devenir la première puissance mondiale. Elle en a parfaitement les moyens. Mais ces dirigeants le veulent-il ? Pourquoi en effet n’ont-ils pas mis en évidence ces magnifiques résultats de l'Europe aux Jeux olympiques ? Les médias qui sont d'habitude si prompts à faire la promotion de la construction européenne ont totalement passé sous silence cette dimension des Jeux olympiques. Et s’ils l’ont fait, ce n’est pas un hasard. C’est parce que la classe politique et médiatique ne veut pas d'une Europe puissante. Et montrer à la face du monde une Europe écrasant tous ses concurrents est quelque chose qui lui fait peur.

Et c'est ce qui nous différencie fondamentalement d'elle. Car nous, ça ne nous fait pas peur. Nous, nous voulons une Europe puissante et nous savons qu’elle pourrait le devenir. À condition que l'Union européenne, au lieu de se perdre dans les méandres des débats institutionnels, au lieu de s'enliser dans le marécage des réglementations tentaculaires, au lieu de céder aux chimères de l'élargissement asiatique de l'Union, se consacre à tout ce qui peut renforcer sa puissance collective. Si elle agissait ainsi, de façon pragmatique et volontariste, alors tout changerait. Car elle aurait une identité et un but et toutes les autres questions qui la paralysent aujourd'hui deviendraient secondaires où seraient naturellement résolues.

Si l'on suit la logique de la puissance, si l'on veut que l'Europe devienne la plus grande des puissances, alors tout devient simple. On a un projet que tout le monde peut comprendre et auquel tout le monde peut contribuer. On sait où l'on va et l'on sait ce qu'il faut faire.

D'abord il faut que l'Europe se ressource dans ce qu'elle est. Si l'Europe doit devenir une puissance elle ne peut le faire qu'en exaltant les valeurs propres à sa civilisation, en retrouvant la conscience de son identité et la fierté de son histoire. En d'autres termes l’Europe, pour exister, doit redevenir européenne. Pour être une grande puissance la Chine n'a pas besoin d'annexer l'Australie ou les États-Unis le Mexique. L'Europe se suffit à elle-même et doit donc fixer ses frontières et affirmer son identité.

Certes l'identité européenne est diverse. Il y a bien des différences entre les Italiens et les Suédois, entre les Espagnols et les Polonais. Pourtant il y a entre tous les peuples européens des similitudes, un patrimoine commun, qui les distinguent collectivement des autres civilisations. Tenez, les grands hommes européens que j’ai cité tout à l'heure, tous expriment une sensibilité, une intelligence, un talent qui leur sont propre, liés à leurs attaches et à leur génie créateur. Mais comment ne pas voir que chacune de leurs œuvres, au-delà de leur unicité, révèle une commune appartenance et procède d'une même représentation du monde et de l'homme ?

D'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? L'Europe est si petite à l'échelle de la planète et cette terre historique conserve partout les mêmes marques, preuve que ses racines remontent loin dans le passé le plus ancien et qu'elle a su faire la synthèse de tous les apports latins, celtes, et germains, tout en assimilant l'héritage de l'antiquité et la réalité du christianisme.

Car c'est vrai, l’Europe ne peut pas se laisser décrire par un seul critère. Elle ne se définit pas par sa population, il y a d'autres blancs de par le monde. Ni par sa religion, il y a d'autres chrétiens sur la planète. Ni par ses institutions, il y a d'autres démocraties sur la terre. Mais précisément l’Europe constitue une réalité de civilisation qui résulte de tous ces éléments pris ensembles : une terre, le continent européen, un ensemble de peuples et une famille de langue d'origine indo-européenne, une religion qui l’a façonnée pendant 1500 ans, une histoire et une culture, certes diverses mais qui représentent un patrimoine commun. Et cet ensemble constitue une civilisation unique avec son identité, ses frontières et son destin propre.

Une identité qui la distingue du reste du monde car l'Europe est porteuse de valeurs, d'une vision du monde et de l'homme que nous sommes les seuls à incarner sur la planète. Il y a d'abord cet esprit de liberté qui marque notre conception de l'homme depuis les origines et qui donne toute sa grandeur et sa force à celui qui vient d'Europe. Il y a aussi cet esprit prométhéen, pétri d’insatisfaction et de curiosité, qui a fait de nos ancêtres des inventeurs et des conquérants, qui les a conduit à toujours se dépasser, à sans cesse repousser leurs limites, à découvrir la planète entière et à apporter au monde l'essentiel des connaissances humaines. Et puis il y a cet esprit de mesure, d'équilibre, d’harmonie, que l'on retrouve dans l’architecture et dans presque toutes les réalisations européennes qu'elles soient artistiques, juridiques, sociales ou politiques.

Et c’est sur la base de cet inestimable héritage et sur lui seul que l’Europe peut s'organiser et se construire. Seule la réalité et la conscience de notre commune civilisation peut constituer le fondement d'une union de l'Europe et la source de sa légitimité. C'est pourquoi il est absurde et suicidaire de vouloir faire entrer la Turquie en son sein. Car la Turquie n'est pas européenne et si l’on fait entrer l’Asie dans l'Europe, on détruit l’Europe.

Pour assurer sa puissance l'Europe doit donc s'enraciner dans ce qu'elle est. Et pour ce faire, elle doit agir sur sa démographie. Malgré la récente annonce d’une augmentation de la population française de près de 2 millions d’habitants, la situation n'est pas brillante. Car cet accroissement apparemment très positif recouvre en fait deux réalités moins encourageantes : L’allongement de la vie et l'accroissement du nombre des immigrés. En réalité, la France, comme la plupart des pays d'Europe, ne fait plus d'enfants en nombre suffisant pour assurer le renouvellement de sa population. Et lorsque les générations nombreuses de l'après-guerre commenceront à mourir, la population européenne, si rien ne change, commencera à diminuer.

Déjà en valeur relative l’Europe a vu sa population décroître par rapport à celle du monde. Alors que les Européens, tous pays confondus, représentaient 25 % de la population mondiale en 1650, ils ne représentent plus aujourd'hui que 12 % de celle-ci.

Pourtant rien n’est dit et l'Europe des vingt-cinq est encore nettement plus peuplée que les États-Unis : 455 millions pour l'Union européenne, 277 millions pour les États-Unis d'Amérique. Et si la population européenne est très inférieure à celle de la Chine (1,3 milliards d'habitants) ou de l'Inde (un milliard), c'est dans un rapport de 1 à 2 ce qui est grosso modo le rapport qui existe entre la population américaine et celle de l'Europe.

Il n’y a donc là rien de dirimant. Certes la fécondité européenne est très faible, mais c'est aussi l'ensemble de la fécondité mondiale qui diminue fortement. Le taux de fécondité de la Chine est de 1,6, inférieur à celui de la France. Celui de l’Inde, comme celui du Brésil ne permet pas le renouvellement des générations. Quant à la croissance de la population mondiale, elle est en nette diminution puisque le taux d'accroissement annuel qui était de 2,2 % en 1962 est aujourd'hui de 1,2 % et est prévu pour tomber à 0,42 % d'ici à 2005. Notons par ailleurs que la Chine qui est souvent présentée comme le mastodonte qui va écraser le monde représente aujourd'hui 22 % de la population mondiale alors qu'elle représentait 36 % de celle-ci en 1850.

Aujourd'hui tout demeure donc possible. L'Europe peut encore peser dans le monde par sa démographie. Encore faut-il qu'elle enraye le processus de dénatalité qui sinon peut la faire disparaître. L'Europe devrait donc avoir comme première priorité le renouveau démographique et tous les pays qui la composent devraient lancer une grande politique nataliste. C’est possible comme le montre la Suède qui, grâce à une politique familiale très audacieuse, bénéficie aujourd'hui d'un taux de fécondité de 2,1, l’un des plus élevés d'Europe.

Plutôt que d'annoncer sans cesse la nécessité de nouvelles vagues d'immigration, la Commission et tous les États d'Europe devraient donc adopter une démarche volontariste et organiser la mobilisation générale de l'Europe pour la relance démographique. Il s’agit-là d'une nécessité vitale et d'un impératif de puissance. Les États-Unis, qui ne sont pourtant pas un pays sous-développé, ont un indice de fécondité qui oscille entre 2 et 2,1. Et c'est, à n'en pas douter, l'une des raisons de leur vitalité, de leurs performances économiques et de leur puissance. Sur ce plan aussi l'Europe doit maintenant chercher à concurrencer les États-Unis.

Il faut par ailleurs que l'Europe cherche à retrouver la puissance industrielle. Et la question est essentielle car nous sommes en train de perdre pied. L'Europe subit en effet un processus de désindustrialisation particulièrement inquiétant. Car les délocalisations, les dépôts de bilan ou les plans sociaux ne touchent pas seulement les secteurs traditionnels mais aussi ceux qui utilisent des technologies de pointe. On ne peut donc pas se rassurer comme on l'a fait pendant des décennies en expliquant aux Français que nous subissons une restructuration économique et que nous devons abandonner les secteurs à forte utilisation de main-d'oeuvre pour se « rattraper » sur les industries de haute technologie.

La réalité est toute autre. Elle est celle d'un conflit économique généralisé à l'échelle de la planète qui touche tous les secteurs et qui utilise tous les moyens : dumping social, manipulation monétaire, arme douanière, pillage technologique, chantage commercial. Si la guerre froide a été la troisième guerre mondiale, le processus que nous vivons peut-être qualifié de quatrième guerre mondiale. Une guerre qui a ceci de particulier qu'elle n'est pas le fait de deux camps qui se combattent mais qu’elle donne lieu à un affrontement plus général.

Or les autorités européennes ne semblent pas avoir pris la mesure de ce conflit et se contentent d'appliquer les manuels d'économie : libéralisation, ouverture des frontières, désengagement de l'État, libre jeu des marchés et que le meilleur gagne pour le plus grand bénéfice du consommateur. Le résultat est un recul de la France et de l'Europe qui se traduit par une moindre croissance, un chômage élevé, une baisse relative du niveau de vie et une réduction du potentiel industriel. Ainsi, lorsque la croissance américaine tourne autour de 3%, celle de l’Europe n’est que de 2%. Lorsqu’elle est de 2% aux USA, elle est de 1% en Europe. Quand les États-Unis consacrent 2,74% de leur PIB à la recherche et au développement, l’Europe n’en consacre que 1,98%. Alors que le chômage dépasse en Europe le taux de 8%, il n’est aux États-Unis que de 2,5%. Quand le PIB par habitant s’élève à 23 380 dollars en Europe, il est de 29 340 dollars aux Etats-Unis.

Mais là encore rien n’est joué car l'Europe possède toujours le potentiel nécessaire pour faire face et revenir au premier rang de l'économie mondiale. Elle dispose de chefs d'entreprise, d'ingénieurs et de scientifiques de tout premier plan capable d'être les meilleurs dans tous les domaines. Encore faut-il que l'Europe adopte sur le plan industriel une démarche volontariste et offensive.

Au lieu de jouer contre nos intérêts et d'empêcher par exemple les fusions d'entreprises européennes au nom d'une vision purement théorique de la concurrence, les instances européennes devraient susciter, favoriser et encourager la création de grands groupes industriels européens capables de devenir les numéros un mondiaux chacun dans son domaine.

Airbus qui vient de présenter l’A380, le plus grand avion de ligne jamais construit, montre ce que l'Europe peut faire lorsque ses gouvernements en ont la volonté et que ses industriels et ses ingénieurs se mettent ensemble pour valoriser leurs compétences. En 1974, Airbus vendait quatre appareils quand Boeing en livrait 189. En 2003 Airbus en a livré 305 et Boeing 280. En vingt-cinq ans Airbus à réussi à surpasser le géant américain de l'aéronautique civile et à s'imposer comme le premier constructeur mondial. Cette réussite économique et technique n'est d'ailleurs pas isolée puisque dans le domaine de l'espace par exemple, l'Europe a fait ses preuves avec le lanceur Ariane et tout récemment avec le succès étonnant de la sonde Huygens qui a réussi à se poser en douceur sur la surface de Titan, la plus grosse lune de Saturne.

Pourquoi donc ne pas généraliser cette démarche ? Pourquoi ne rien entreprendre de comparable dans les secteurs de l'informatique, des biotechnologies, de la robotique ou des nanotechnologies ? Pourquoi ne pas lancer un vaste programme spatial avec comme objectif : des Européens sur mars en 2025 ?

Car bien sûr, à côté de ce volontarisme industriel, l’Europe doit aussi se fixer comme objectif de redevenir la première puissance scientifique du monde. Car la recherche et le développement sont tout à fait stratégiques et, chacun le sait, conditionnent le succès de l'économie. Or dans ce domaine le paradoxe est total. L'Europe a été dans l'histoire de l'humanité le foyer de culture et d'intelligence qui a apporté au monde l’essentiel des connaissances humaines. Il est donc impensable que notre continent connaisse aujourd'hui un déclin de la recherche.

C’est pourtant hélas le cas. Alors que l'Europe monopolisait l’essentiel des prix Nobel il y a encore 60 ans, ce sont aujourd’hui les États-Unis qui l’emportent : Deux tiers des prix Nobel de ces 25 dernières années sont Américains. Pourtant la richesse humaine de notre continent est intacte. Il produit toujours en grands nombres des chercheurs et des scientifiques de talent. Malheureusement beaucoup d'entre eux quittent nos pays où ils ne sont pas suffisamment aidés et reconnus. Quatre cent mille chercheurs européens exercent actuellement aux États-Unis. Sans compter ceux qui acquièrent la nationalité américaine, ce qui augmente d’autant le palmarès de l’Amérique lorsqu’ils reçoivent un prix Nobel.

Cette hémorragie et ce gâchis doivent cesser ! Et la recherche doit devenir une grande priorité de l'Europe. Au lieu de normaliser la réglementation des entreprises de services, l'Union devrait mobiliser toutes les énergies pour la recherche européenne. Il faut accorder aux scientifiques le statut, la rémunération et les moyens qu'ils méritent. Il faut rapatrier nos chercheurs et permettre l'émergence de nouveaux talents. Il faut attirer sur le continent les meilleurs esprits étrangers. Si l’Europe lance cette grande politique de recherche, elle redeviendra très rapidement ce foyer de découvertes et d'inventions qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être.

Il faut aussi, pour servir la puissance économique de l'Europe, utiliser l’atout que pourrait représenter l’euro. Aujourd'hui l'euro existe, il faut l'utiliser au service de la puissance européenne. Car l'utilité de l'euro n'est pas d'éviter aux touristes et aux hommes d'affaires de changer de monnaie en changeant de pays. Le véritable avantage que peut apporter l'euro à l’Europe est de lui offrir une devise qui puisse faire pièce au dollar.

Aujourd'hui la suprématie du billet vert permet aux États-Unis de faire payer leurs déficits au reste du monde et de se mettre à l'abri des aléas économiques mondiaux. Il faut que l'euro puisse demain servir les intérêts de l'économie européenne comme le dollar sert ceux de l'économie américaine.

Et c’est possible. Il faut pour cela que l’Europe réussisse à faire de l'euro une véritable monnaie internationale de change et de réserve. Il faut que les pays tiers soient amenés à constituer leurs réserves non plus seulement en dollar mais en euro et surtout que les entreprises européennes puissent libeller leurs contrats à l'exportation comme à l’importation en euro. Si la devise européenne devient ainsi, en concurrence avec le dollar, une monnaie du commerce mondial, notre économie et nos industriels cesseront d’être tributaires des cours du dollar et des aléas de la politique et de l'économie américaine. L’Europe aura vraiment les moyens de la puissance économique.

Il faut enfin que l'Europe se dote des moyens de la puissance militaire. Aujourd'hui seuls les États-Unis disposent de cet atout majeur qui fait d’eux la première puissance mondiale. L’Europe doit acquérir dans ce domaine une force comparable à la leur. Il est pour cela essentiel que les États européens augmentent leur budget militaire es se désengagent de l’Otan. Cette organisation n'a plus de raison d'être face à un pacte de Varsovie qui a disparu. L’Otan ne sert plus qu’à dispenser les États européens de tout effort militaire et à les placer sous la tutelle politique de l'Amérique ce qui est insupportable et humiliant.

Il faut donc sortir de l'Otan et créer, en lieu et place de cette organisation, une alliance militaire européenne autonome. L'Europe des vingt-cinq dispose d'un PIB équivalent à celui des Etats-Unis (environ 10 000 milliards d’euros). L'Europe a donc les moyens de supporter un appareil militaire comparable à celui des Américains.

Et pour réaliser cela il n'est d'ailleurs pas nécessaire de créer une Europe fédéraliste. Car il serait absurde de vouloir former une armée européenne intégrée. Il suffit de constituer une alliance, c'est-à-dire une espèce d'Otan européenne qui assurerait la coordination des différentes armées d'Europe, qui standardiserait les équipements, les armements, les modes d'engagement et les procédures tactiques et qui créerait un commandement commun pour les opérations à mener en commun.

Tous les pays européens acceptent aujourd'hui ce type de sujétion au sein de l'Otan sous la tutelle des Américains, on ne voit pas pourquoi ils ne pourraient pas l’accepter pour leur propre compte dans une structure européenne. Et s’ils le font, si l'Europe se trouve dotée d'une d’un potentiel militaire d'envergure, elle pourra devenir la première puissance.

Voilà ! La démographie, l'industrie, la science, la monnaie et la défense, voilà l'essentiel, voilà les priorités incontournables aux quelles devraient se consacrer les autorités européennes !

Malheureusement ce n'est pas ce qu'elles font et on le voit de façon évidente avec le projet de constitution. Car ce projet n'est qu'une usine à gaz institutionnelle qui ne fonde nullement l'Europe puissance qu'il faudrait créer. Cette constitution ne définit par les frontières de l'Europe. Elle permet donc que soit ultérieurement intégrés la Turquie, mais aussi le Maroc, la Tunisie et pourquoi pas la Syrie ou l'Afghanistan. Cette constitution ne fonde pas l'Europe sur sa commune civilisation et par exemple ne prend pas en compte la composante chrétienne de notre identité. Elle n’établit pas le principe de l'indépendance de l’Europe et ignore l’impératif de puissance que ce soit sur le plan industriel, monétaire ou militaire.

Cette constitution ne sert donc à rien et ne fonde rien. Il faut dès lors s'y opposer pour arrêter le processus délétère de Bruxelles qui prétend faire l'Europe en la détruisant. Et il faut ouvrir la porte à une autre Europe, une Europe puissance. Une Europe qui cesse d’être l'un des facteurs du déclin de la France pour devenir l'instrument de son renouveau.

Car la puissance est ce qui manque aux peuples d'Europe. N'oubliez pas qu'ils ont été habitués depuis des siècles à écrire l'histoire et à peser dans le monde. Aujourd'hui, ravalés au rang de figurants, ils doutent, culpabilisent et se morfondent. S'ils voyaient s'ouvrir à nouveau devant eux les portes du destin, s'ils ressentaient à nouveau le souffle de l'histoire, s'ils pouvaient de nouveau chevaucher jusqu'à l'horizon, peser dans le monde et maîtriser leur avenir, tout changerait.

Le retour de la puissance en Europe changerait la place et l'influence des nations européennes dans le monde. Car des peuples puissants sont des peuples que l'on respecte, aux valeurs desquels on adhère. Ce sont des peuples que l'on cherche à imiter et dont on cherche à devenir les amis.

Le retour de la puissance en Europe rendrait confiance aux peuples européens et les pousserait à aller de l'avant, à inventer, à innover, à construire et à entreprendre. Elle les pousserait à se forger un avenir et à marquer de leur empreinte le siècle qui vient.

Le retour de la puissance en Europe ramènerait plus d'équilibre et de paix sur la planète. Car les valeurs d'harmonie et de mesure dont est porteuse notre civilisation pourraient s'y développer avec plus de force.

Chers amis, l'Europe peut-être l'antidote au déclin que nous connaissons en France et sur le continent. Il faut donc stopper cette entreprise bruxelloise qui est la négation même de l'Europe. Et agir pour faire de l’Europe la première puissance. Dans l'intérêt du monde de l'Europe et de la France.
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